Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog


http://a21.idata.over-blog.com/2/45/42/71/philippe-7/prison.gifIl y eut un temps où les criminels, s’ils étaient « en état de démence au moment de l’action », n’étaient pas destinés à être punis ni incarcérés. Depuis les années 1980, on trouve de plus en plus de fous dans les prisons françaises. Est-ce parce que la prison aggrave des pathologies préexistantes ? C’est plutôt que la psychiatrie est de moins en moins apte à prendre en charge les patients difficiles.


Télécharger ce(s) document(s) :

Les fous en prison ? (PDF - 49.2 ko)


par Laurence Guignard et Hervé Guillemain


Dossier : Où va la justice ?


Janvier 2007 : Nicolas Cocaigne est mis en examen pour homicide volontaire avec préméditation. Il vient de tuer son codétenu et d’ingérer une partie de ses poumons. Transféré à l’Unité des malades difficiles (UMD) de Villejuif, celui que la presse va rapidement baptiser le « cannibale de Rouen » purge depuis novembre 2006 une peine de quatre années de prison pour agression sexuelle. Avant cette incarcération, l’homme, diagnostiqué comme schizophrène, a été interné à plusieurs reprises en hôpital psychiatrique.

Au-delà du caractère spectaculaire des faits, on ne peut que constater la présence des malades mentaux en prison. Évidemment, la folie ne fait pas son apparition en milieu carcéral [1], mais elle tend à y devenir massive : le phénomène est attesté par différentes études. Selon une enquête de 2004, entre un cinquième et un quart des prisonniers peuvent être considérés comme psychotiques [2]. Ce taux est encore plus élevé pour les longues peines. Dix pour cent des 60 000 détenus souffrent à divers degrés, comme Nicolas Cocaigne, de schizophrénie et l’observation médicale des entrants paraît confirmer l’accentuation de cette évolution depuis quelques années, particulièrement en France. Ce phénomène s’explique par la conjonction de différents facteurs historiques qui relèvent du domaine médical et judicaire.

Des transformations carcérales et hospitalières

La prison est-elle pathogène ? Le taux élevé de suicides en milieu carcéral peut le laisser penser. Les résultats de cette même enquête de 2004 montrent qu’un pourcentage élevé de détenus (plus des deux tiers) est en état de souffrance psychique. Si l’on comprend que la privation de liberté, l’amenuisement des relations familiales et sociales, la promiscuité, la violence, puissent engendrer des troubles anxieux et dépressifs massifs, souvent corrélés avec une tendance suicidaire, il est plus rare de voir la manière dont l’enfermement, séparation de la vie réelle et sociale, peut produire, révéler ou amplifier la psychose. Aussi terribles que soient les conditions d’incarcération, aussi dégradées soient-elles, elles ne font cependant souvent qu’aggraver des pathologies préexistantes. Vingt pour cent des détenu(e)s ont en effet déjà été suivi(e)s ou hospitalisé(e)s en psychiatrie avant leur incarcération. C’est lors de leur passage en cellule d’isolement que certains malades sont entrés en chronicité.

Pour comprendre la présence massive des fous en prison, ne faut-il pas considérer les transformations qui affectent l’institution psychiatrique elle-même ? L’asile, qui a été la forme dominante de prise en charge des malades durant un siècle et demi, a disparu. Si le référent hospitalier subsiste, il est désormais ouvert et n’est plus qu’un élément de soin dans un réseau de structures de tailles réduites, dispersées sur tout le territoire. La rationalisation hospitalière enclenchée dans les années 1980 et accélérée aujourd’hui a conduit à une diminution très importante du nombre de lits disponibles en psychiatrie – de 83 000 à 40 000 entre 1987 et 2000 –, alors que la population concernée a fortement augmenté durant la même période pour dépasser le million [3]. La durée moyenne de séjour dans un centre hospitalier spécialisé (CHS) a été fortement réduite : les malades ne restent plus une année comme il y a trente ans, mais moins d’un mois. Dans ce cadre, le recours massif aux psychotropes s’impose. La saturation des structures a pour conséquence de laisser dans la rue un nombre croissant de malades qui sont souvent des précaires sans domicile, parfois des petits délinquants, qui se retrouvent facilement en prison. Les secteurs de psychiatrie, dont les personnels sont moins nombreux qu’auparavant et dont les lieux de contention ont été réduits, sont moins aptes à prendre en charge des patients difficiles, notamment ceux qui viennent du secteur judiciaire. Après la phase de grand renfermement de l’époque moderne et d’internement des aliénés, la « grande ouverture » de l’institution a mis fin, pour la plupart des malades, à la mission traditionnelle de l’hôpital : être un lieu d’asile.

À l’inverse, on a ouvert des lits dans les prisons françaises. En application de la nouvelle législation de 1985 qui confirme la sectorisation amorcée dans les années 1960, le décret du 14 mars 1986 institue les secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire. Cette innovation débouche sur deux possibilités : la prise en charge des détenus par l’établissement hospitalier de référence ou bien la mise en place d’un service médico-psychologique régional (SMPR) au sein même de l’établissement pénitentiaire. Cinq unités pour malades difficiles (à Villejuif, Cadillac, Sarreguemines, Montdevergues et Plouguernevel) complètent le dispositif. Ces structures regroupent, comme leur nom l’indique, une partie des malades – essentiellement psychotiques – qui sont dangereux pour les autres et nécessitent une surveillance spécifique. Implantées dans les CHS, donc hors des prisons, elles répondent au problème posé par les malades dangereux, mais elles ont perdu aussi des lits d’hospitalisation. Le droit des détenus aux soins psychiatriques, proclamé dans la nouvelle législation, a logiquement fait basculer une partie de la psychiatrie publique dans les prisons, mais avec des effets pervers, engendrés à la fois par la création d’une offre carcérale de soins – aussi faible et dégradée soit-elle – et par un avantage budgétaire non négligeable : une journée d’hospitalisation en prison coûte trois fois moins cher qu’une journée à l’hôpital. Ces transformations sociales, institutionnelles et médicales se produisent à une époque où le régime de la responsabilité des fous est révisé. Il faut ici en retracer l’histoire...


L'intégralité de cet article en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.laviedesidees.fr/Les-fous-en-prison.html

Les fous en prison ?

par Laurence Guignard & Hervé Guillemain [02-12-2008]

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Dr. Philippe DEHARVENGT 28/01/2010 14:18


Il faut lire > de Catherine Herszberg, aux Editions du Seuil ( octobre 2006 )


28/01/2010 17:21




Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /2009 05:58 - Ce livre est référencé également sur mon blog - Merci




Fresnes, histoires de fous