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http://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/124209.jpgDocument Historia du 01/12/2003 : Son nom reste à  jamais attaché au scandale du Crédit municipal de Bayonne qui ébranla la IIIe République et s'acheva par la mort suspecte de l'homme aux cent visages. On le disait génial. Pourtant cet escroc perdait plus d'argent qu'il n'en volait !

Quand on étudie en détail les affaires Stavisky, on est presque tenté d'éprouver une certaine pitié pour cet homme qui a fait tant d'efforts pour ne rien réussir... " Soixante-dix ans après que la carrière d'Alexandre Stavisky a pris fin, il est difficile de ne pas souscrire à  cette constatation étonnée du rapporteur de la commission d'enquête parlementaire qui, en 1935, consacra des mois à  rechercher " toutes les responsabilités politiques et administratives encourues depuis l'origine des affaires Stavisky ".

Pourtant cet homme, connu des services de police sous le nom de " Serge Alexandre dit Stavisky Sacha " et pour le Tout-Paris sous celui de " Monsieur Alexandre ", a longtemps fait figure de plus grand escroc du premier tiers du XXe siècle. Né à  Slobodka, en Ukraine, en 1886, il est arrivé en France, avec son père Emmanuel, et son grand-père également prénommé Alexandre. Le père, devenu dentiste dans le quartier des Champs-E lysées, avait sans doute de quoi subvenir aux besoins familiaux. Mais c'est une autre voie que choisit le jeune garçon.

Depuis qu'à  23 ans, il a décidé de se lancer dans " les affaires " Alexandre Stavisky va fait preuve d'une activité débordante dans les secteurs les plus divers. Le théâtre est la scène de son premier " exploit ". En 1912, avec son grand-père, il loue les Folies-Marigny à  la Ville de Paris pour la saison d'été - jusque-là  le théâtre n'est ouvert que l'hiver. Le montant de la location est de 12 000 francs (204 000 francs, 31 000 euros) dont ils n'ont pas le premier centime... Dès leur entrée en possession du bail, ils publient dans Le Matin et Le Petit Parisien des offres d'emploi. Le théâtre Marigny recherche " administrateur, secrétaire, buraliste, concessionnaires buffet, fleurs, bonbons, ouvreuses, publicité pour le rideau, programme, etc. " Ce sont surtout les concessionnaires qui intéressent les deux hommes. A chaque candidat, il est demandé un cautionnement ou le paiement par avance de la location pour le trimestre. Les Stavisky - grand-père et petit-fils - recueillent 12 000 francs, le montant exact du bail... qu'ils se gardent de payer.

Le spectacle est un échec total. Au bout de quinze jours, le théâtre ferme... L'affaire se termine devant les tribunaux. Le grand-père étant mort dans l'intervalle, Alexandre affronte seul la justice. Défendu par Me Albert Clemenceau, le frère du futur " Père la Victoire ", il fait traîner la procédure. D'autant plus facilement que la Grande Guerre vient d'éclater et que Stavisky, versé dans une unité combattante bien qu'il ait été réformé dès janvier 1915, bénéficie d'une amnistie en 1918, .

Cela ne suffit pas à  stopper une carrière prometteuse dans l'art de la carambouille dont il maîtrise rapidement toutes les subtilités. Il parvient ainsi à  faire avaliser des traites sans valeur, en donnant en garantie des actions d'une Société industrielle et commerciale des métaux, en faillite depuis vingt-cinq ans, qu'il fait passer pour des titres cotés de la Compagnie française des métaux... Plus risqué, il sait aussi comment transformer un simple billet de 50 dollars en près de 50 000 francs. Explications. Un de ses complices, ici un certain Popovici, se présente dans un dancing. Stavisky a veillé à  la tenue de son compère : il l'a emmené chez un tailleur afin qu'il ait l'air d'un riche touriste susceptible de n'avoir sur lui qu'une grosse coupure américaine, et assez sûr de lui pour demander que la monnaie de ses 50 dollars lui soit rendue en chèque. Ne reste plus qu'à  " laver " (falsifier) le titre de paiement. Les 600 francs inscrits sur le document deviennent 48 200 francs, que l'acolyte s'empresse d'aller encaisser au bureau de l'American Express de la rue Scribe, sous l'œil de Stavisky.

Certaines escroqueries sont plus banales. Il rachète, par exemple, à  une vieille dame la totalité de ses dommages de guerre contre une rente viagère, garantie sur les immeubles de sa future victime. Il obtient d'elle une procuration, vend tous ses biens et ne lui reverse pas un sou.

