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http://www.socialgerie.net/local/cache-vignettes/L336xH448/LAMBEZE_2-c624c.jpgDans ce livre, M. BOUALEM MAKOUF nous refait visiter LAMBESE « la résistante » entre 1956 et 1961.


Dans un style très poétique Mr BOUALEM MAKOUF nous dresse d’emblée une fresque de douleurs et de résistance, d’une barbarie inhumaine pratiquée par la force colonialiste française a travers ses hommes du pénitencier. Tout ce qui existait l’était pour mater la rébellion d’un peuple, briser son moral et détruire son identité !


Il nous dira dans le préambule « qu’à LAMBESE, comme ailleurs, ce système carcéral était le prolongement du front de guerre avec d’autres moyens mais pour le même objectif : venir a bout de la guerre de libération entreprise par le peuple algérien »


Sont décrites les petites et les grandes actions des détenus, comment agir et rester unis car « de temps en temps surtout chez les militants âgés ressurgissaient, la méfiance, les sectarismes, le régionalisme, et les préjugés ».


À ce moment HADJ BEN ALLA [2], son compagnon de détention qui coordonnait l’activité des détenus avec l’extérieur, intervenait pour remettre de l’ordre » : _ « libre à tous de discuter, de revenir sur tel ou tel aspect de l’histoire du mouvement national, mais dans le respect des uns et des autres » … et « toujours, et dans touts les cas en ayant le souci de notre unité »


Il nous décrit comment « le jour de l’Aid El Seghir de 1959 allait constituer une étape importante de notre vie à LAMBESE, CHIKH AHMED HAMMANI [3] officiait la prière de l’aïd » « pour la première fois collectivement et avec force nous allions le commémorer, et réaffirmer notre identité »


Le train où nous embarque BOUALEM MAKOUF est celui des résistants qui n’ont jamais plié contre le désordre colonial. Il nous décrit les petites actions de revendications, comment se répercutent sur les détenus toutes les transformations de l’extérieur, et l’évolution du rapport de force à travers le combat mené par l’ALN - FLN !


Ce train où les gares sont gommées, où seules les escales menottes aux points sont comptées, ce train qui a traversé la méditerranée et a pris les airs pour atterrir a BOUFARIK


Pour humer l’air de la liberté ! De l’indépendance !


Que de supplices subis ! Que de tortures, que de mitards ! Que de martyrs laissés en cours de routes sur ses rails !


De la cour de Lambèse les prisonniers admiraient les cigognes voler, elles représentaient pour eux la liberté. Après avoir niché sur les murs de la prison, elles reprenaient leurs vols, chaque saison c’était le même rituel ! Les prisonniers rêvaient de voler un jour comme les cigognes !


Le livre de BOUALEM MAKOUF mérite d’être offert aux jeunes lyciens et étudiants D’ALGERIE pour découvrir un témoignage vivant de la lutte unitaire de notre peuple, pour honorer le combat victorieux de ces modestes et valeureux combattants, pour montrer les multiples formes de la résistance anti coloniale !


Mr MOHAMED HARBI toujours aussi alerte terminait la préface du livre en nous assenant :


Aujourd’hui, après des années d’exil, loin des séductions qui accompagnent le pouvoir et de la précarité qui le menace, MAKOUF nous fait revivre « l’émotion sublime », qui dans la résistance a fait frissonner les militants de l’indépendance.


Il reste à espérer que riche d’une expérience nationale et internationale, il ne s’arrêtera en si bon chemin car la révolution anti-coloniale n’est pas ce que les acteurs imaginaient.


Ce qui en est résulté, ce n’est pas une société civile à laquelle se subordonnerait l’état, mais une société de classes avec ses dominants et dominés dont on entend journellement les gémissements.


Mais désormais l’étranger n’est plus en Algérie et la partition est exécutée par des nationaux

L’hiver colonial était dur et au retour du bagne ce fut le printemps l’espoir puis l’exil et le retour pour nous décrire ce joli vol des cigognes alors donnons à MR BOUALEM MAKOUF ce mot de la fin :


« Les rangs se resserrent … il faut continuer à marcher sur le chemin de la vie… les cigognes volent toujours dans le ciel bleu. Elles dessinent le printemps après l’hiver.


FATEH AGRANE le 18 11 2011

 

 

 

 


“LAMBÈSE : LE BAGNE DE L’INDICIBLE BARBARIE”

Le témoignage de Boualem Makouf


Boualem Makouf est né à Alger le 11 février 1936. Membre du PCA, il milita dans les groupes armés du FLN et fut emprisonné à Lambèse de 1956 à 1962. Dans ce livre, il nous livre un témoignage poignant de ses six années de détention dans la centrale de Lambèse implantée aux confins des monts aurésiens.

 

Il raconte l’isolement des milliers de combattants prisonniers : « Hormis celles de Batna, les familles du reste du pays n’avaient pas les moyens de payer un voyage des régions lointaines jusqu’à Lambèse, sans compter les tracas pour obtenir à distance des permis de visite, de surcroît limités, puisque nous étions condamnés. » (p. 25). Ces années d’incarcération dans ce bagne de sinistre réputation rimaient avec violence, souffrance et humiliation. « La direction et ses sbires pouvaient agir sans freins. L’arbitraire était la règle... » (p. 25).


Les matons de la prison de Lambèse faisaient la pluie et le beau temps : « Parmi les surveillants, ceux d’origine pied-noir, selon l’expression consacrée, étaient les plus violents. Ils menaient la danse. Malheur à nous si une attaque de l’ALN avait eu lieu dans la région ou un attentat dans une ville ou un village des alentours... Les représailles étaient immédiates, assorties d’un florilège d’insultes racistes. Du type : ‘‘Jamais, nous ne nous laisserons gouverner par des bougnouls !’’ »


Boualem Makouf évoque la mémoire d’un de ses compagnons d’infortune : Merzak Hadad, frère d’un célèbre joueur de football qui avait reçu la visite de sa mère la veille de son exécution. « Le temps du parloir autorisé s’est écoulé et Atlan cyniquement lui lance : ‘‘Aujourd’hui, je t’offre un parloir supplémentaire !’’ Merzak encaisse et ne laisse rien paraître devant sa mère. Mais il avait compris le message pervers d’Atlan et son sourire sarcastique. L’ordre d’exécution était arrivé. Le lendemain, il partit vers la mort. Ainsi partirent tant de nos frères : Ahmed Zabana, Mohamed Ounouri, Ahmed Lakhnache, Fernand Iveton, Ahmed Taleb... » (p. 16).


Après les brimades le jour, la guerre des nerfs la nuit. Afin d’empêcher les prisonniers de goûter au repos, les gardiens revenaient à la charge avec des méthodes sadiques. « Tous les coups, vicieux, tordus, mesquins étaient portés : pas lourds, coups de pied sur les portes, discussions à haute voix... Mais le coup le plus tordu, c’était celui dit ‘‘du supplice chinois’’. Dans toutes les divisions, un robinet surmontant un seau servait au nettoyage des galeries. Les gardiens l’ouvraient laissant de petites gouttes filtrer lentement une à une, sur le seau et sur notre cerveau, le ‘‘vrillant’’, le taraudant tout le restant de la nuit. »


Sabrinal “Lambèse : le bagne de l’indicible barbarie” - Editions Inas, 2011, 126 pages, 440 DA

Sources : le soir d’Algérie

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