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Document archives du 01/04/2006 - Apparus sur le petit écran en 1974, les hommes du commissaire Valentin ne devaient prendre leur retraite qu'en 1983, au terme de 36 épisodes, dont beaucoup se souviennent encore.

Les Brigades du Tigre sont à la télévision ce que Pierre Bellemare est au téléachat : un monument ! Ce même Bellemare qui, en 1968, nourrit le rêve de produire une grande série policière, à la manière des Incorruptibles , le feuilleton américain qui fait alors fureur. Par l'intermédiaire d'Alain Decaux, le scénariste Claude Desailly lui propose un synopsis. Desailly est alors immergé dans les Mémoires du commissaire Belin, passé à la postérité pour avoir arrêté Landru. Le divisionnaire dénonce, dans son livre, le laxisme, la passivité, l'absurdité de la partition territoriale et le manque de moyens de la police jusqu'en 1907, date de la création par Georges Clemenceau des brigades mobiles. Claude Desailly, aujourd'hui retiré dans le Lubéron, nous a confié : « J'étais enthousiasmé par l'idée de concevoir des intrigues policières prenant place dans la France de la Belle Epoque, j'étais convaincu que les Français seraient captivés par ces années 1900, celles de la jeunesse de leurs parents, des "premières bagnoles", des chapeaux melon et des moustaches. »

Mais le fougueux Bellemare se perd dans des prétentions hollywoodiennes inaccessibles : construire d'immenses studios de tournage, engager des comédiens pour cinq ans, prévoir au moins 150 épisodes. Faute de budget, il renonce après avoir déposé le projet à l'ORTF. En 1971, Desailly travaille à l'adaptation d'une oeuvre de Gaston Leroux. Il est alors contacté par le producteur Roland Gritty qui le sollicite à son tour pour écrire une série policière. Cette fois, rien ne pourra plus faire capoter l'affaire : la société Telecip passe commande ferme de six épisodes (trente autres suivront).

Au soir du 21 décembre 1974, les téléspectateurs d'Antenne 2 font connaissance avec Valentin (Jean-Claude Bouillon), Terrasson (Pierre Maguelon) et Pujol (Jean-Paul Tribout), mousquetaires de la Belle Epoque qui gagnent instantanément le coeur des Français. Le lendemain du premier épisode, intitulé Ce siècle avait sept ans , la musique du générique signée Claude Bolling est dans toutes les têtes. Chacun fredonne La Complainte des apaches interprétée par Philippe Clay : « Incognito, vos flics maintenant sont devenus des cerveaux/Ni grands ni gros, ils ont laissé leurs vélos, leurs chevaux/En torpédo, de vrais casse-cou à 35 au chrono/M'sieur Clemenceau, c'est plus réglo, c'est la mort du boulot [...]. »

Principe de la série réalisée par Victor Vicas : restituer en cinquante-cinq minutes une énigme policière dans un cadre politique ou social historiquement attesté (de 1907 aux années 1920), y introduire des personnages fictifs ou réels traqués par les inspecteurs des brigades du Tigre. Pour exemple, le deuxième épisode de la première saison, intitulé Nez de Chien , se déroule en 1912 alors que l'on vient de démanteler la bande à Bonnot. Un déséquilibré, Louis Lacombe, défie les brigades du Tigre et fomente une série d'attentats afin de faire libérer ses compagnons. Une autre fois, on retrouve le commissaire Valentin et ses acolytes sur la route du Tour de France 1908. Les « flics de choc » ont pour mission de protéger les coureurs contre l'Ange blanc, un psychopathe.

Affaires d'Etat, infiltrations dans la pègre, les milieux anarchistes, ultra-féministes, ésotériques... Les enquêtes touchent souvent à la sûreté de l'Etat, mais correspondent-elles à la réalité des faits ? Claude Desailly raconte avec amusement que, lorsqu'il a consulté les archives de la police, il a constaté « que ces brigades n'ont jamais eu à combattre les grands bandits mais ont pourchassé principalement des voleurs de lapins ». La part d'extrapolation est donc importante dans les 36 épisodes. Desailly a dû puiser ses sources dans la presse de l'époque qui faisait ses choux gras des faits divers. En attestent, dans la plupart des aventures, les gros plans sur les titres du Gaulois et l'apparition rituelle du crieur de journaux.

