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http://meteormagazine.co.il/wp-content/uploads/2012/11/La-famille-DRAI-et-leurs-deux-a%C3%AEn%C3%A9s-en-19281.jpgDes milliers d’enfants, parce que juifs, ont été traqués pour être assassinés avec leurs parents ou d’autres juifs dans des camps d’extermination dans une Europe sous domination nazie.


220.000 juifs et environ 70.000 enfants de moins de 18 ans ont échappé aux rafles et à la déportation dans une France à l’heure allemande. On estime à 60.000 les enfants qui sont passés à travers les mailles du filet. La plupart de ces enfants traqués par la police de Vichy et la Gestapo, ont été cachés. Le sauvetage de ces enfants juifs ne doit rien au régime de Vichy. Le soutien d’une partie de la population française, toutes tendances religieuses confondues a permis le sauvetage des enfants juifs. En Europe, 1 million et demi d’enfants ont péri dans les camps de la mort. Onze mille de ces enfants ont été déportés de France.


2,7% de ces enfants avaient moins de 6 ans (1893 enfants)


5,8% avaient entre 6 et 12 ans (4129 enfants)


5,8% avaient entre 13 et 17 ans (4125 enfants)


(Chiffres relevés parmi les 70 900 déportés dont l’âge a pu être déterminé).

 

Ces enfants devenus adultes ont gardé le silence pendant plus de cinquante ans.


« C’est en 2007, en remplissant un dossier d’indemnisation prouvant que j’avais été un enfant caché, que,  pour la première fois, je me pose la question et je  prends conscience  que je  n’avais jamais connu, ni  jamais su comment j’avais  pu survivre à la guerre alors que je  n’ai que 3 ans lorsque je  perds  mes parents. J’entame dès lors une patiente mais douloureuse enquête qui m’amènera à déverrouiller ma mémoire. Pourquoi ai-je écrit ce livre après 50 ans ? Je l’ai écrit pour les miens. Ma sœur et  mon frère  qui ne connaissaient pas mon histoire. Qui ont aussi éteint leur mémoire. Pour faire connaître à mes nièces ce que fût la vie de leurs parents après la  guerre. J’ai écrit ce livre pour celle qui partage ma vie depuis plus de 40 ans et qui m’a donné son  fils que je chéris. « (Témoignage de Pierre Drai, dans son ouvrage LA MÉMOIRE DÉVERROUILLÉE – Histoire d’un enfant caché 1943-1945 aux Éditions Gaussen)


Boris Cyrulnik a écrit à ce sujet : « Après la guerre, quand je racontais mon histoire, les gens ne me croyaient pas ou éclataient de rire. Du coup, j’ai commencé à me taire. Je croyais protéger les gens que j’aimais en me taisant. Je dois ma survie au courage des gens qui m’ont protégé quand j’étais enfant et à mon insoumission chronique »


Dans un récent entretien (http://enfantscaches.wordpress.com/2012/09/02/521/) avec Marc Knobel, Nathalie Zajde qui vient de sortir un livre sur «Les enfants cachés» (Ed. Odile Jacob), explique :


« Ces enfants sont restés vivants, ont survécu alors qu’ils devaient logiquement être les premiers à disparaître. Le simple fait d’être resté vivant fait d’eux des êtres à part. Cette singularité est encore renforcée, quand ils ont perdu un ou les deux parents (en France, 20 000 enfants juifs sont restés orphelins) autrement dit, quand leurs parents, des adultes, des personnes responsables, fortes, ayant des moyens physiques, intellectuels et psychiques que les enfants n’ont pas encore, sont décédés. Je veux dire qu’ici, la logique est inversée, et cela fait partie des nombreuses énigmes qui ont marqué durablement les enfants cachés. « Qui suis-je pour avoir survécu, alors que mes parents n’ont pu être sauvés» ? »

 

« Beaucoup d’enfants juifs ont pu survivre, car ils ont été cachés chez des chrétiens, sous une fausse identité. Je vous rappelle que la grande majorité des enfants juifs en France en 1939 étaient d’origine étrangère. À la maison, on parlait au moins une autre langue, si ce n’est deux ou trois autres langues. Les Juifs de l’époque, hormis les Juifs d’Alsace et de Lorraine (une minorité), vivaient majoritairement à Paris, Lyon, Lille et Marseille et connaissaient très peu la France (profonde). Quant aux enfants, ils n’en avaient souvent aucune idée. Sans parler de ceux qui n’avaient pas encore atteint l’âge d’aller à l’école, ceux-là ne parlaient généralement pas le français, mais la langue de la mère, le plus souvent, le yiddish. Pour survivre, ils ont été arrachés à leur univers habituel, empêchés, interdits de continuer à grandir en tant que Juifs. Ils ont été soumis à un paradoxe existentiel qu’on commence à peine à comprendre, et qu’on peut résumer ainsi : « Cesse d’être toi, d’être juif, si tu veux rester en vie. » Comment des enfants réagissent à ce type d’injonction ? Que comprennent-ils exactement de ce qui est en train de se jouer ? Certes, ils ne connaissent pas les tenants et les aboutissants des enjeux géopolitiques et idéologiques du nazisme, de la collaboration, ceux  des mouvements de résistance ; certes, ils ne savent pas (et d’ailleurs personne ne le sait à part quelques rares informés,) quel sera le véritable destin tragique des juifs qu’on arrête, mais ils savent que c’est leur identité juive qui est visée et ils vivent des situations de peur, de panique, de changement brusque de lieu de vie et de condition d’existence qui leur font comprendre qu’il ne s’agit pas d’un jeu, mais que la vie est en question.»