De la même façon, il cède contre 100 000 francs d'acompte 200 fûts de cognac naviguant vers Anvers. L'acheteur apprendra quelques jours plus tard que Stavisky n'est pas propriétaire de la marchandise. Déjà  en 1914, il avait négocié au gouvernement italien, avec l'aide d'un certain Amouroux, 20 000 bombes pour 416 240 francs qu'ils avaient gardés pour eux, dédaignant de payer les Établissements Darracq de Suresnes, la fabrique de munitions...

L'épisode de la guerre et du théâtre Marigny étant clos, Stavisky crée avec un autre complice, présenté comme un magnat de l'industrie du cinéma américaine, la Franco-American Cinematograph Corporation. Les deux compères recueillent 8 millions de francs, mais leur escroquerie est dénoncée. Ce qui ne l'empêche pas de fonder de nouvelles sociétés chargées de commercialiser des produits qui n'existent pas, tel le Phébor, un réfrigérateur qui fonctionne sans électricité, ou le Matryscope qui doit permettre à  toute femme de détecter une grossesse dans les 24 heures, ou le P'tit Pot, un bouillon de bœuf amélioré, qui doit supplanter les Viandox et autres bouillons Kub.

Son usine, affirme-t-il, en produit 400 litres par mois - jamais la moindre goutte n'en sortira. Afin d'en assurer la vente, il achète à  Maurice Privat, directeur du journal parlé de Radio Tour Eiffel, propriété de l'État, des espaces publicitaires. Ayant mis un pied dans la place, il obtient bientôt le contrat de gestion de publicité de la tour Eiffel. Il veut, dit-il, lancer une nouvelle liqueur, la Jurançonne, et un projet immobilier à  Marseille, les Nouveaux Terrains. La Jurançonne, placée sous " l'égide d'Henri IV et la protection de Notre-Dame de Lourdes ", ne fonctionnera jamais, mais ses titres - sans valeur - permettent à  Stavisky d'obtenir de banques complices de nouveaux prêts, dont il se sert pour lancer de nouvelles affaires...

Mais les choses ne vont pas durer. En juillet 1926, voilà  Stavisky à  nouveau arrêté pour avoir escroqué 5 millions de francs (150 millions 2000, près de 23 millions d'euros) à  un agent de change. Son père, impliqué dans l'affaire, a remboursé un million sur son argent personnel. Il n'en décide pas moins de se suicider. Stavisky est à  nouveau seul face aux juges qui le condamnent à  la prison. Direction la Santé où il passe les dix-sept mois suivants. 

Mais le véritable envol de Stavisky dans l'art de l'escroquerie date de 1928, avec les établissements de Crédit municipal. Au départ, une constatation : considérés comme des œuvres d'utilité publique, les monts-de-piété ont accès au marché financier où¹ ils empruntent à  6 % des sommes qui leur permettent d'effectuer des prêts sur gages à  8 %. La marge est faible, sauf si la masse des dépôts est importante. A Orléans, le directeur du mont-de-piété, un certain Desbrosses, est une vague relation de René Hayotte, fidèle second de Stavisky depuis plusieurs années. Il devient leur associé. Stavisky fonde la société Alex, qui se livre au commerce de bijoux. En fait, cette entreprise obtient de l'argent du Crédit municipal d'Orléans en faisant expertiser de vrais diamants  et émeraudes, puis en les remplaçant au moment de les mettre au coffre par des fausses pierres. L'argent afflue. Mais en 1931, devant la menace d'un contrôle des Finances, il devient urgent de rembourser les bons, puisqu'il est impossible de présenter les gages : une contre-expertise prouverait leur manque de valeur...

A priori, l'opération est fructueuse. En quatre ans, Alexandre Stavisky s'est procuré 65 327 216,70 francs. A ceci près qu'après avoir remboursé les prêts par anticipation, racheté les faux bons, acquitté les frais d'escompte, payé les intermédiaires, il a déboursé 69 035 685,55 francs. L'affaire du Crédit municipal d'Orléans s'achève, pour Stavisky, par une perte de 4 millions de francs (un peu moins de 2 millions d'euros)...

Et il va en être de même pour toutes les entreprises que Stavisky va se donner tant de mal à  mettre sur pied. C'est le cas de la société Alex dont le bilan se solde par une perte de 5 millions. C'est le cas de la Compagnie foncière d'entreprise générale de travaux publics, créée en 1929, qui présente un bilan négatif de 4 123 816,40 francs. C'est le cas de la Société d'installation mécanique et agricole qui perd plus de 15 millions... Quant aux Établissements aéronautiques Weymann, dont Stavisky avait rêvé qu'ils fourniraient l'armée de l'air, ils lui coutent plus de 2 millions de francs...

