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Le Figaro - Prison : le langage cru et fleuri des détenus passé au crible


http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/Images_Produits/FR/fnac.com/Visual_Principal_340/8/9/0/9782705805098.jpgEn prison, le jargon est cru, imagé, parfois cocasse. On parle un argot où le juge est un «allumeur», où l’on «s’affale» quand on avoue et «une facture de garagiste» n’est rien d’autre qu’un casier chargé.


À travers les coursives de la pénitentiaire, si l’on balance encore quelques railleries à la Audiard, le langage quotidien réside surtout dans les «tchatches mortelles», irriguées des expressions imagées des banlieues. Ceux qui anchtibent (vont en prison) à Alcatraz (Fleury-Mérogis, quartier mineurs), au Club med (Fleury toujours) ou ailleurs, continuent de construire leur argot à la barbe des «matons». Un jargon cru ou cocasse collecté avec gourmandise en entomologiste par un cadre pénitentiaire, Jean-Michel Armand, auteur de L’Argot des prisons, dictionnaire du jargon taulard et maton du bagne à nos jours.


Sous les verrous, on n’avoue pas, on «s’affale», on ne parle pas de son casier judiciaire, on déplie son accordéon, et quand on a une «facture de garagiste» (un casier chargé), la mélodie peut être longue.


De temps en temps, il faut bien se rendre chez l’allumeur (le juge d’instruction, celui qui vous allume sévère). Pourvu qu’il ne vous fasse pas un chantier (une instruction à charge) sans quoi in fine, on risque bien de se retrouver aux assiettes (les assises) où l’on pourrait ramasser le bouchon (être condamné à 10 ans de réclusion criminelle) - ou même bien se «coiffer perpette».


Les keufs «beurrent le marmot»


Le plus souvent, on est arrivé là «en boîte de six» (version troisième millénaire du panier à salade), parfois après que les keufs aient «beurré le marmot» (fait avouer un suspect d’une façon critiquée par lui…). C’est comme ça qu’on se trouve béton (incarcéré), lorsque l’on a été détronché - identifié par la police.


Alors il faut bien se faire à ses voisins d’infortune, ceux qui ont les doigts dans la tête par exemple (les détenus connus pour les problèmes psychiatriques). Personne n’aime partager la cellule d’un «ouf» un peu trop «fatigué».


Les «fiolés» (grands consommateurs de calmants ), qui avalent une forte quantité de M&M’s (pilules bariolées) au moins se tiennent plus tranquilles. Ils marmottent ou font la momie, mais il ne faut pas trop leur tourner les pages (les contrarier) quand même.


On croise «Gari» - ce type dont on ne connaît plus ou pas le prénom, tant l’établissement est plein, et on lui lance dans un souci de sociabilité: «bien ou bien?» «Bien ou quoi?», manière de ne pas trop attendre la réponse convenue à la fastidieuse question «comment ça va?». Ou plus complice: «Et ta cipette, c’est Gwendoline?» (ta conseillère d’insertion et de probation est-elle une jolie femme d’origine «française»?).


« Les gaspards » règnent en maître des lieux


Les plus chanceux descendent au lac (nouent une relation sexuelle au parloir). À condition de ne pas croiser les rois mages (le directeur et ses adjoints).


Les sangliers (aumôniers) et les menteurs (avocats, autrefois baptisés merles) effectuent également quelques visites attendues, mais l’administration veille à ce qu’ils ne se lancent pas dans la fourniture de timbres (cartes à puce téléphonique qui circulent beaucoup en prison).


Enfin, cela, ce ne n’est pas une façon de parler pour les bidons (les détenus âgés, comme ceux de Liancourt, un établissement dans lequel les gaspards (rats) règnent en maîtres des lieux.


Par Laurence De Charette


(Source : http://www.lefigaro.fr/)

 


 

Sud-Ouest - Agen : Un dictionnaire sur le jargon des zonzons.


http://www.sudouest.fr/images/2012/11/29/893522_22049662_460x306.jpgCadre à l’Enap, Jean-Michel Armand sort un dictionnaire sur l’argot des prisons.


En jargon de maton, « faire l’essuie-glace » signifie faire le va-et-vient d’une cellule à l’autre. « Bébek », lui, relève plus de l’argot de détenu et est plus généralement utilisé pour désigner « un pauv’type ». « Yoyo » est le système de ficelle coulissante permettant aux détenus de faire circuler via les fenêtres de leurs cellules des objets.


La prison a son langage, que l’on soit d’un côté ou de l’autre des barreaux. Un langage que Jean-Michel Armand, cadre en charge de la formation à l’Enap (École nationale d’administration pénitentiaire) d’Agen, a décidé de réunir dans un dictionnaire intitulé « L’Argot des prisons ».


Quarante ans que notre homme est dans l’administration pénitentiaire. Il a fait ses classes à la prison de Fresnes dans le quartier des mineurs, dans « l’éducation surveillée » devenue « la protection judiciaire de la jeunesse », un passage dans la « fosse aux ours » ou plutôt dans le dépôt du parquet de Paris, puis au sein de divers internats et foyers de l’éducation surveillée avant d’arriver en 2000 à l’Enap.


Du verlan « reverlanisé »


« Depuis toujours, au cours de mon parcours, j’ai noté des expressions, du jargon et de l’argot dans des petits répertoires que j’ai ressortis en arrivant à Agen. J’ai ensuite mis à contribution une dizaine de mes collègues qui travaillent dans des prisons pour relever les dernières expressions en vogue… »


C’est ainsi que ce petit dictionnaire non exhaustif a été sorti des cartons et édité. L’occasion de suivre l’évolution des néologismes de la « zonzon ». Néologismes des bagnes à l’ancienne aux dernières expressions issues de la « tchatche des banlieues ».


« Il y a des mots qui sont créés et qui ne dépassent pas forcément les murs d’un établissement ou d’un quartier. L’argot est un mélange d’exportation du parler des quartiers, mais aussi de certaines modes comme le verlan avec la particularité aujourd’hui que certains mots en verlan sont reverlanisés sans pour autant être remis à l’endroit ! On retrouve aussi du javanais ou du “louchebem”, argot des bouchers des Halles où la première lettre du mot est remplacée par un “l” avec l’ajout du suffixe “bem” », souligne Jean-Michel Armand.


Les mineurs en prison


Argot et jargon sont des signes d’appartenance aux milieux. « Chacun, selon son âge, ses origines, sa culture, son dialecte apporte son capital lexical et l’ensemble se tricote au fil des échanges. C’est presque un jeu littéraire ! »


Le dico de l’univers carcéral est désormais en vente dans les librairies. Mais, déjà, Jean-Michel Armand travaille sur un autre ouvrage.


« Je m’intéresse à la période (1893–1940) où la prison d’Eysses était une colonie pénitentiaire pour mineurs. Une période noire qui s’est conclue par la mort à l’âge de 17 ans du pupille Roger Abel. J’étudie des documents et témoignages de surveillants ou de mineurs ayant laissé des écrits sur les conditions désastreuses dans lesquelles ces jeunes étaient soi-disant remis dans le droit chemin. Et ce, alors que leur passage à Eysses les marquait au fer… »


Publié le 29/11/2012 ; par Valérie Deymes


(Source : http://www.sudouest.fr)

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