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Malgré la promesse du Régent de le faire décapiter - la peine réservée aux aristos -, le comte est roué comme un vulgaire voleur.


Le comte de Horn, jeune aristocrate flamand de 22 ans, n'en croit pas ses oreilles : le tribunal le condamne à périr sur la roue comme un vulgaire voleur pour avoir assassiné un vulgaire "boursicoteur" ! Lui, le cousin du Régent qui gouverne la France durant la minorité du jeune Louis XV ! Décidément, quelque chose ne tourne pas rond en ce royaume de France. Si on n'a plus le droit de tuer un spéculateur pour le voler, c'est que tout va à vau-l'eau.

 

De Horn et son complice Laurent de Mille entraînent leur victime, pour la dépouiller, dans une chambre du deuxième étage du cabaret de l'Épée de bois, rue Quincampoix, à Paris. Une troisième canaille appelée de Lestang fait le guet sous la fenêtre, rue de Venise. Dès que le malheureux s'assoit, le comte passe derrière lui et lui entortille la tête avec une serviette. Les deux hommes lui portent alors dix coups de poignard. À ce moment, il faut qu'un imbécile de valet ouvre la porte de la chambre et se mette à hurler. Les deux meurtriers s'enfuient immédiatement par la fenêtre. Selon une première version, le comte se tord la cheville en se réceptionnant sur le sol. D'où son arrestation immédiate, celle de Mille intervenant quelques minutes plus tard dans le marché des Innocents. Selon une deuxième version, le comte aurait réussi à s'échapper sans mal, mais se serait rendu de lui-même chez le commissaire Regnard de la rue Saint-Martin afin de déposer une plainte pour une tentative d'assassinat contre sa personne ! Très astucieux, malheureusement, trop de témoignages l'accablent. Il est donc conduit en prison.


Folie furieuse


Qu'est-ce qui a bien pu mener un jeune comte apparenté aux plus grandes familles d'Europe sur le chemin du crime ? Il avait débarqué à Paris, quelques mois auparavant, avec déjà la réputation de posséder un grain de folie furieuse. C'est un jeune homme de belle prestance dont les "yeux ardents" plaisent à la gent féminine. Il enchaîne les conquêtes avec la cadence d'un Johnny au mieux de sa forme. Il faut avouer qu'il n'est pas très regardant sur la marchandise : ribaudes, servantes et épouses affamées, toutes lui conviennent. Indubitablement, le plus beau fleuron de son tableau de chasse est la comtesse de Parabère. Très jeune, très belle et dévergondée à souhait, c'est la maîtresse préférée du Régent, à qui elle organise d'amusantes orgies au Palais-Royal.

 

Le comte de Horn loge à l'hôtel de Flandre, rue Dauphine. Son frère lui verse une forte pension, mais le jeune homme la perd rapidement au jeu de la foire de Saint-Germain. C'est alors qu'au début de l'année 1720, deux coquins de ses fréquentations, le Piémontais Laurent de Mille et un certain Lestang, fils de banquier flamand, lui proposent de dévaliser un juif, nommé Jean Lacroix, qui s'est enrichi en spéculant avec les actions de la Compagnie d'Occident, fondée par le banquier John Law. Il a la réputation de se balader avec les poches bourrées de sommes considérables. Pourquoi tant d'argent pour ce juif et rien pour eux ? Les deux compères parviennent à convaincre le comte de le voler.


Honneur terni


L'arrestation du comte de Horn fait l'effet d'un coup de canon dans le Paris aristocratique. Surtout qu'il est condamné avec son complice Mille (Lestang, lui, ayant pu s'échapper de France) au supplice de la roue. Émoi et scandale, car un noble a le privilège d'être décapité, jamais roué de coups comme un vulgaire manant. Si Horn devait connaître ce sort, l'honneur de sa parenté s'en trouverait terni jusqu'à la quatrième génération. Elle ne pourrait plus compter sur les honneurs et les fonctions lucratives.

 

Dès le 21 au soir, une délégation familiale se précipite au Palais-Royal pour supplier le Régent de commuer la sentence en réclusion à perpétuité. Mais celui-ci reste inflexible. Quand on a fait remarquer au maître du royaume qu'il avait "l'honneur d'être parent avec le comte de Horn", celui-ci aurait répondu : "Quand j'ai du mauvais sang, je me le fais tirer." Enfin, c'est ce que prétend la légende... Néanmoins, il consent à remplacer la roue par la hache du bourreau, par égard pour la famille. C'est un moindre mal. Le lendemain, il répète sa promesse à sa maîtresse la comtesse de Parabère, et même au duc de Saint-Simon, le célèbre mémorialiste. Il propose même de dresser l'échafaud dans le cloître de la Conciergerie où le comte est gardé prisonnier.

 

Le 23 mars, le bourreau Charles Sanson est abordé dans un parc par une jeune femme voilée. Avec ardeur, elle plaide la cause du comte de Horn, suppliant Charles de le laisser s'enfuir. Devant son refus poli, elle finit par montrer son visage au bourreau, qui reconnaît avec stupéfaction la maîtresse du Régent, la sublime comtesse de Parabère. Mais rien n'y fait, pas même un rouleau de cent louis qu'elle tente de lui glisser dans la main. Même si elle offrait son corps charmant pour qu'il lui fasse subir quelques petits supplices charnels de son cru, le pauvre Samson ne pourrait rien faire pour elle. La seule concession qu'il lui accorde, c'est de ne pas intervenir si un complot tentait de délivrer le prisonnier.


Étranglement préalable


Le mardi 26 mars 1720, jour prévu de l'exécution, une nouvelle terrible se répand dans Paris en début d'après-midi : le comte de Horn et son complice Mille ont été torturés, puis soumis au supplice infamant de la roue en place de Grève, le matin même, et ce, malgré la promesse du Régent. Celui-ci a trahi sa parole. Ce n'est pas pour rien qu'il est surnommé le Roué. Les deux suppliciés ont donc été attachés sur une grande croix en forme de X pour que le bourreau et ses aides puissent leur briser méthodiquement les quatre membres. Souvent, le bourreau reçoit par écrit l'ordre d'étrangler au préalable le condamné pour lui éviter de trop grandes souffrances. Dans le cas du comte, Sanson a été surpris de ne pas recevoir un tel ordre. La tradition familiale rapporte qu'il aurait, néanmoins, étranglé de Horn de sa propre initiative. Monsieur le bourreau est bien bon. Quoi qu'il en soit, une fois ses membres brisés, le jeune comte, qui ressemble désormais à une marionnette désarticulée, a été accroché sur une roue, bras et jambes repliés sous lui, puis exposé à la curiosité publique. De même pour son complice.

 

En apprenant la trahison du Régent, la famille se précipite place de Grève pour récupérer le corps de son parent. Pas facile à transporter. Le marquis de Créquis se retrouve avec une jambe qui ne tient plus que par quelques lanières de peau sanglante. Maigre consolation pour les proches du comte : la trahison et la cruauté du Régent les ont absous de toute infamie. Ils continueront à bénéficier des largesses de tous les rois d'Europe.

 

20 mars 1720. L'effroyable assassinat d'un spéculateur par le comte de Horn, parent du Régent


et - le POINT

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