Subtilement humoristiques, astucieusement intrigantes, finement pédagogiques - par l'intermédiaire d'une voix off établissant à chaque début d'épisode un bref rappel historique - Les Brigades du Tigre touchent plusieurs générations, même si les plus jeunes ont tendance à trouver ringardes les poursuites en voitures limitées à 30 km/h. Défrisantes, pas vraiment décoiffantes !

La clé du succès tient autant à la qualité des reconstitutions (décors, costumes, mobilier, techniques d'investigation) qu'à la complémentarité d'un trio placé sous les ordres de l'autoritaire commissaire divisionnaire Faivre (François Maistre), remplacé dans la cinquième saison par Gabrielli (Pinkas Braun). Jean-Paul Tribout alias Pujol explique : « Valentin incarne la beauté ; Terrasson avec son accent du Sud représente le terrien, solide comme un roc ; Pujol, c'est l'héritier de Gavroche, ni très beau ni très fort, mais qui arrive toujours à se sortir des situations les plus périlleuses. » Et le comédien de souligner : « On recevait beaucoup de lettres de fans. Les femmes écrivaient à Jean-Claude, les seniors et les ruraux à Pierre, moi je recevais les courriers des enfants qui se reconnaissaient dans mon personnage. »

Identités stéréotypées de héros unis par la bravoure, l'ingéniosité et l'amitié. Dans le dernier épisode Lacs et entrelacs, diffusé le 11 novembre 1983, la nostalgie, au soir du mariage de Terrasson, commence à poindre à travers le commentaire de l'épilogue : « Tant de dangers surmontés en commun, une solide amitié forgée par le temps. Eh oui ! c'est cela le passé. Et l'avenir ? En un pareil jour, il ne convient pas encore de répondre à cette question. » Aujourd'hui, nous avons la réponse : elle s'écrit sur grand écran.

Par Eric Pincas

Surtitre : Les brigades du Tigre

Les coulisses d'une série culte

01/04/2006 – Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=17252


Crédit photographique – Les brigades du Tigre, série T.V.

http://lugrassot.chez-alice.fr/serie/brigades/brigade3.jpg


L'épopée des Brigades du Tigre

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27448927.html


Jules Belin, le flic oublié

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35094883.html


Les superflics d'Hennion et de Clemenceau

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35592724.html


L'épopée des brigades du Tigre

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27448927.html


Un « grand patron » de la Police judiciaire : Jules Sébille

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35609013.html


La bande à Bonnot à travers la presse de l'époque

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27259715.html


Sur Internet !

Série culte ? A la télé, oui. Sur le net ? pas vraiment... Les sites consacrés aux aventures du commissaire Valentin, ou lui dédiant quelques pages, se comptent sur les doigts d'une main. Dans la presque totalité des cas, leur présentation n'est guère folichonne et les informations sont rebattues. Seulement deux d'entre eux valent le détour. L'émission radio sur les séries TV « Aux frontières des séries » (www.afds.org/ dossiers/tigre/dossier.html) propose un dossier très complet. Tous les éléments nécessaires pour approfondir le sujet y sont : histoire de la série, structure des épisodes, description des personnages, accueil réservé par le public... Le Quotidien du cinéma décortique le script de l'épisode La Main noire (qui clôt la première saison) dans sa rubrique « Le magazine des séries télévisées »

(www.lequotidienducinema.com/seriestv/lamainnoire/seriestv_episode_la_main_noire.htm).

On peut découvrir des photos des plans de combats grâce au fonds documentaire apporté par le champion d'Europe 1970 de boxe française, Jean-Pierre Julémont, qui a chorégraphié les affrontements de cet épisode. Il est aussi possible de consulter le dossier sur Les Brigades du Tigre et un guide des épisodes sur le même site. Au gré de vos explorations, La Complainte des apaches retentira et ne vous sortira plus de la tête : « M'sieur Clemenceau... » V. B.





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