Stavisky opère toujours de la même façon. Il crée des sociétés, dont la seule justification est de lui permettre d'obtenir de l'argent des banques. Autres constantes : il prend de grands noms du barreau pour assurer sa défense devant les tribunaux et place dans les conseils d'administration quelques personnages aux titres ronflants : généraux ou préfets en retraite, diplomates... Les prêts obtenus servent à  boucher les trous des autres entreprises, à  désintéresser quelques plaignants agressifs, mais surtout permettent à  Stavisky et à  sa femme de mener grand train. Car entre-temps, il a épousé Arlette Simon, ancien mannequin chez Chanel, qui lui a donné un garçon, Claude, et une fille, Micheline.

Le train de vie affiché par le couple - qui loge à  l'hôtel Claridge, sur les Champs-E lysées quand il ne réside pas dans sa villa de Vaucresson -, les fortunes perdues dans les casinos, les 3 millions dépensés pour une écurie de course, les centaines de milliers de francs donnés à  Jean Galmot, l'" aventurier de la Guyane ", pour financer son ultime campagne électorale, les millions versés à  des officines de presse spécialisées dans les " informations " financières, les honoraires réglés aux avocats, les " aides amicales " octroyées à  tel ou tel parlementaire, sont indispensables pour entretenir l'illusion de la santé des affaires de Stavisky.

Peut-être finit-il d'ailleurs par se croire intouchable ? " J'ai 200 millions de dettes et je vis dans la tranquillité la plus parfaite. Le seul moyen de réussir, c'est de fréquenter un grand nombre de personnes et de les amener à  faire ce que l'on veut. Il faut les utiliser, leur faire rendre leur maximum, en leur plaisant, en leur rendant des services. "

Après l'alerte de 1931, lorsque l'escroquerie du Crédit municipal d'Orléans manque d'être mise au jour, Alexandre décide de donner un nouvel essor à  ses affaires. Il créé de toutes pièces le Crédit municipal de Bayonne, avec Garat, le député-maire de la ville. Les " bons de Bayonne " lui rapportent plus de 160 millions, qu'il engloutit aussitôt dans de nouveaux projets : une sociétéhttp://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/124209.jpg de presse qui ne verra jamais le jour, le théâtre de l'Empire où il laisse son complice Hayotte monter Katinka, une opérette (un fiasco de plus de 6 millions).

Mais surtout la manne de Bayonne doit lui permettre de jouer un rôle à  sa dimension : l'Hexagone ne lui suffit plus. Peut-être en raison de ses origines ukrainiennes, il rêve depuis toujours de commercer avec l'Europe de l'Est. L'affaire des " Optants hongrois " va lui en donner l'occasion. Contrairement à  la plupart de ses montages financiers antérieurs, cette opération est simple. Les Hongrois, propriétaires de domaines attribués par le traité de Versailles à  la Roumanie, à  la Tchécoslovaquie et à  la Yougoslavie, et qui n'ont pas voulu renoncer à  leur nationalité, se sont vus reconnaître un droit à  indemnités. Le Fonds agraire est chargé du règlement. Il disposera de 219 millions de couronnes or. Les règlements devaient s'échelonner jusqu'en 1936 et le Fonds agraire émettrait des obligations amortissables à  partir de 1934.

Stavisky est le premier, si l'on en croit la commission d'enquête parlementaire française de 1935, à  saisir l'intérêt de spéculer sur ce fonds d'indemnisation. Grâce au député Bonnaure - dont il finance les campagnes électorales -, il entre en relation avec un banquier de Budapest à  qui il rachète les créances au-dessous de leur valeur, mais qui absorbent pour une bonne part le fruit des bons émis par le Crédit municipal de Bayonne. Pour renflouer celui-ci, il lui faut négocier de toute urgence ses titres hongrois. Il pense pouvoir les placer auprès de compagnies d'assurances sociales ou de caisses de secours mutuel, mais le ministère du Travail s'y oppose.

