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http://www.memorial-caen.fr/fr/lib/catalog/images/9782910919597.jpgAu cours de la Seconde Guerre mondiale, le nombre de « déportés raciaux » – juifs ou d’origine juive – a été de 76 000 (dont 98 % ne sont pas revenus) sur une population juive, française et étrangère, évaluée à 300 ou 350 000 personnes. Les « sauvetages », en particulier des enfants, parfois spontanés au cas par cas, souvent organisés systématiquement par des filières juives ou non-juives, ont été l’un des facteurs essentiels de la survie. Les conditions de ces sauvetages sont de mieux en mieux connues aujourd’hui, grâce surtout aux témoignages des acteurs eux-mêmes (les documents d’archives étant rares, et pour cause, sur ce sujet).

L’auteur, correspondant de l’Institut d’Histoire du Temps Présent dans les Deux-Sèvres, déjà auteur de plusieurs études sur la population juive de ce département pendant la période de la guerre, s’intéresse ici aux enfants « cachés » venus d’ailleurs – la plupart du temps de la région parisienne – et aux enfants « bloqués », soustraits à la persécution au moment de l’arrestation de leurs parents mais fichés et en quelque sorte en sursis (tous ne survivront pas). Il s’est agi pour lui de retrouver, à travers la mémoire des accueillants et, lorsque cela a été possible, de celles des victimes, un certain nombre de cas, d’histoires à la fois personnelles et situées dans le contexte particulier de l’entreprise d’extermination nazie. Cela lui permet de rendre justice à ceux qui, grâce à leur courage et non sans risque pour eux et pour leur famille, ont, dans cette région-frontière traversée par la ligne de démarcation et où les communautés protestantes, en particulier sous l’influence du Pasteur Foucher, de Lezay (près de Niort), jouèrent le rôle principal, su venir en aide aux persécutés. « Chaque fois, écrit l’A., cela a permis à des enfants et même à des familles entières « d’éviter, grâce à la “désobéissance du cœur” face à une “légalité inhumaine”, d’entrer dans ce qui n’a été, pour la presque totalité des victimes, que la route d’une mort programmée ». Témoignages exceptionnels, patiemment recueillis et croisés, pour reconstituer, avec encore des lacunes, une « histoire » de ces enfants cachés ou bloqués et des circonstances de leur accueil, témoignages sans triomphalisme, marqués, dit l’A., d’une « sereine et discrète satisfaction d’avoir obéi à sa conscience, avec quelquefois l’étonnement qu’on puisse aujourd’hui s’y intéresser ».

L’ouvrage, abondamment illustré de photographies retrouvées, est complété par un certain nombre d’annexes : photocopies et traductions de documents sur le processus de la déportation dans les Deux-Sèvres et son organisation, liste des 124 noms d’enfants et d’adolescents – de moins de 20 ans – passés par les Deux-Sèvres et dont plus de la moitié put être sauvée.

À l’heure où la communauté juive de France a voulu, à Thonon, élever un mémorial à ces Justes des Nations, l’enquête minutieuse de l’A. jette une lumière d’humanité sur une page sombre de notre histoire.

Pour citer cette recension

Yves Chevalier, « POUPLAIN (Jean-Marie), Les Enfants cachés de la « Résistance » », Archives de sciences sociales des religions, 112 (2000) - Âme et corps : conceptions de la personne, [En ligne], mis en ligne le 19 août 2009. URL :

http://assr.revues.org/index20457.html.


POUPLAIN (Jean-Marie), Les Enfants cachés de la « Résistance », La Crèche (79), Geste Éditions, 1998, 256 p. (illustr., annexes) (coll. « Témoignages »)

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