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Document archives du 01/08/2003 - Le 15 août 1953, Jacqueline Auriol franchit le mur du son. Dans le domaine de la vitesse, de l'endurance ou de l'altitude, quatre aventurières de légende se livrent à  une compétition délirante qui leur fait tutoyer les sommets. Et en plus, avec le charme !

Longtemps, les aviatrices se sont heurtées à  l'incompréhension et au sexisme masculins. Air France s'est opposée jusqu'en 1973 à  l'admission de pilotes féminins, et les autres compagnies européennes n'ont timidement suivi que dans les années 1984 à  1987. Pourtant, dès 1930, une pléiade de femmes avait décroché de multiples records d'endurance, d'altitude et de vitesse.

En septembre 1930, Maryse Bastié, qui s'était fait remarquer en 1925 par son passage, aux commandes d'un Caudron G3, sous le pont transbordeur de Bordeaux, tourne trente-huit heures d'affilée au-dessus du Bourget. En juin 1931, elle couvre Paris-Nijni-Novgorod, soit 3 000 km sans escale, en 30 h 30 min. Et, le 30 décembre 1936, trois semaines après la mort de Mermoz, seule à  bord d'un Caudron-Renault, elle franchit les 3 200 km de l'Atlantique Sud en douze heures, soit une vitesse de 255 km/h et une heure de moins que Mermoz. De son côté, Maryse Hilsz, parachutiste d'exhibition et pilote d'hydravion, inaugure en 1930 la ligne Paris-Saigon et, en 1932, Paris-Tananarive. Cette méme année, à  bord d'un Jacky-Morane, elle devient la femme la plus haute du monde avec 9 791 mètres d'altitude, record qu'elle porte en 1936 à  14 510 mètres, à  bord d'un biplan Potez.

Toutes deux s'engagent activement dans la Résistance. Maryse Bastié, qui circule en zone interdite sous une apparence d'infirmière et communique de précieux renseignements aux Alliés, est incarcérée à  Fresnes. Après la Libération, ni l'une ni l'autre n'obtient pour autant de servir comme pilote de ligne régulière. C'est d'ailleurs comme simples passagères qu'elles trouveront la mort. Maryse Hilsz, le 30 janvier 1946, au cours d'un vol Paris-Marseille où l'avion, un Siebel 204, se disloque dans une tempéte. Maryse Bastié, lors d'un meeting aérien à  Saint-Priest. Le prototype du Noratlas où elle a pris place s'écrase au sol après une descente en vrille.

Les premières années de l'après-guerre voient la mise au point du moteur à  réaction. L'objectif est de vaincre le mur du son, qui sera finalement franchi le 14 octobre 1947 par Chuck Jaeger à  bord d'un Bell X1. La mode est à  la vitesse. Une Américaine, Jackie Cochran, décide de battre le record de vitesse féminin, jusqu'alors détenu par la Française Hélène Boucher. Jackie Cochran n'est pas une inconnue : elle a déjà  gagné en 1938 la Transaméricaine Los Angeles-Cleveland, puis créé, en 1941, un corps de pilotes américaines volontaires, le Women Air Service Pilots (WASP) et traversé l'Atlantique aux commandes d'un bombardier. Depuis qu'elle pilote un chasseur Mustang, elle a battu onze records. Le 18 mai 1953, après un entraînement sur la base d'Edwards de l'US Air Force, elle atteint 1 049 km/h en circuit fermé sur un F 86 Sabre. Exploit d'autant plus remarquable que cette femme d'affaires partage aussi son temps avec une activité dans le domaine des cosmétiques.

Deux mois plus tard, le 15 août 1953, Jacqueline Auriol, la belle-fille du président de la République, lui dame le pion en devenant la première aviatrice au monde à  franchir le mur du son, 1 223 km/h. Cette Française n'a pas froid aux yeux. Un an à  peine après avoir passé son brevet de pilote, un accident au cours d'un rase-flotte sur la Seine, dans un petit avion où on lui a offert une place, lui occasionne trois fractures du crâne. Partie aux Etats-Unis se faire opérer, elle y trouve moyen de passer son brevet de pilote d'hélicoptère. Et, dès son retour en France, après deux semaines de formation sur Vampire, elle réussit à  se faire confier un avion à  réaction.

Au printemps de 1955, Jackie Cochran, alors présidente de la FAI (la Fédération aéronautique internationale) annonce que les records féminins seront abolis à  compter du 1er juin, un moyen comme un autre de conserver pour elle le record de vitesse en circuit fermé décroché deux ans plus tôt. Le 31 mai, date limite, malgré un temps incertain, Jacqueline Auriol crée la surprise en dépassant les 1 151 km/h à  bord d'un Mystère IV de Dassault. Jackie Cochran se doit de rétablir la compétition. La lutte est relancée.

Le 13 octobre 1956, Jacqueline Auriol échappe à  nouveau miraculeusement à  la mort. Au cours de son troisième essai de la journée, une panne de la commande de profondeur entraîne son Mystère IV dans une folle spirale. Elle comprend qu'elle va mourir. Au bord de la syncope, il lui reste juste assez de conscience pour tenter une dernière manoeuvre : elle coupe le disjoncteur de servocommande. Miracle, le manche se débloque. Alors, courageusement, elle essaie d'accélérer sa rotation en vrille. Nouveau miracle : le vol se régularise et elle parvient à  redresser l'avion qui piquait vers le sol. Elle est sauvée et, dès le lendemain, elle reprend ses exercices de voltige. Cependant, l'Américaine enchaîne victoire sur victoire. En juin 1962, Jacqueline Auriol, ambassadrice de la technique et de l'élégance françaises, contre-attaque en poussant le Mirage III à  1 851 km/h. Jackie Cochran réplique le 1er mai 1963 avec 1 937 km/h. Jacqueline Auriol reprend l'avantage le 14 juin avec 2 038 km/h. Le duel ne prend fin que le 28 mai 1964, date où l'Américaine se retire, à  57 ans, après avoir dépassé 2 097 km/h aux commandes d'un Lockheed Starfighter.

Par Alain Frerejean *


* Ingénieur et historien, Alain Frerejean a publié Terres d'inventeurs et De Gutenberg à  Bill Gates (Tallandier, 2001) ainsi que André Citroên-Louis Renault, un duel sans merci (Albin Michel, 1998).

Les filles de l'air battent des records

01/08/2003 – Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=6319

élisabeth boselli première femme pilote de chasse de l'armée de l'air

Femmes de l'air et de l'espace



Crédit photographique :


Jackie Cochran

www.dfrc.nasa.gov/.../062703/ppl_cochran.html


Maryse Bastié

: www.commando-air.fr/57.html


Jacqueline Auriol

www.savoirs.essonne.fr/... 

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Commenter cet article

Soulié 28/04/2015 08:11

j'étai au meeting de Saint-Priest ..lors de la mort de Maryse Bastié...quel souvenir et quelle horreur

Philippe Poisson 13/06/2015 18:08

Merci

Soulié 28/04/2015 08:09

j'étai au meeting de Saint - Priest en 1953...lors de la; mort de Maryse Bastié...quel souvenir et
quelle tragédie