Stavisky cherche une autre solution. Il fonde, en octobre 1933, la Caisse autonome des règlements et des grands travaux internationaux. Son objet : émettre des obligations gagées sur les créances hongroises, puis les placer auprès de sociétés contrôlées par l'État. Bien qu'un maître des requêtes au Conseil d'État, ancien collaborateur du président Doumergue, ait démontré le bien-fondé de l'opération, le ministère des Affaires étrangères et le ministère des Finances s'opposent à  leur tour à  la transaction. Et voilà  Stavisky avec les 500 millions d'obligations sur les bras... Ce sera sa dernière " affaire ". M. d'Uhalt, procureur de la République de Bayonne, a découvert le pot aux roses : les bons d'emprunts, pour une valeur de 239 millions de francs, sont faux. Un mandat d'amener est lancé fin décembre 1933. On connaît la suite .

En dépit des innombrables plaintes, de quelques arrestations, la carrière de Stavisky aura duré plus de dix ans. Toute sa vie d'escroc, il aura laissé entendre qu'il disposait d'appuis puissants. Ce n'est pas certain. Il a certainement bénéficié de la complicité de parlementaires, pas forcément de premier rang, mais qui lui ont permis d'approcher des responsables politiques. Il lui suffisait d'être présenté à  un ministre pour qu'il affirme être de ses amis. Dans les différentes administrations, à  la police, il disposait aussi de relais, souvent de modestes fonctionnaires aigris prêts à  lui rendre de menus services - comme faire disparaître des documents compromettants.

Il savait aussi utiliser son pouvoir de séduction auprès des femmes. Notamment d'Arlette. Issue d'une famille de bonne bourgeoisie provinciale, elle avait des relations importantes. Joseph Paul-Boncour, une des sommités de la IIIe République, ami de son père, avait toujours veillé sur elle. Elle connaissait aussi le docteur Vachet, qui avait introduit Stavisky à  la tour Eiffel... Arlette avait apporté à  Stavisky ce parfum de respectabilité auquel il avait toujours aspiré.

A cent lieues d'Arlette, Mme Soleil, la célèbre voyante des années 1960, avait elle aussi connu Stavisky. En 1933, Germaine Soleil est employée à  La Volonté, une de ces feuilles financières que Stavisky veut racheter. Apprenant que l'époux de cette charmante personne est un typographe, il l'embauche. Peut-être compte-il sur cet ancien élève de l'Ecole Estienne pour " augmenter " le nombre des obligations et des bons des créances hongroises. Un jour, il confie à  Germaine Soleil une enveloppe : " Si jamais je vous le demande, vous porterez les plis qu'elle contient à  leurs destinataires. " En décembre 1933, Stavisky fuit à  Chamonix - le chalet dans lequel il trouvera la mort fut d'ailleurs loué au nom du mari de Germaine Soleil. Lorsque son émissaire revient à  Paris, quarante-huit heures avant la mort de Stavisky, il prévient la jeune femme : " Le patron demande que vous fassiez ce qui est convenu. " Mais le scandale a éclaté. Germaine Soleil a parlé de l'affaire à  sa belle-mère qui a porté l'enveloppe au quai des Orfèvres. Germaine Soleil est convoquée, menacée. Si jamais elle raconte cette affaire, son mari sera poursuivi pour complicité.

Que renfermait ce pli ? A qui les mystérieuses lettres - appels au secours ou menaces - étaient-elles destinées ? Germaine Soleil l'ignorait. Le contenu de l'enveloppe n'avait peut-être aucun intérêt. A moins que ce ne soit tout simplement l'ultime tour d'un magicien, qui toute sa vie avait fui la réalité et ignoré les règles de la vie en société. A moins que...

XXe siècle : Le 8 janvier 1934, on le retrouvait "suicidé"...

Les mauvaises affaires d'Alexandre Stavisky

Par Georgette Elgey *


Un trou de 239 millions de francs

Le 28 septembre 1930, le conseil municipal de Bayonne délibère sur la création d'un mont-de-piété (en haut à  gauche). Stavisky (à  droite) a envoyé son épouse Arlette pour régler les détails avec Garat, le maire. 239 millions de francs de faux bons seront émis (ci-dessus).