« Pendant la Seconde Guerre mondiale,  presque tous les enfants juifs ont été effrayés, c’est-à-dire qu’ils ont pensé qu’ils allaient mourir, et cette sensation de mort imminente – perdre son souffle, son âme pendant une fraction de seconde – laisse des traces psychologiques particulières.


Les enfants cachés ont cru qu’ils allaient mourir, quand des gendarmes français ou allemands ont frappé brutalement à la porte de leur habitation. Ils ont été effrayés quand ils ont vu les proches, les voisins se faire brutalement arrêter. Ils étaient persuadés qu’ils allaient l’être à leur tour. Ils ont été effrayés quand la personne qui les cachait les a menacés de les dénoncer aux Allemands s’ils ne faisaient pas ce qu’on leur disait.  Ils ont cru que tout était fini pour eux, quand ils ont été arrêtés. Ils ont cru qu’ils étaient morts alors même qu’ils réussissaient à s’enfuir, courant de manière effrénée, en passant la ligne de démarcation, en traversant la frontière suisse, sous les tirs des gendarmes, des douaniers ou des Allemands. Ces vécus au cours desquels ils ont eu l’impression qu’ils allaient mourir restent ancrés à jamais. Ils sont restés gravés avec une très grande précision dans la mémoire des anciens enfants cachés au point qu’ils revivent les scènes de frayeur à la moindre occasion. Quand une situation ou une chose les lui rappelle, ou bien dans les cauchemars, la nuit, suite à un événement singulier vécu la veille. L’enfant caché se dit alors, en lui-même, secrètement « ça recommence, et cette fois-ci, je ne survivrai pas ! » Il s’agit d’un vécu très difficile à confier. Rares sont ceux, dans l’entourage des anciens enfants cachés qui connaissent la réalité de ces souffrances. »


« Il est en outre intéressant de constater le nombre d’enfants cachés, souvent orphelins, qui après guerre se sont développés de manière brillante, et se sont engagés dans des activités d’intérêt collectif – scientifiques, intellectuelles, artistiques, politiques ou médiatiques. Pour ne parler que de la France : Boris Cyrulnik, André Glucksmann, René Frydman, Sarah Kofman, Simha Arom, Claude Berri, Barbara, Serge Gainsbourg, Michel Polnareff, Jean Ferrat, Gaby Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, Samy Frey, Vera Belmont, Philippe Bouvard, Jack Lang, Saul Friedlander et tant d’autres». « Comme s’ils ne pouvaient exister simplement, mais devaient donner des gages de légitimité à la société qui les avait exclus et qui après la catastrophe, leur redonnait une seconde chance.  Comme s’ils devaient prouver au monde que le destin avait finalement eu bien raison de les laisser en vie ! »


Le fait que beaucoup d’enfants aient été cachés implique que les nombreuses personnes qui les ont aidés se sont exposées à des dangers immenses et parfois ont été déportées. Certaines l’ont même payé de leur vie. De nombreuses organisations se sont créées dans le plus grand secret afin de faire passer des enfants en Suisse ou les placer dans des fermes. Nombreux à cette époque là ont fait croire que ces enfants étaient des neveux ou des cousins éloignés, et de nombreuses fausses pièces d’identité ou de faux tickets de rationnement ont été fabriqués par les employés municipaux (maires, secrétaires de mairie, etc…)


Parmi ces organisations, l’OSE, l’œuvre de Secours aux Enfants, créée en 1912 à Saint Petersburg par des médecins, fuit le nazisme et se réfugie en France en 1933. Autour d’Eugène Minkowski, l’OSE ouvre ses premières maisons en région parisienne pour accueillir les enfants juifs fuyant l’Allemagne et l’Autriche, et très vite les enfants résidant en France. L’OSE créé un réseau qui va traverser la guerre. Ses maisons accueillent jusqu’à 1349 enfants au printemps 1942. A partir des rafles de l’été 1942 (rafle du Vel d’Hiv notamment) l’OSE organise le sauvetage des enfants menacés de déportation et en sauve plus de 5000. Les dirigeants de l’O.S.E. décident alors de mettre en place une structure clandestine qu’ils confient à Georges Garel, un résistant lyonnais. Le «réseau Garel» se fixe comme objectif de vider progressivement les maisons de l’O.S.E. et de cacher les enfants parmi les non juifs, les soustrayant ainsi à la déportation.


Pour cela, il leur a fallu :


- Changer l’identité des enfants en leur attribuant un nom et un prénom « aryens ».


Leur trouver des familles d’accueil non-juives ou des institutions laïques ou religieuses acceptant de les dissimuler.


- Recruter de jeunes assistantes sociales pour les suivre dans leur placement.


Procurer des cartes d’alimentation et fournir une aide financière aux personnes ou aux institutions qui les ont pris en charge.


- Organiser le passage vers la Suisse ou l’Espagne, pour ceux des enfants dont un placement clandestin est impossible du fait de leur non-maîtrise de la langue française ou de leur jeune âge.


Entre 1942 et 1943, dans la clandestinité, des groupes de résistants favorisent la création du S.E.R.E. (Service d’Évacuation et de Regroupement d’Enfants). Dès septembre 1944, L’OPEJ (Œuvre de Protection des Enfants Juifs) succède au S.E.R.E., et les enfants sont regroupés dans des Maisons d’Enfants de Déportés, créées à leur intention.


Pour compléter les connaissances sur ce sujet, ceux qui seront en France dans les prochains mois, renseignez-vous auprès de l’OSE sur la magnifique exposition apparemment itinérante de cette association qui fête cette année ses 100 ans : « Sauver les enfants, 1938-1945» que j’ai eu la chance de voir à Marseille mi-octobre (exposition à Marseille en partenariat  avec HAC -Handicap-Amitié-Culture-). Nous évoquerons le remarquable travail de l’OSE dans un prochain article

 

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