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http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/2/3/4/0/9782234071759FS.gifDocument 26/10/2012 - À Barletta, ville du sud de l'Italie, un homme fascinant redonne vie à des musiques oubliées. Depuis plus de vingt ans, Francesco Lotoro, pianiste de formation, recherche puis enregistre avec un orchestre local les oeuvres composées plus ou moins clandestinement dans les camps pendant la Seconde Guerre mondiale.


Cet obstiné de 47 ans, aidé de sa femme et d'une poignée d'amis, a archivé plus de quatre mille partitions, parfois inachevées ou parcellaires. Symphonies, opéras, chansons folk, choeurs religieux, mais aussi swings ou musique rom : les artistes emprisonnés n'ont jamais renoncé à leur liberté créatrice, quitte, pour certains, à le payer de leur vie.


De Prague à Cracovie, de Rome à Paris, voici une course contre l'oubli, où chaque note sonne comme un défi à l'oppresseur. Un pan entier de l'histoire de la musique, jusqu'ici laissé sous silence, se dévoile au fil des pages et des partitions du maestro de Barletta.

Thomas Saintourens, né en 1983, est journaliste indépendant. Diplômé de l'IEP de Bordeaux et de l'école de journalisme de l'IEP de Paris, il collabore à plusieurs journaux et magazines, travaillant notamment sur des sujets de société. Il a coécrit, en 2011, Quand j'étais Superman (Robert Laffont) avec le rugbyman Raphaël Poulain.


  • Les courts extraits de livres : 26/10/2012

 

Barletta, 9 juillet 2011

Voilà, c'est ici. Via dell'Industria, Barletta, Italie.


Plein sud, au coeur des Pouilles.


Une rue d'usines et d'entrepôts, un trait d'asphalte qui ne mène nulle part. Le Mezzogiorno des manufactures, un littoral sans parasols où le sirocco brûle la peau, charrie des embruns poisseux, des relents de métal en fusion. Le goudron colle aux semelles comme un chewing-gum trop mâché. Cinq cents mètres plus au nord, il y avait encore des fleurs aux fenêtres, des scooters, la vie.


Depuis le centre-ville, il faut tourner trois fois pour rejoindre la via dell'Industria. Longer le centre commercial Mongolfiera, vaisseau urbain surmonté d'une montgolfière en plastique vert. Puis contourner l'usine de ciment, rouillée jusqu'à l'os. Derrière les buissons et les oliviers, un rempart masque la voie ferrée, direction Bari.


Cette rue n'est pas conçue pour la marche. Elle n'a pas de trottoirs, juste des accotements sablonneux. Les bâtiments, de deux étages maximum, sont protégés par des portails automatisés. Le numéro 93 est un bloc de béton édifié en symétrie autour d'un escalier blanc que garde la statue d'un christ grandeur nature.


De la musique s'échappe du balcon. Des notes de piano dégringolent en cascade, en grand huit d'arpèges, couvrant jusqu'au chant des grillons. Un chien-loup sort de l'ombre, se bloque en vigile, poitrail bombé. Quelques corniauds surgissent de sous les voitures, s'arrêtent net au bas des marches.


Monter, tout de même. Suivre la musique.


L'appartement est plongé dans la pénombre des heures chaudes. L'espace est confiné, l'air encore plus visqueux qu'au-dehors. On progresse en homme-grenouille, tempes compressées, membres plombés. L'intérieur sent l'ascèse, la simplicité. Les murs sont blancs, les meubles de bois brut.


La musique vient du fond, d'une pièce encombrée de papiers, de classeurs et de disques. Le long du mur, trois bureaux d'écolier. Sur le premier, un carnet à spirales et un pot à crayons. Sur le deuxième, un ordinateur et une imprimante. Sur le troisième, un PC portable. Partout autour, des piles de CD, de vinyles 45 tours, de cassettes audio. Deux pianos, aussi : un respectable demi-queue, recouvert d'un millefeuille de partitions ; et un modèle électrique, made in Japan. Des mains géantes, des mygales, malmènent ses touches molles. Le pianiste joue, englué dans sa sueur. Ses lunettes noires glissent sur son nez. La transpiration donne à ses cheveux frisottés l'éclat de la brillantine des concertistes d'antan. Sa chemise bleue, baignée sous les bras, est retournée bien au-delà des poignets.

 


Le maestro : à la recherche de la musique des camps

Auteur : Thomas Saintourens  
Date de saisie : 04/10/2012  
Genre : Documents Essais d'actualité  

 

Les parents de Francesco sont catholiques, comme tout le monde ou presque à Barletta, ce « littoral sans parasols » du Sud industriel de l'Italie. Sauf que, adolescent, le futur maestro découvre les origines juives de sa famille. De cette révélation naît la quête un peu folle qui aiguille la vie de Francesco Lotoro : ressusciter des musiques oubliées.


Depuis plus de vingt ans, ce pianiste de formation recherche, déchiffre, complète puis enregistre les œuvres composées plus ou moins clandestinement dans les camps de la Seconde Guerre mondiale par des artistes de renom, Erwin Schulhoff, Rudolf Karel, Émile Goué, Viktor Ullmann ou Jozef Kropinski…


Thomas Saintourens est journaliste. C'est en grand reporter qu'il a composé son « Maestro ». Tout en se fondant dans le quotidien austère de ce pianiste habité, l'auteur enrichit son enquête en partageant ses chapitres entre Francesco et ses héros musiciens. Au gré des présentations des compositeurs, le lecteur passe de l'Europe de l'entre-deux-guerres au Barletta d'aujourd'hui.


Au fil des pages, la folie de cette quête se mue en aventure. On suit notre Italien dans ses voyages aux quatre coins de l'Europe à la recherche de partitions perdues au fond d'un grenier familial ou dans le sous-sol d'archives nationales. Pour mieux le retrouver dans son modeste appartement où sa femme dévouée subit sa passion, écrasée mais fière de son « génie ». Enfin, on se réjouit de voir sa patience récompensée, grâce au travail tout aussi documenté de Thomas Saintourens. Luc Bourrianne


HHHH « Le Maestro : à la recherche de la musique des camps (1933-1945) », éd. Stock, 312 p., 19,50 €

« Le maestro » de la mémoire - SudOuest.fr

www.sudouest.fr/2012/.../le-maestro-de-la-memoire-856298-4692.p...
21 oct. 2012 – HHHH « Le Maestro : à la recherche de la musique des camps (1933-1945) », éd. Stock, 312 p., 19,50 €. littérature. Votre commentaire. Réagir ...
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