Le scandale avant l'émeute

http://ubuesque.files.wordpress.com/2009/01/stavisky_chalet.jpgDans les derniers jours de décembre 1933, le directeur du Crédit municipal de Bayonne, Gustave Tissier, est arrêté pour escroquerie. Prévenu qu'un mandat d'arrêt a été délivré contre lui, Stavisky quitte Paris pour Chamonix, où il n'arrivera que le 1er janvier. Le 8, quand le commissaire Charpentier et les inspecteurs Le Gall et Girard se présentent au Vieux Logis, ils entendent une détonation. A l'intérieur du chalet, ils découvrent Stavisky, la tempe trouée d'une balle du Herstal 6,35, trouvé à  ses pieds. Il ne décédera pourtant que la nuit suivante. Dès l'annonce de la nouvelle, la presse commence à  s'interroger pour savoir si Stavisky n'a pas été " aidé ". En effet depuis une semaine, la révélation du scandale des " Bons de Bayonne " et l'arrestation de ses complices occupent la une des journaux. Le jour de la rentrée parlementaire, le 9, des groupes manifestent devant le Palais-Bourbon au cri de " A bas la République des voleurs et des assassins ! ". Le 12, un député de droite apostrophe le gouvernement. C'est le début de l'offensive contre le parti radical socialiste, pivot de la IIIe République. Le 27 janvier, le gouvernement Chautemps saute, remplacé le 30 par celui de Daladier. Les maladresses accumulées par celui-ci trouvent leur aboutissement le 6 février 1934. Ce soir-là , à  l'appel des ligues d'extrême droite, des Camelots du roi, des Croix-de-Feu, mais aussi de communistes - pour des raisons autres -, des milliers de manifestants convergent vers l'Assemblée nationale. Les forces de l'ordre dispersent violemment l'émeute. On dénombre 16 morts. Le 15 février, le cabinet d'Union nationale formé par Doumergue succède à  Daladier. Mais tout n'est pas fini. Le 21 février, au lieudit la Combe-aux-Fées, près de Dijon, on retrouve le long de la voie ferrée, le corps du conseiller à  la cour d'appel de Paris, Albert Prince, suicidé. Une mort bien opportune pour certains : l'ancien responsable de la section financière du parquet de la Seine en savait long sur l'affaire Stavisky et les hauts personnages qui étaient impliqués. P. M.

Avis de recherche

Grâce à  Sylvie Le Goûdec, chargée d'études documentaires à  la section du XXe siècle du Centre historique des Archives nationales, voici le mandat d'arrêt lancé contre Stavisky, le 28 décembre 1933, par le juge d'instruction de Bayonne. Ce document annonce, pour notre numéro prochain, une nouvelle rubrique, "L'inédit du mois", en partenariat avec le Chan.

Secret de famille

http://images.suite101.com/1563504_com_6701089_36.jpgAprès la mort de son mari, Arlette Stavisky, jugée et acquittée, part avec sa fille Micheline aux Etats-Unis, où elle se marie successivement à  un major de l'armée américaine puis à  un ingénieur forestier. Elle laisse son fils Claude en France, aux bons soins de la gouvernante - qui n'est plus payée... Des années durant, celui-ci traîne dans les hôpitaux psychiatriques - il est d'ailleurs un temps aide magasinier à  l'hôpital Sainte-Anne. Son patronyme lui vaut aussi un emploi précaire de magicien dans des cirques, qui annoncent : " Stavisky, illusionnistes de père en fils ". De même à  Bordeaux, où comparaissant pour un délit mineur, il est l'objet des sarcasmes d'un procureur général qui ne résiste pas à  faire un parallèle entre les exploits du fils et du père... En 1995, il fera le récit de sa vie dans Stavisky était mon père (Edition° 1). Quant à  Arlette, de passage en France en 1974 (elle avait 75 ans), elle déclarait à  Philippe Bouvard : " Sachez que mon mari possédait à  lui seul plus d'intelligence que tous les journalistes de la terre réunis ! Il n'y a que deux personnes à  connaître l'exacte vérité : mon fils et moi. Et nous garderons notre secret. "


Repères

1886

Naissance à  Slobodka, en Ukraine, d'Alexandre Stavisky.

1898

Il émigre en France avec son père, Emmanuel, et son grand-père, Alexandre. Il est naturalisé en 1900.

1914

Première condamnation, amnistiée.

1926

Séjour de 17 mois à  la Santé.

1929

Affaire du Crédit municipal d'Orléans.

1930

Création du Crédit municipal de Bayonne.

1934

Suicide dans un chalet de Chamonix.


En complément


- Rapport de la commission d'enquéte chargée de rechercher toutes les responsabilités politiques ou administratives encourues depuis l'origine des affaires Stavisky, 7 volumes (Imprimerie de la Chambre des députés, 1935).

- Cette vilaine affaire Stavisky, de Paul Jankowski (Fayard, 2000).

- 6 février 1934, de Pierre Pellissier (Perrin, 2000).

- Stavisky, l'homme que j'ai connu, de Joseph Kessel (Gallimard, 1934, réédité en 1974 avec un rappel historique de Raymond Thévenin).

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=5929



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