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http://www.mercuredefrance.fr/images/livre_affiche_2174.jpgÉdition présentée et annotée par Sandrine Fillipetti

 

« Comme le poète, le commissaire est appelé à se pencher sur la misère humaine, à y compatir et à la soulager ; comme le soldat, il est appelé à protéger et à défendre ses concitoyens à ses propres risques, quelquefois au péril de sa vie même, et s’il est forcé de sévir, il a licence, comme le prêtre, de pardonner et d’absoudre. » 


Le Code et la Muse sont-ils incompatibles ? Pas à en juger la vie d’Ernest Gabriel Nicolas Raynaud (1864-1936), commissaire de police et membre de la Société des poètes français. Dans La vie intime des commissariats se côtoient en effet préfets et littérateurs, inhumations matinales, crimes horrifiques et constats d’adultère, rivalités de services et manœuvres tortueuses, rondes dans les théâtres subventionnés et les lieux de plaisir… Ernest Raynaud revendique la fonction pacificatrice de son métier, celle d’avant le glissement sémantique qui métamorphosera le « gardien de la paix » en « représentant des forces de l’ordre ».

 

 La vie intime des commissariats livre un témoignage savoureux, savamment émaillé d’anecdotes, de remarques piquantes et de citations choisies, sur l’exercice du métier de commissaire de quartier, se faisant tout autant l’écho des crises politiques traversées et des milieux artistiques et littéraires de son époque que des pratiques culturelles du Paris populaire de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.


Revue de presse


Télérama - "Les amateurs d'ordre et de faits divers savoureront les Mémoires d'Ernest Raynaud, commissaire de police du xixe siècle."  - Gilles Heuré

Le Nouvel Observateur - "Tout un Paris du crime renaît sous cette plume savoureuse. - "François Forestier

Le Canard Enchaîné - « Ernest Raynaud, commissaire de police à Ivry, puis dans différents coins de Paris, a un style, de l’humour, une bonne dose d’humanité, et un regard amusé et bienveillant sur les travers de ses semblables. Il en fait la savoureuse démonstration dans ses souvenirs de police qui retracent le Paris de la Belle Epoque, au cours des années 1890-1910, quand la crise économique, le scandale de Panama, l’affaire Dreyfus et les agitations anarchiste ou nationaliste occupaient la presse et l’opinion.Ce livre est un trésor. » - Alain Dag'Naud

La vie intime des commissariats

Mémoires 14-06-2012

Ernest Raynaud

 

Police - Gendarmerie - Femmes (49)

 

 

 

http://www.bienpublic.com/fr/images/05848508-5D8C-47A8-88AE-A97821B37A19/LBP_03/jean-marc-berliere-agrege-d-histoire-professeur-emerite-d-histoire-contemporaine-a-l-universite-de.jpg[NB : comme tous les livres de souvenirs d’Ernest Raynaud, ce premier tome est un bijou pour qui s’intéresse à la police au temps du préfets Lépine certes, mais également au Paris et à la société parisienne de la Belle Époque.]


Voici le CR que j’avais donné du livre à la Quinzaine Littéraire :


>> En mettant fin en 1827 aux fonctions de Vidocq à la tête d’une « brigade de sûreté » dont l’origine officieuse remontait à 1811, le préfet Delaveau était loin d’imaginer que cette décision allait être à l’origine d’un genre littéraire nouveau appelé à un succès durable : les mémoires de policiers qui aujourd’hui encore sont un genre qui connaît un succès éditorial respectable si on en juge par les succès et rééditions des ouvrages des Borniche, Van Loc, Broussard et autres Le Taillanter.


Le genre a fleuri et s’est développé à la fin du XIXe siècle dans la mouvance du succès du « detective novel » intié par Gaboriau et popularisé par Conan Doyle. Contemporain de Macé, Goron, chefs de la Sûreté qui ont, après Vidocq et Canler, laissé une œuvre prolifique, Ernest Raynaud n’est pas un limier à proprement parler.

 

Entré à la Préfecture de police en 1886 comme secrétaire suppléant de commissariat au quartier du Val de Grâce, il devient successivement secrétaire de commissariat — ce sont alors de véritables commissaires-adjoints — Porte de la Chapelle, puis officier de paix — c’est le commandant des gardien de la paix d’un arrondissement, un « flic de trottoir » dont « la vigueur des jarrets » importe plus « que le jugement » — dans les 19e, 12e et 7e arrondissements, avant d’accéder au graal en ceignant l’écharpe tricolore de « commissaire de la Ville de Paris » d’abord à Saint-Lambert, « un quartier déshérité, un tronçon de banlieue, un reste de l’ancien village de Vaugirard avec des cours de fermes, des tas de fumier et des poules dans les rues », puis à Montparnasse où il termina sa carrière.


On l’aura compris, Raynaud n’est pas un « grand flic » mêlé aux affaires criminelles de son époque, celles dont des lecteurs avides suivent développements et rebondissements dans une presse qui fait ses choux gras d’un fait divers criminel qui lui a fait mettre « le sang à la une ». Plus que la chasse aux voleurs et assassins, c’est le quotidien du magistrat, le juge de paix officieux, le conseiller conjugal, le pacificateur des mille petits conflits de la vie quotidienne d’un quartier parisien qu’il nous donne à voir et c’est beaucoup plus rare et précieux.

