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Par Thomas Vampouille Publié le 02/07/2010 à 17:21 Réactions (184)



Photo prise en 1942 de Juifs internés dans le camp de Drancy, en Seine-Saint-Denis, après avoir transité par le stade du Vélodrome d'Hiver à Paris.
 
Photo prise en 1942 de Juifs internés dans le camp de Drancy, en Seine-Saint-Denis, après avoir transité par le stade du Vélodrome d'Hiver à Paris. Crédits photo : AFP

Procès-verbaux d'interrogatoires, lettres de délation… La préfecture de police de Paris est sur le point de lancer la numérisation de ses archives datant de la Seconde guerre mondiale, afin de les mettre à disposition du grand public à partir de 2015.


La France des années noires va bientôt connaître un coup de projecteur. La lettre hebdomadaire de la Préfecture de police (PP) a annoncé cette semaine le lancement prochain d'une opération de numérisation des archives de la police sous l'Occupation, dans la perspective d'une mise en ligne sur Internet pour le grand public.


Actuellement, les quelque 200.000 documents peuplent 15 kilomètres de rayonnage dans les sous-sols de la préfecture, sur l'île de la Cité à Paris. Protégés par la loi pour une période de 75 ans, ils sont accessibles uniquement sur demande aux historiens, aux écrivains, aux chercheurs ou encore aux journalistes. Mais à l'expiration du délai, soit entre 2015 et 2019 selon les cas, chaque citoyen pourra y avoir librement accès.


 

Un « délai de sérénité »

Avant cela, le service de la mémoire et des affaires culturelles (SMAC) de la préfecture sera chargé de numériser les documents, pour les protéger. Constitués à partir de papiers de très mauvaise qualité employés pendant la guerre, ils sont en effet particulièrement fragiles. Certains sont même imprimés sur des pelures. Un vaste programme de numérisation est donc engagé avec les techniques les plus pointues, notamment un scanner de haut niveau.


Fragiles, ces archives sont également sensibles. Particulièrement celles des Brigades spéciales, chargées de la traque des résistants, des communistes et des Juifs durant l'Occupation. Rapports de filatures, procès-verbaux d'interrogatoires, lettres de délation… Tout y est, avec les noms. «  C'est pour ça que le délai de 75 ans était nécessaire, explique au figaro.fr Jean-Marc Gentil, chef du SMAC. C'est ce que j'appelle un ‘délai de sérénité', qui a permis à l'histoire de faire son travail sans passion.»


Une méthode qu'il juge plus «saine» que celle employée en Allemagne de l'Est, où les archives de la Stasi (la police politique de l'Etat communiste, ndlr) ont été ouvertes juste après la chute du Mur. Mais Sonia Combe, historienne spécialiste de la Stasi*, n'est pas de cet avis : « L'attitude allemande est plus sage, les citoyens ont un droit à l'histoire. Et si l'on veut protéger les personnes, on peut tout simplement noircir les noms, comme le fait par exemple le FBI ». Le débat n'est plus d'actualité pour les archives de l'Occupation mais il n'est pas vain car d'autres archives délicates sont actuellement protégées par un délai de 75 ans : celles de la guerre d'Algérie.


 

« Au cœur des passions humaines »


 

La mise en ligne des archives de la police pourrait bien susciter un mouvement d'engouement public. Déjà, la salle de consultation de la Préfecture est souvent comble. L'historien Jean-Marc Berlière** a été le premier à avoir accès aux archives, en 1994 : « A l'époque, j'étais seul dans la salle des archives, se souvient-il. J'avais même peur de rester enfermé au moment de la fermeture ! Aujourd'hui, si j'arrive en retard je ne trouve plus de place. »


De l'avis de tous, ces archives, déjà largement décortiquées par les historiens, ne recèlent plus de secrets. Mais elles pourraient être source de surprises, voire de désillusions, pour les particuliers. « J'ai vu des gens qui ressortaient en pleurant de la salle des archives, témoigne Jean-Marc Berlière. Par exemple, parce qu'ils avaient découvert les dessous d'une arrestation, d'une exécution, d'une trahison. Certains arrivaient avec l'idée que leur grand-père avait été résistant et ils découvraient que ce n'était pas exactement la vérité... » Se confronter à l'histoire, rappelle-t-il, « c'est sortir de la légende», avec tous les risques que cela comporte. « On ne lit pas ça comme n'importe quoi, il faut être très critique. Ces documents sont remplis de mensonges et il faut les corroborer si l'on veut connaître la vérité », met en garde l'historien. « Se plonger dans ces archives, c'est aller au cœur des passions humaines, dans une époque où tout était brouillé. Ce n'est ni noir ni blanc, mais dans toutes les nuances possibles de gris. »

 

* Sonia Combe, Les archives des sociétés postcommunistes, éditions La Decouverte.


** Jean-Marce Berlière et Laurent Chabrun, Policiers français sous l'Occupation, éditions Perrin.


http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/07/02/01016-20100702ARTFIG00548-les-archives-de-la-police-sous-l-occupation-en-ligne-en-2015.php

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