Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Document archives du 01/01/2002 - Juin 1940. Les nazis sont dans Paris. La France capitule. L'industrie du cinéma est menacée. Quel va étre le prix à  payer pour que l'activité survive ?

Attention, tabou ! Près de soixante ans après les faits, ce sujet-là  dérange toujours. La preuve ? Notre recherche iconographique s'est heurtée à  bon nombre d'obstacles. Pourtant, les photos de stars se pavanant dans les soirées mondaines organisées par les Allemands existent. Impossible néanmoins de mettre la main dessus : fonds documentaires non indexés et donc rendu inaccessible. De méme, aucune photo disponible de l'énigmatique Alfred Greven, patron de la Continental Films, qui lui-méme n'a pas manqué de brûler les archives de sa société avant son départ. Enfin, absence symptomatique de toute représentation d'artistes français en (bonne) compagnie de dirigeants allemands, dans des agences pourtant bien fournies sur la période. Pas de doute : le malaise est bien là . Le malaise, mais aussi le paradoxe. C'est en effet au moment où la France vit les pages les plus sombres et les plus humiliantes de son histoire que le cinéma français connaît son âge d'or. Entre 1940 et 1944, soixante-deux producteurs mettent en boîte deux cent vingt films, parmi lesquels quelques chefs-d'oeuvre.

Au contraire de ceux qui choisissent l'exil par rejet du régime de Vichy ou parce qu'ils sont interdits de travail, la grande majorité de la profession reste active et se retrouve assujettie à  une double censure : celle de Vichy et celle du département cinéma de la propagande allemande, dirigé par le Dr Dietrich.

Est-ce suffisant pour qualifier de héros ceux qui sont partis et de collabos ceux qui sont restés ? Répondre par l'affirmative serait faire preuve d'un manque cruel d'esprit d'analyse, occultant les difficultés morales et matérielles du temps. Pour y voir plus clair, il semble indispensable de dépassionner le débat. " On ne peut pas comprendre ce que fut le "cinéma de France" entre 1940 et 1944 si l'on ne tient pas compte de la psychologie des spectateurs [on pourrait y associer acteurs et réalisateurs] d'alors. La France continuait. Il fallait vivre, il fallait survivre, en attendant la fin d'une guerre qui s'étendait en Europe et dans le monde, et contre laquelle nous devions tenir le coup. " Cette réflexion du critique de cinéma Jacques Siclier est révélatrice. Continuer, vivre, survivre. Des mots chargés de sens dans un pays soumis au rythme des rafles et du couvre-feu, gangrené par l'inflation, plongé dans la nuit et le froid, et où la peur tétanise les consciences.

Dans un tel contexte, les lieux de spectacles offrent des espaces de convivialité inespérés. On y chante, on y danse, on s'y réchauffe. Le cinéma vend du réve. Et personne ne s'en prive.

Certains parlent de continuité dans la " collaboration " franco-allemande au regard des échanges professionnels qui prévalaient avant-guerre. Mais dans le nouvel ordre, rien n'est plus pareil. La dépendance économique est totale - même pour acheter des clous - et Alfred Greven veille au grain. Mais étrangement, le grand patron se tient à  distance de la tentaculaire propagande de Goebbels. Il laisse du méme coup une relative liberté de ton aux cinéastes.

D'aucuns prétendent qu'ils ont signé des contrats à  la Continental sous la contrainte. Voire ! L'appât du gain devait aussi en séduire plus d'un. Que dire d'une Danielle Darrieux qui pouvait toucher jusqu'à  un million de francs par film ? D'autres y tournent délibérément, comme couverture à  leur activité de résistant. Et puis, il y a ceux dont les scénarios dénoncent de façon plus ou moins voilée le nouveau régime.

Mais il reste aussi des images et des mots qui ne passent pas. Quid des milliers de spectateurs qui se sont précipités dans les salles pour assister à  la projection du film fielleux Le Juif Sûss ? Quid des propos tenus par Sacha Guitry dans La France au travail le 7 février 1941 " [...] Je suis aryen cent pour cent, n'en déplaise aux idiots malfaisants acharnés à  me nuire " ? Et ce singulier voyage à  Berlin des acteurs et actrices françaises en mars 1942, où l'étoile filante Suzy Delair affiche un sourire complaisant au côté des dirigeants nazis ?

Une page d'histoire à  la fois douloureuse et délicate que nous vous proposons ce mois-ci à  l'occasion de la sortie du dernier - et sensible - film de Bertand Tavernier Laissez-Passer .

Dossier : Le cinéma français sous l'occupation

Surtitre : Introduction

Héros ou collabos ? Le cinéma français sous l'Occupation

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=8106


Crédit photographique : l'actrice Danielle Darrieux

www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?t=2069...



Sur le même thème :


Sous la botte, le cinéma français


« Mon coeur est français mais mon cul est international »...


Corinne Luchaire, la belle interprète aux cheveux de lin ...


L'acteur français Jean Marais dans la 2e D.B.


Jean Gabin, un p'tit gars de la 2e DB


Gabin le Marin



Le Temps des Médias 2009- 1 (n° 12)| ISSN 1764-2507 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 978-2-84736-455-2 | page 163 à 173 - http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=TDM_012_0163*

Distribution électronique Cairn pour les éditions Nouveau monde. © Nouveau monde. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.

Des jeunes femmes dans le cinéma français sous l’Occupation : contradictions en noir et blanc

Delphine Chedaleux


RESUME — Cet article propose une analyse de la réception féminine des nouvelles figures de jeunes actrices qui apparaissent dans le cinéma français sous l’Occupation et auxquelles les spectatrices peuvent, pour la première fois, s’identifier de manière positive. Il montre que ces jeunes actrices, qui combattent dans leurs films le pouvoir patriarcal tout en véhiculant des valeurs rassurantes, contrebalancent la propagande pétainiste dirigée envers les femmes et les jeunes femmes.

 

Commenter cet article