 

Des quatre livres de mémoires que nous a laissés Raynaud, qui tous concernent les années1890 – 1914, la république des crises — boulangiste, anarchiste, nationaliste, antisémite — c’est le 3e que le Mercure de France a choisi de rééditer. Ces mémoires présentent une grande originalité par rapport aux ouvrages de ses confrères : poète, émule de François Coppée, admirateur de Baudelaire et du Parnasse, protecteur d’un Verlaine que ses excès mettent parfois en fâcheuse posture vis-à-vis de la loi, Raynaud dresse un tableau pittoresque, souvent savoureux, de la société parisienne à la charnière de deux siècles. Il le fait à travers le quotidien, les fonctions d’un flic ordinaire, d’un policier de terrain. Peintre des mœurs et des habitants, d’une capitale qui se compose encore de quartiers qui sont autant de villages aux spécificités et caractères bien marqués, il nous offre une plongée dans un Paris disparu, celui de l’univers d’Atget..


De ses constats d’adultères retracés avec une verve réjouissante, à l’épisode de Fort Chabrol, c’est un flic bien singulier et en même temps exemplaire que nous suivons dans les rues d’un Mont-Parnasse véritable enclave bretonne dans Paris ou d’un 7e arrondissement où alternent terrains vagues et maisons de tolérance destinées à la troupe. Observateur passionné de la vie culturelle et politique de son temps, il nous entraîne aussi dans les théâtres, à la Chambre des députés où l’amènent ses fonctions successives et en profite pour dresser portraits et évocations qui ne manqueront pas d’intéresser les amateurs.

Mais c’est surtout dans la peinture de la « vie intime » des commissariats qu’il a fréquentés, dans les évocations parfois hilarantes, toujours surprenantes de ses collègues, dans la description des métiers de police si variés qu’il évoque avec réalisme que son livre apporte beaucoup. L’un de ses principaux intérêts est de nous faire comprendre le métier, les fonctions, les rouages, les avantages et difficultés d’une vraie police « de proximité » — on parlait à l’époque d’îlotage sur le modèle londonien. Une police au rôle modérateur et pacificateur, créatrice de lien social, protectrice des citoyens et des lois que s’efforça de bâtir le préfet Lépine qui ne cessait de répéter à des troupes qu’il essaya tant bien que mal de «policer » qu’une police aimée et respectée des citoyens est une police efficace. Au-delà du pittoresque, de l’inattendu, de l’incongru, du sordide, ce livre a donc de profondes résonnances contemporaines en rappelant les vertus essentielles d’une police qui, en dépit de l’image noire qui était déjà la sienne et dont elle avait hérité des régimes précédents, était intégrée à une population parisienne qui l’acceptait plus aisément qu’aujourd’hui en dépit de ses missions coercitives et répressives. Le préfet Lépine qui a beaucoup œuvré à ce rapprochement et beaucoup fait pour effacer l’image des « cognes » et des « sergots » léguée par le Second Empire se réjouit dans ses Souvenirs avec l'orgueil et l'indulgence d'un père, des "pressions prolongées" exercées lors des services d'ordre par les gardiens - sous prétexte de "maintenir l'alignement" - sur "les appâts des blanchisseuses [qui] "protestaient pour la forme tout bas, mais se laissaient faire. Les maris n'y trouvaient rien à redire et moi non plus, cela prouvait que la police rentrait en grâce auprès de la population". Cet épisode inspira à Raynaud une parodie d’un poème de Sully Prud’homme qu'il intitula « Le songe du Préfet de police »et dédia à un préfet qu’il admirait :


« Tes gardiens
« Traînent de tout Paris l'implacable anathème.
« En dépit du métier si tu veux qu'on les aime
« Choisis nous les, beaux de visage et de maintien
« Nous saurons, en retour, par un sûr stratagème,
« faire de nos maris tes plus fermes soutiens,
« et ta sagesse aura résolu le problème
« de rendre la police aimable aux citoyens."
« J'ouvris les yeux, rêvant aux étalons modèles
« du Perche et du Rouergue, enrôlant, pêle-mêle,
« tout ce qu'on put trouver de gaillards bien formés.
« J'ai compris la plastique et qu'à l'heure où nous sommes
« mes agents se devaient d'être les plus beaux hommes
« et depuis ce jour-là, je les sais tous aimés.


À lire en complément :


M.-F. Goron, L’Amour criminel, réédité par André Versaille éditeur, 2010
J.-M. Berlière, C. Denys, D. Kalifa, V. Milliot (dir), Métiers de police en France et en Europe (18e-
21e siècles), PUR, 2008
J.-M. Berlière, Aux origines de la police moderne (réédition de Le Préfet Lépine aux origines de la
police moderne), Perrin/Tempus, 2010
D. Kalifa, P. Karila-Cohen (dir.), Le Commissaire de police au XIXe siècle, Paris, Publications de
la Sorbonne, 2008.

 

Sources : Lettre des amis de la police et de la gendarmerie - janvier 2013 - (Jean-Marc Berlière)

 

Police - Gendarmerie - Femmes

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