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http://www.zepheon.com/images/images-atlantide/pyramides-similitudes/ameriques/Yucatan/chichen%20itza/jeu%20pelote/jeudepelote-2.gifCe jeu n'est pas tant un sport qu'un rite, où s'affrontent l'ombre et la lumière, le soleil et la lune. Arbitre : le seigneur de l'inframonde.

En débarquant sur l'île d'Hispaniola, les Espagnols découvrent l'existence d'un jeu de balle chez les Indiens taïnos. L'occasion de paris importants : de l'or, des bijoux et même des esclaves. Les conquistadors sont fascinés par cette balle en caoutchouc qui rebondit deux fois plus que leurs ballons européens. Christophe Colomb en rapportera une à Séville, et provoquera l'admiration de tous.

La pratique du jeu de balle ou juego de pelota est partagée quasiment par tous les peuples de la Méso-Amérique. Son origine est très ancienne : on a retrouvé un terrain sur le site olmèque de La Venta, près de Villahermosa dans l'Etat de Tabasco, daté de 1 000 ans avant notre ère.

A Chichén Itzá, il existait à l'époque dix terrains jeux de balle. Le principal, considéré comme le plus grand de toute cette partie du continent, se trouve sur la grande plate-forme.

Le terrain de jeu se situe toujours à l'intérieur d'une zone cérémonielle. Il mesure 146 m de long sur 36 de large. Il porte, en langue maya, le nom de pokyak ou pok-tapok dérivé, on suppose, de puctel-puckel qui signifie « se mettre à genoux plusieurs fois ». Les deux grands côtés sont bordés de murs sur lesquels est fixé un anneau de pierre décoré de serpents. Les limites du terrain sont marquées par deux murs de 9,5 m de haut. Comme les gradins, ils sont ornés de bas-reliefs. Sur l'un d'eux, on peut voir deux équipes de sept joueurs se faisant face de part et d'autre d'une balle sur laquelle est figurée une tête de mort. Le premier joueur d'une équipe est agenouillé, décapité ; de son cou, s'écoule du sang qui se transforme en serpents et en plante. Le premier joueur de l'autre équipe porte un couteau et une tête coupée, à la manière d'un trophée. Il s'agit d'un rite agraire, lié à la fertilité. A Copán (au nord-ouest de l'actuel Honduras), lorsque le roi joue, c'est pour perpétuer le cycle végétal. Le terrain représente le ciel et la balle le soleil dont la course ne doit pas s'arrêter. Les anneaux de pierre symbolisent pour l'un, à l'Est, le lieu où le soleil se lève, pour l'autre, à l'Ouest, celui où il se couche. La ligne médiane figure la limite des forces opposées : le ciel nocturne étant la scène d'une guerre entre la lumière et l'obscurité ; les étoiles doivent mourir pour que le soleil illumine la terre...

Quant à la balle de caoutchouc, ulli de ollin (mouvement en nahuatl ) et kik en maya (mot évoquant le liquide séminal), elle a une connotation magique. On la considère comme une substance vitale sacrée. Ce caoutchouc est extrait des Hevea Castilloa ou Castilla elastica, Parthenium argentatum, Bromelia, qui poussent abondamment dans les Etats de Veracruz (dans le pays olmèque) et de Tabasco.

A l'occasion de la fête en l'honneur du dieu de la Pluie, Tlaloc, du 21 mai au 9 juin, le prêtre offre une figurine représentant la déité, en gomme de hulé (le même caoutchouc que la balle). Les Aztèques, eux, offrent à Macuilxochitl, le dieu des Cinq Fleurs, de petits pains décorés de quelques gouttes de caoutchouc.

Il est difficile, encore aujourd'hui, de savoir exactement quelles étaient les règles de ce jeu. On pense que chacune des équipes était composée de deux à huit joueurs, uniquement des hommes, nobles ou guerriers. Le but était d'envoyer la balle dans le camp adverse, sans qu'elle tombe à terre. Le joueur ne devait toucher la balle ni avec les mains, ni avec les pieds et se servir uniquement des coudes, des épaules et des hanches. La balle en caoutchouc étant pleine, donc très lourde - de 2 à 3 kg -, les joueurs se protégeaient à l'aide de ceintures de cuir, de coudières, de genouillères et même de casques. Ils étaient également vêtus de tuniques faites de plusieurs épaisseurs de coton. Ainsi harnachés, ils ressemblaient à des guerriers. Celui qui parvenait à faire passer la balle à travers l'anneau de pierre du camp adverse gagnait la partie, mais aussi les vêtements des supporters de l'équipe adverse.

Ce jeu était aussi un affrontement, une compétition pour le pouvoir : à Chichén Itzá, sur les bas-reliefs, on observe deux ethnies, les Mayas et les Toltèques, qui ont envahi la péninsule du Yucatán au Xe siècle. Or, sur deux panneaux, on assiste à la victoire des Mayas sur les Toltèques, tandis que sur les quatre autres frises, le score est inversé... A Copán, c'est le roi qui a le privilège mais aussi le devoir d'affronter les forces de l'inframonde.

Le terrain est aussi lieu de sacrifices. Le tzompantli , l'autel des crânes, à côté, exhibe les têtes décapitées comme autant de trophées.

La religion du ballon rond

Document Historia du 01/07/2003

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=15164



En complément


- Une histoire de la religion des Mayas, par Claude-François Baudez (Albin Michel, 2002).

- La Religion des Mayas, entre métaphore et sacrifice, par M. Boccara (L'Harmattan, 1990).



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