http://www.arena-stadium.eu.org/2500-ans-histoire/3-Moyenage/images-Moyen-age/37.jeu-de-paume-ouvert.JPGLe tennis est à l'honneur à Roland-Garros. Contribuant à faire oublier un peu plus son grand ancêtre : le jeu de paume. Celui-ci fait pourtant le régal de quelques amateurs. Très éclairés !


Il n'est question que d'elle ces temps-ci et pourtant la paume brille surtout par son absence. En effet, il sera impossible de ne pas penser à elle durant les internationaux de Roland-Garros, puisque le tennis lui doit la vie, quand la galerie nationale de la place de la Concorde sera consacrée temple de la photographie, puisque son nom de baptême deviendra le « Jeu de Paume », et enfin à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'Athènes, dont elle demeurera scandaleusement ignorée.

Si ces gens-là avaient lu Le Livre du courtisan (1528), ils sauraient que Baldassare Castiglione la jugeait parfaitement convenable tant il voyait dans son noble exercice « l'harmonie du corps, la promptitude et la souplesse de chaque membre, et presque tout ce qui se révèle dans les autres exercices(1) » . Le jeu de paume, plus ancien des sports de raquette, est aussi le seul qui puisse s'enorgueillir d'être le roi des jeux et le jeu des rois.

Sa seule évocation agit comme un excellent révélateur sur les inconnus. Les tempéraments les plus sportifs imaginent quelque chose qui ressemble à la pelote basque, les plus esthètes songent aux musées que sont devenus nombre d'anciennes salles de jeu de paume, tandis que les plus républicains s'en tiennent au souvenir d'un serment historique.

Mais lesquels de ces adorateurs de la Révolution, de l'art ou de la chistera ont même jamais su que cette étrange pratique perdurait depuis le XVe siècle selon des usages inchangés ? A qui la faute, sinon aux Français, qui ont dévolu aux Britanniques, aux Australiens et aux Américains le soin de rappeler que la France a donné au monde cette curieuse manie de se renvoyer la balle, activité sans laquelle le badminton, le squash, le tennis de table et, last but not least , le tennis n'existeraient pas ?

Si les salles de paume sont rares sur le sol national (on en compte trois aujourd'hui, une à Paris, une autre au château de Fontainebleau et la troisième à Bordeaux-Mérignac) et les joueurs peu nombreux (quelques centaines), depuis des décennies des matchs se déroulent en simple ou en double, face à face, de part et d'autre d'un filet ; donc apparemment comme au tennis sauf que les murs et le toit sont également de la partie et que le règlement demeure introuvable.

Grâces soient rendues aux arbitres qui ont l'autorité nécessaire pour faire respecter leurs décisions dans une discipline assez indisciplinée pour ignorer les textes sacrés, à moins qu'elle ne fût si intimement disciplinée qu'elle les ait intégrés au point de n'avoir jamais à les contester.

Pourtant, ce que Jean Renoir aurait certainement appelé « La Règle du jeu » existe bel et bien, mais confiné dans les archives et les livres rares. Car il suffit d'assister à un seul match pour comprendre qu'il existe autant de façons de jouer que de joueurs. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise manière de se porter à la balle. Les services jugés les plus extravagants et les coups estimés les plus fantaisistes sont parfois les plus efficaces.

Selon les tempéraments, le jeu de paume est un art de vivre, une civilisation, un passe-temps, un métier, un violon d'Ingres, une ascèse, une manière de voyager, un snobisme, un plaisir, une question de vie ou de mort... Il en est même pour qui c'est un sport, voire, comble de l'extravagance, un jeu ! Ceux-là sont les plus atteints. Il est vrai qu'on peut passer une vie dans la recherche du geste parfait. On trouve l'écho de toutes ces façons tant dans les Essais de Montaigne que dans les Poésies de Charles d'Orléans, les Colloques d'Érasme ou les Mémoires de Brantôme.

En l'absence de règlement écrit, on aurait pu lui faire dire tout et le contraire de tout. Quoi qu'il en soit, rien de ce qui relève de l'élémentaire courtoisie ne devrait être étranger à la paume. Il n'y a pas que l'habileté, le jugement et le coup d'oeil : il y a la loyauté, le respect de l'autre et la maîtrise des passions. On peut faire du partenaire un adversaire, jamais un ennemi. La véritable élégance n'a rien à voir avec la coupe des vêtements. Il ne suffit pas d'être en blanc pour avoir de la tenue.

Lire la suite en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.histoire.presse.fr/content/2_articles_alaune/article?id=974

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La règle du jeu... de paume

Par Pierre Assouline
publié dans L'Histoire n° 287 - 05/2004   +

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