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http://media.leslibraires.fr/media/attachments/large/2/9/6/001045296.jpgDocument  26/01/2012 - Trotsky eut deux fils. Les biographes connaissent l'histoire tragique de l'aîné, Léon Sedov, militant actif de la IVe Internationale, qui suivit son père dès le début de son exil, en 1929. Il fut assassiné par le NKVD en 1938 dans une clinique parisienne. Mais on ignorait le destin de Serge Sedov, le cadet, présenté par ses proches comme « apolitique », et resté en URSS malgré le départ forcé de son père et la traque lancée contre lui.

Comme le révèle ce livre, ce supposé apolitisme a permis de masquer longtemps la vérité. Car Serge Sedov, s'il préférait le football aux arcanes du parti bolchevik, fut bel et bien victime d'une machination de la police politique de Staline. Accusé d'avoir « empoisonné des ouvriers » et organisé des sabotages, il refusera d'endosser ces charges extravagantes et d'avouer la moindre culpabilité. Il échappera donc au procès public, au cours duquel les staliniens souhaitaient voir son nom traîné dans la boue, mais pas au jugement ni à la sentence : il sera fusillé le 29 octobre 1937. Il priva ainsi Staline d'une part de sa vengeance, mais Trotsky, lui, n'en sut jamais rien.

Grâce à des archives inédites, ce livre reconstitue pour la première fois les derniers mois d'une victime des grandes purges de la fin des années 1930, une victime tombée dans l'oubli, dont le seul crime fut d'avoir été le fils de son père.

Agrégé de lettres classiques, licencié d'histoire et diplômé de russe, Jean-Jacques Marie est l'un de nos meilleurs spécialistes de l'Union soviétique et du communisme. Il est l'auteur de deux biographies remarquées de Staline (2001) et de Lénine (2004), comme de plusieurs ouvrages consacrés à Trotsky et à la naissance de l'U.R.S.S.

 

 

Le fils oublié de Trotsky

Auteur : Jean-Jacques Marie

Date de saisie : 26/01/2012

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Essais Seuil



 

http://www.parisrevolutionnaire.com/IMG/jpg/Trotsky_Leon_et_Natalia_Sedova_17_max-2.jpgLéon Trotsky avait deux grandes filles d’un premier mariage, puis a eu deux fils avec sa seconde épouse, Natalia. L’aîné qui se prénommait lui aussi Léon est tout aussi politique que son père, il le suivit en exil dès 1929, et il fut assassiné dans une clinique parisienne par la police politique de Staline, dans des circonstances fort bien relatées dans ce livre (de même que Jean-Jacques raconte minutieusement l’assassinat trois ans plus tard, au Mexique, de son père, par le perfide Ramon Mercader, d’un coup de pic à glace). Mais le sujet principal de cet ouvrage, c’est le fils cadet qui se prénommait Serge, le fils oublié, donc. C’et un personnage très attachant, un brin lunaire, poète à ses heures, qui a même été un temps acrobate dans un cirque. Il ne s’intéresse pas du tout à la politique, et fort de cela, refuse de suivre ses parents en exil. Il devient ingénieur, écrit un ouvrage sur les moteurs gazogènes, sa spécialité. Puis en 1938, un héros de la Révolution, membre du Comité Central, Serguei Kirov est assassiné. Difficile de savoir si Staline a commandité ou non ce meurtre (Kirov a été assassiné par un jeune homme dont l’épouse entretient une liaison avec Kirov), Jean-Jacques Marie ne se prononce pas sur ce point. Toujours est-il que ce meurtre marque le début de la première grande purge stalinienne (il y en aura une seconde après la Seconde guerre mondiale cette fois dirigée contre les Juifs) où 750 000 hommes femmes et enfants perdront la vie en un an et demi. Les trotskystes sont les premiers visés. Et Serge Trotsky est arrêté…

 

Au début ce n’est pas trop grave, si l’on peut dire. Le fils cadet de Trotsky est simplement assigné à résidence très loin de Moscou dans une petite bourgade boueuse de Sibérie. Il n’est pas au goulag, il n’est pas emprisonné. Mais c’est grave pour lui, car Serge vient de tomber follement amoureux d’une jeune femme qui s’appelle Henriette Rubinstein. Et le chapitre le plus touchant du livre de Jean-Jacques est à coup sûr celui où il narre les échanges épistolaires entre Serge et sa chérie. Il lui écrit par exemple : « Arrive ! J’ai complètement oublié le goût de tes oreilles ». C’est mignon, non ?

 

Et Henriette va venir. Elle le rejoint en Sibérie où elle va tomber enceinte de lui. Pendant un moment, ça va mieux. Serge trouve du travail dans une usine où le directeur a justement besoin d’un ingénieur spécialisé comme lui dans les moteurs gazogènes. Mais voilà : un jour il y a un accident, une fuite de gaz dans l’usine, et Serge est accusé d’avoir comploté un attentat. Il est envoyé au goulag dans un des pires camps où il fera la grève de la faim, avant d’être fusillé. Le directeur de son usine, qui le défend, sera fusillé. Henriette, après avoir accouché à Moscou, sera déportée au goulag dont elle ne sortira qu’après la mort de Staline en 1953. Tous ceux qui, de près ou de loin, ont un lien avec Trotsky sont éliminés. Jean-Jacques raconte ainsi que la nounou d’une petite-fille de Trotsky sera éliminée pour cette simple raison…



« Le fils oublié de Trotsky » de Jean-Jacques Marie

l'émission du samedi 21 janvier 2012 sur France Inter

Histoire - Documentaires (74)

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