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On savait qu'elle était journaliste talentueuse. On l'ignorait encore excellente romancière

Comment parler justement des "Chagrins", lu d’une traite en bord de Seine, un jour de soleil sur Paris ? Un premier roman qui vous laisse scotchée, saisie, et qui unit le meilleur du journalisme et de la fiction.

 

Le meilleur du journalisme : écouter des voix, le récit d’une vie, et le rendre au plus juste. Exercice que la romancière réalisa avec brio, pendant des années, pour la dernière page de Libération, celle des portraits. Le meilleur du roman : faire vivre et vibrer des personnages, qui résonneront longtemps en vous.

Portrait d'une prisonnière, dévastée par un amour enfui


http://media.librairiedialogues.fr/45/attachments/large/7/8/6/000652786.jpgLe roman s'ouvre sur des décombres et la destruction d’une prison, au cœur de Paris. Une prison de femmes, celle de la petite Roquette, détruite en 1973, remplacée par un square où l'auteure emmenait ses enfants.

Puis il conte la naissance, six ans plus tôt, en 1967 (comme Judith Perrrignon...) d’une petite fille, Angèle. Elle a été mise au monde par une détenue, Helena, enfermée pour braquage. Un vol à main armée commis avec un homme qu’elle n’a jamais dénoncé, réglant seule l'addition, par de lourdes années de prison.

"Les chagrins" retrace l’histoire d’une lignée féminine, d'Angèle à sa grand-mère, Mila. Mais c’est surtout le portrait, en creux et en miroir brisé, d’Helena, femme dévastée par un amour enfui. Le récit court à la recherche de la pièce manquante, l'amant en cavale, le braqueur lâche. En un mot : le père.

Le retrouvera-t-on grâce peut-être à ce vieux chroniqueur judiciaire sorti bouleversé du procès, et amoureux de cette frêle jeune fille aux yeux noirs qui n’avait rien avoué ? De cette femme qui ne manifestera jamais d'amour à sa fille ? "Angèle, chaque centimètre que vous preniez  disait le temps qui passe, le silence qui dure et l'amant qui ne reviendra pas"...

Dans ce roman polyphonique, on entend la voix de tous – sauf d’Helena – le personnage central. L'écrivain raconte la cruauté des lieux de détention -qu'elle a visités comme journaliste- "la beauté congédiée" dès l’arrivée, (« pas de poudrier, pas de peigne à queue, pas de pince à épiler, pas de crayon à sourcils, pas de lime à ongles en fer...).

Cinq vies antagonistes, enfermées dans leur logique


Cinq histoires et cinq vies, coïncidentes et solitaires, enfermées dans leur logique jusqu'au malheur, jusqu'à la mort parfois. L'absolue beauté des "Chagrins", c'est de nous faire vivre pleinement ces cinq vies antagonistes. De nous transporter dans l'au delà-du jugement, la pure empathie, le  ravissement de la lecture.

A quoi s'attelle désormais Judith Perrignon, qui a quitté Libération il y a quelques années pour collaborer, en électron libre, à Marianne ou à la revue XXI ? Fiction ou document ? Un peu des deux : "J’écris en ce moment un polar à 4 mains avec Éva Joly, une femme dont j’apprécie l’engagement et le courage. Ça se passera en Afrique, en Russie et en France, et ça portera sur la corruption mondiale." A paraître au printemps prochain, aux éditions Les Arènes.

 

Les beaux "Chagrins" de Judith Perrignon

Par Anne BRIGAUDEAU

Publié le 19/08/2010 | 17:24

culture.france2.fr/livres/actu/les-beaux-chag..

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