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Document du 01/06/2006 - Il met en valeur le buste, argument incontournable de la séduction féminine aussi bien que masculine, au détriment du bas - les pieds et les jambes - réduits au simple rôle d'agents de locomotion.

Au XIIe siècle, la mode féminine privilégie le buste étroitement moulé. Les contemporaines de la poétesse Marie de France (XIIe siècle), revêtent le bliau, sorte de robe longue lacée devant et bridant la poitrine. Le bliau engendre le corset, pièce de tissu de plus en plus ajustée sur le haut du corps. Les grandes dames de l'entourage de la reine Claude de France, l'épouse de François Ier, en font un élément de distinction des plus raffinés. La Renaissance connaît ce que Georges Vigarello appelle « le triomphe du haut ». Le corset dégage une taille haute et svelte ; il rehausse le buste, le cou et le visage, dégage les bras et les mains, toutes parties du corps célébrées pour leur beauté. Le bas du corps, notamment la jambe, ne compte pas. La silhouette joue le rôle de discriminant sociologique. Formes potelées, lourdeurs, taille relâchée désignent les couches populaires actives tandis que la finesse est le signe d'une élégance propre aux classes élevées.

Le busc, pièce rigide placée au milieu du corset et obligeant à se tenir droit, fait son apparition. Les hommes le portent au pourpoint. Ce peut être un fanon de baleine ou tout autre matériau dur. On en conserve en bois finement sculpté, en fer damasquiné, en ivoire. Certains cachent parfois un petit poignard, d'autres sont décorés de scènes galantes. La finesse du buste féminin se trouve accentuée par l'ampleur des hanches, soulignée par la jupe ou vertugadin, qui prend des proportions considérables.

Le corset, que l'on nomme le corps, continue au siècle suivant d'être tenu en grande estime. Madame de Sévigné le recommande chaudement ; madame de Maintenon le trouve indispensable pour la formation des demoiselles de Saint-Cyr. Le métier de tailleur spécialisé dans la fabrication des corps à baleines apparaît. Le corps, composé de six pièces (deux épaulettes, deux devants se prolongeant en pointe et deux derrières), requiert une grande diversité de matériaux ; toiles, lacets, agrafes, baleines. Selon le commanditaire, il est simple ou d'apparat. Les plus somptueux sont brodés de fils d'or, décorés de perles et pèsent jusqu'à 700 grammes.

Les enfants n'en sont pas dispensés : emmaillotement pour les nourrissons ou corps pour les jeunes enfants sont vivement recommandés afin d'éviter ce qu'on appelle alors « les dérangements du squelette ». Le maintien du corps suppose celui de l'âme. Des gravures présentent des corps pour enfants de trois ans entièrement baleinés.

Le corps se décline à l'infini. On en fabrique pour monter à cheval, pour le bal, pour le voyage, pour fille, pour garçon, pour femme enceinte, pour le jour (le diurne) et pour le soir (le nocturne, moins rigide). En principe, la femme mûre doit, par bienséance, l'abandonner. Si l'académie de chirurgie lui octroie des certificats d'utilité, il semble que le corps de fer n'ait été recommandé qu'aux personnes difformes.

Avec les Lumières, la beauté se fait plus naturelle : la démarche s'allège, on trouve du charme non plus dans la perfection mais dans l'animation. Toute la peinture de Boucher, de Watteau, de Fragonard en témoigne. Les bains, la marche, la culture physique favorisent l'embellissement de la silhouette. La maternité se revendique. Des considérations morales et philosophiques conduisent à dénoncer le corps à baleines - des idées déjà émises au XVIe siècle par Ambroise Paré et par Montaigne dans les Essais . Rousseau les reprend dans son traité d'éducation l' Émile et Buffon dans le tome III de son Histoire naturelle, consacré aux mammifères. Sous la pression des hygiénistes, paraît en 1770 une brochure intitulée Dégradation de l'espèce humaine par l'usage des corps à baleines. Pour Napoléon, le corset est « l'assassin de la race humaine ; ce vêtement d'une coquetterie de mauvais goût qui meurtrit les femmes et maltraite leur progéniture, m'annonce une décadence prochaine ». Les corsets d'enfants sont les premiers abandonnés. La rigidité régresse au profit d'une cambrure fortement marquée et suggestive, incarnant la féminité. Le corset reste indispensable mais il se transforme. Vers 1840, la mise au point du laçage « à la paresseuse » permet à la jeune femme de s'habiller ou de se déshabiller sans se faire aider d'une tierce personne.

En 1870, 1 500 000 corsets sont vendus et 6 000 000 en 1900. Les choses changent en 1908. La Ligue des mères de famille publie une brochure, diffusée à 20 000 exemplaires, intitulée Pour la beauté naturelle des femmes, contre la mutilation de la taille par le corset . Elle décrit les désordres physiologiques dus au port du corset : troubles digestifs, circulatoires, respiratoires, atrophie des muscles du dos, du ventre. Le rétrécissement de la taille, 50-60 cm au lieu de 65-80 cm normalement, provoque « maigreur, apathie, irritabilité, teint jaune, yeux cernés, acné ».

La guerre de 1914 bouleverse considérablement le statut de la femme, qui entre dans le monde du travail. Finie la cambrure de la silhouette, associée à la frivolité ! La promotion de la gymnastique diffuse une image nouvelle de la femme active. Le soutien-gorge apparaît, complété, au niveau du ventre, par la gaine. L'élancement vertical, l'étirement en longueur vont de pair avec la minceur des hanches. Les miroirs en pied se démocratisent car le corps s'observe, se surveille, d'autant plus qu'il apparaît désormais sous le vêtement... fluide. Le couturier Poiret symbolise cette franche évolution. La garçonne aux cheveux courts, à l'allure masculine des Années folles en est l'image ultime. Le retour vers le corset se fait aujourd'hui sur le seul terrain de l'érotisme.

 

Par Françoise Labalette

Le corset fait triompher le haut

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=17432

En complément

Histoire de la beauté , de Georges Vigarello (Seuil, 2004).

Les Dessus et les Dessous de la bourgeoisie , de Philippe Perrot (Fayard, 1981).

 

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