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Les prisons, que nous appelerons nouvelles prisons dans cet article, étaient situées à l’emplacement actuel de la place Ernest Gailly, côté sud, juste en face des anciennes prisons appelées Mont-Ségur.

 

A l’origine, le Mont-Ségur était une forteresse construite au XIIIè siècle par le Chapitre de Saint-Barnard, sur la partie la plus élevée de la ville, contre le premier rempart, sur l’emplacement actuel de la place Charles de Gaulle, pour lui servir de refuge en cas de rebellion de la part des habitants. C’est pourquoi on lui donna le nom de Mont-Ségur qui signifie Mont de Sûreté. Le 31 juillet 1344, elle devint la prison publique et le Chapitre en nommait le châtelain et le geôlier.

 

Dans un courrier adressé le 1er octobre 1819 à la préfecture de la Drôme, le maire de Romans-sur-Isère considère que le Mont-Ségur « présente tous les inconvénients que la décence et l’humanité ont proscrits dans le régime des prisons depuis l’instruction de l’Assemblée Constituante du 20 août 1790. »


Il est alors décidé de construire des nouvelles prisons sur l’emplacement de l’ancien cimetière et de la chapelle de Sainte-Foy qui, datant du XIè siècle, avaient été désaffectés le 10 février 1793. Pour libérer un espace plus important, la ville achète aussi les maisons de messieurs Chatillon, Régnier, Trouillier, Reynaud et Duc par une convention du 30 juin 1822.

 

La construction des nouvelles prisons sera achevée en 1835.

 

Les criminels furent désormais transférés à Valence et on ne gardait à Romans-sur-Isère que les prisonniers pour vol et pour dettes où ils acquittaient leurs condamnations à la contrainte par corps.

 

Les prisonniers jouissaient de certaines tolérances, entre autres celles de recevoir des visites et de se faire apporter des provisions. Il était d’usage, alors, de visiter les prisonniers même inconnus pour en retirer des leçons de morale. On tolérait aussi que les prisonniers acceptent la menue monnaie que chacun leur offrait pour former leur rançon.

 

Le prisonnier était entretenu dans la prison aux frais du créancier qui, ayant déposé la plainte, était cause de l’internement. Celui-ci devait verser au gardien un franc par jour.

 

Les moeurs de l’époque seraient aujourd’hui considérées comme barbares. En 1845, un nommé Glénat était emprisonné pour vol. Sa condamnation comportait entre autre trois heures de pilori, châtiment qui consistait à exposer le prisonnier en public afin que la population, adultes et enfants, puisse trouver une leçon salutaire dans la honte du condamné. Un vendredi, jour de pilori, le tambour de ville annonça l’exposition contre le mur ouest de la tour Jacquemart où des tréteaux avaient été dressés. Glénat, pieds et poings liés, y fut placé pendant trois heures et les mères de famille menèrent leurs enfants à ce spectable pour leur inspirer la crainte du châtiment réservé aux voleurs. Suivant l’usage, chaque visiteur lançait des sous qui devaient fournir au condamné le moyen de commencer une vie honnête en sortant de prison.

 

En 1873, les prisons furent converties en école publique, fonction qu’elles ont gardé jusqu’au début du XXè siècle.

 

La même année, sur demande du préfet de la Drôme pour suppléer aux chambres de sûreté de la Gendarmerie à l’usage des prisonniers de passage, une prison municipale destinée aux personnes arrêtées pour mesure de police est établie dans une partie du local affecté au dépôt des pompes à incendie de la ville, sur la promenade des Cordeliers, à l’emplacement actuel du jeu de boules de la place du Champ de Mars. Cette prison était divisée en deux cellules appelées « violons ».

 

Devenu trop vétuste pour assurer correctement l’éducation des enfants, le bâtiment qui abritait les nouvelles prisons est détruit en 1907. Dans un premier temps, le conseil municipal avait décidé de vendre le terrain à des particuliers pour la construction d’un immeuble privé mais une pétition permit l’abandon de ce projet. Il fut alors décidé d’établir sur ce terrain une place qui deviendra la place Ernest Gailly que nous connaissons aujourd’hui.


Les prisons

 

Article publié le 19 mai 2010. Thèmes : A la une, Vie et Métiers, XIXè siècle, XXè siècle.

 

Pour en savoir plus - Découvrir notamment le diaporama

 

Photographies et documents


Cliquez sur une vignette pour ouvrir le diaporama


Emplacemement du Mont-Ségur sur le plan d’alignement de 1821, contre la tour Jacquemart

Les nouvelles prisons

Vue des nouvelles prisons, sur l’actuelle place Charles de Gaulle, à droite

Plan des nouvelles prisons et de leur emplacement

Extrait des acquisitions de terrains et maisons pour la construction des nouvelles prisons

Extrait des états nominatifs des ouvriers, chevaux et tombereaux

La place de la Liberté, actuelle place Ernest Gailly, peu après la démolition des prisons

Etablissement de deux violons dans la salle des pompes à incendie

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère ; Série M – Edifices communaux, Monuments et Etablissements publics (1 M 19 – Prison) ; Série I – Police, Hygiène publique, Justice (1 I 15 – Délits, meurtres, 4 I 1 – Prison) ; 1 D 9 à 1 D 13 – Délibérations municipales, 1817-1840 ; Série Fi – Documents figurés (10Fi094 – Plan d’alignement de 1821, troisième feuille dite Jacquemart et Bouverie) ; Ulysse Chevalier, Fragments historiques, 1900 ; Almanach du Bonhomme Jacquemart, 1907


 

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