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http://a6.idata.over-blog.com/322x500/2/88/52/19/Images-01/Puzo_Le-parrain.jpegDocument 19/07/2011 - Si l'on veut comprendre comment est née et s'est développée la Mafia aux États-Unis, avec la corruption des flics et des hommes politiques, l'infiltration du show-business et la spirale meurtrière des familles en guerre, il faut lire Le Parrain, ce classique qui a profondément marqué la littérature criminelle. On y trouvera une pointe de nostalgie devant la disparition d'un gangstérisme à l'ancienne, moins violent et encore teinté d'une forme de puritanisme hérité de la tradition catholique. Cette contradiction est incarnée par la figure tutélaire du Parrain, don Vito Corleone, qui ne recule pas devant la violence pour la bonne marche de s'investir dans le trafic de la drogue. Il faut s'enfoncer dans ce roman, fourmillant de personnages, d'intrigues et d'épisodes, comme dans un feuilleton énorme, il faut se laisser emporter par les inoubliables personnages du clan Corleone, que l'on verra confrontés à des questions de succession et de fils qui ne ressemblent pas à leurs pères, puis à l'irrésistible ascension d'un nouveau chef de famille. En parallèle, l'auteur nous offre des visions de New York, Hollywood, Las Vegas, et d'un coin perdu de Sicile qui valent tous les voyages. L'épopée du Parrain a su élever le fait divers au rang de mythe.

Mario Puzo (1920-1999), l'auteur du Parrain, adapté au cinéma par Francis Ford Coppola, n'a cessé de mettre en scène dans ses romans la pègre italo-américaine dont il connaissait tous les rouages. Depuis une visite à Rome, en 1983, il travaillait au Sang des Borgia, roman qu'a achevé sa compagne, la romancière Carole Gino.

Les courts extraits de livres : 19/07/2011

Assis dans la salle d'audience du 3e tribunal criminel de New York, Amerigo Bonasera attendait que la justice se prononce et le venge des deux hommes qui avaient si cruellement blessé sa fille, après avoir tenté de la déshonorer.


Le juge, personnage massif et d'aspect redoutable, releva les manches de sa robe comme s'il se proposait d'infliger un châtiment corporel aux deux jeunes gens qui se tenaient debout devant lui. Une expression de mépris majestueux et glacé était empreinte sur ses traits. Mais il y avait dans son attitude quelque chose de factice que Bonasera percevait fort bien sans se l'expliquer encore.


« Vous vous êtes conduits comme des dégénérés de la pire espèce », s'écria le juge, d'une voix agressive. C'est vrai, c'est vrai, pensa Bonasera. Des bêtes, des chiens. Les deux jeunes gens, visage rasé, luisant comme un sou neuf, cheveux drus et lustrés, proprement taillés en brosse, inclinèrent modestement la tête et se composèrent le visage de l'humilité contrite. « Vous vous êtes conduits comme des fauves dans la jungle, reprit le juge. Et c'est une chance pour vous que cette pauvre jeune fille ait su défendre son honneur, sinon vous en aviez pour vingt ans. »


Le juge s'interrompit ; sous la voûte broussailleuse des sourcils, ses yeux glissèrent un regard furtif vers l'homme au teint olivâtre : le métèque Bonasera ; et revinrent se poser sur les documents placés devant lui. C'étaient des rapports en faveur de la mise en liberté sous surveillance. Le juge fronça les sourcils, haussa les épaules, comme s'il ne se rendait qu'à contrecoeur aux arguments avancés pour obtenir son indulgence, et reprit son discours.


« Mais, en raison de votre jeunesse, de vos familles honorables, parce que vous n'avez encore jamais été condamnés et parce que, dans sa majesté, la loi ne cherche pas de vengeance, je vous condamne céans à trois ans d'internement dans un pénitencier. Avec bénéfice du sursis .»


Quarante ans de deuil professionnel, la fréquentation quotidienne du désespoir empêchèrent seuls que ne parût sur le visage d'Amerigo Bonasera, entrepreneur de pompes funèbres, l'immensité du sentiment de frustration et de haine qu'il ressentit à cet instant. Sa fille bien-aimée, si jeune, si belle, était toujours à l'hôpital, la mâchoire brisée, la joue piquée de points de suture. Et ces deux monstres étaient libres ? L'audience tournait à la farce. Déjà les heureux parents entouraient leurs fils adorés. Bonasera contemplait ce hideux spectacle. Oh, comme ils avaient l'air contents, comme ils souriaient, maintenant !...

 

Le parrain

Auteur : Mario Puzo

Traducteur : Jean Perrier

Date de saisie : 19/07/2011

Genre : Policiers

Editeur : Robert Laffont, Paris, France

Collection : Pavillons poche

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