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2222.jpgL'Institut du Monde Arabe consacre une exposition au célèbre recueil de contes, véhicule de mythologies et de croyances propres à l'Orient.


Peu d’ouvrages profanes ont suscité autant d’études sérieuses et de fantasmes, de variations et d’adaptations que les "Mille et une nuits". Tout le monde connaît le prétexte initial : le sultan Shâhriyar, déçu par son épouse infidèle, décide de ne garder qu’une seule nuit ses prochaines épouses et de les faire mettre à mort au premier matin. Si bien qu’au bout de trois ans, le royaume n’a plus de jeune fille à marier, à l’exception des trois filles du Grand Vizir qui, chargé de ramener chaque soir une nouvelle victime, a repoussé l’échéance pour elles. Shéhérazade, son aînée, relève le défi : chaque soir, elle commence à raconter au sultan une aventure palpitante dont elle ne révèle la fin que le lendemain. Au bout de mille et une nuits, le roi, conquis et rassuré, lui accorde sa grâce. C’est dans ce cadre que les poètes orientaux vont inventer des personnages et des aventures toujours renouvelés.


Aladin et la lampe merveilleuse, Ali Baba et les quarante voleurs, Sindbad le marin… Autant de figures qui, venues d’un Orient fantasmé, sont entrées dans la littérature occidentale par le biais des traductions successives. Les légendes anciennes venues du monde arabe, de Perse et de l’Inde ont d’abord, en effet, circulé oralement. Le premier manuscrit, anonyme, rédigé en arabe, a été retrouvé à Bagdad et date du VIIIe siècle. Mais, en Occident, c’est Antoine Galland qui en lance la vogue, porté par la curiosité naissante pour "l’orientalisme". Entre 1704 et 1717, il traduit 35 contes d’un recueil syrien auxquels il en ajoute autant, soit douze tomes au total ! Le succès pousse à la fois les savants à rechercher de nouveaux manuscrits et des écrivains à inventer des histoires analogues. Les colporteurs qui, au XIXe siècle, apportent les "best-sellers" au fin fond des campagnes, n’oublient jamais leurs exemplaires des Mille et une nuits. L’éditeur Hachette reprend le texte avec succès.


Les autres pays européens connaissent le même engouement et traduisent eux aussi, à l’instar de Burton ou Lane au XIXe siècle. Parallèlement au texte, les éditeurs s’intéressent à l’image : alors que très peu de manuscrits orientaux étaient illustrés (une vingtaine à peine sur les 140 connus aujourd’hui), l’Occident, au contraire, en redemande. Les adaptations pour la jeunesse, notamment, s’appuient beaucoup sur les illustrations (comme celles de Gustave Doré autour des aventures de Sindbad en 1857). Mais aussi les décors d’opéras ou de pièces et les ballets : Léon Bakst signe les décors des Ballets russes de Diaghilev, pour la chorégraphie de Fokine, sur la suite orchestrale de Rimski-Korsakov, Shéhérazade. L’exposition présente des aquarelles originales comme le Dessin de costume pour la danse sacrée du Dieu Bleu (1912) et pour Nègre d’or, dansé par Vaslav Nijinski dans le rôle-titre en 1910.


Le cinéma enfin (du Palais des Mille et une nuits colorisé de Georges Méliès, dès 1905 au film de Pasolini Il fiore delle mille e una notte [La Fleur des mille et une nuits] dans les années 1970, sans compter les films d’animation), contribue à sa manière à répandre les stéréotypes de femmes voilées voluptueuses, d’hommes enturbannés et de petits mendiants, dans le cadre de villes, Bagdad, Damas, Le Caire, largement imaginaires.


Au début du XXe siècle, un ami érudit de Gide, Charles-Joseph Mardrus, reprend à son tour le texte auquel il injecte exotisme et érotisme. Il est vrai que, pour sa part, Galland avait fortement édulcoré ses textes. Dans les années 1960, René Kawam se lance dans l’entreprise en revenant aux manuscrits arabes – il abandonne donc les aventures inventées par Galland comme celles de Sindbad, Aladin ou Ali Baba et les quarante voleurs. Enfin, consécration en 1991 : le texte entre dans la bibliothèque de la Pléiade, avec une nouvelle version due à André Miquel et Jamel eddine Bencheikh.


L’exposition, conçue à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de l’Institut du Monde arabe, s’organise autour de thèmes : l’aventure du texte, et de ses différentes versions ; la Bibliothèque des Nuits  qui évoque le goût pour "l’orientalisme" à partir du XVIIIème siècle ; Les mondes urbains : Bagdad, Damas, Le Caire, la ville représentant "le point d’ancrage de la civilisation arabo-musulmane dans sa diversité socioculturelle ; L’élan amoureux, thème central de tous les contes savamment inventés par Shéhérazade pour échapper à la mort annoncée ; La guerre et la cruauté ; Les mondes intermédiaires, peuplés de créatures fantastiques ; Les contes de la mer et les voyages, traversées terrestres ou maritimes, rencontres merveilleuses ou terrifiantes. 350 oeuvres, céramiques, ivoires, lampes à huile (sans génie…), bijoux, une chemise talismanique indienne, un bol divinatoire iranien, des gravures et des plaques de verre pour lanterne magique, laques, huiles, gouaches d’or et d’argent, provenant de nombreux musées nationaux et internationaux, ainsi que de collections particulières, dont des manuscrits rares, montrés pour la première fois, s’égrènent dans une scénographie qui joue sur les ombres et les lumières.


A mi-parcours, une pause dans un "kiosque" tamisé permet d’entendre, avec des casques, quelques-uns des contes les plus connus, en français ou en arabe. Et, sur des coins de murs, des films sont projetés. Dépaysement garanti.
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"Les Mille et une nuits", jusqu'au 28 avril à l'Institut du Monde Arabe, Niveau 1 et 2, entrée par la faille (côté Seine), 1 rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris.

 

Rens.: www.imarabe.org

 

Par Huguette Meunier

 

Au pays des mille et une nuits


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Gaëlle 05/03/2013 15:27

Belle présentation, et je suis d'accord, "dépaysement garanti". C'est une très belle exposition !

05/03/2013 15:45



Laissé par : Gaëlle aujourd'hui à 15h27


Site : http://carnet-aux-petites-choses.fr/les-mille-et-une-nuits-a-linstitut-du-monde-arabe-paris-5/