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http://www.cerclegenealogiquedenancy.net/Macaron/Images/Grognards/Grognards.jpgDocument archives du 01/07/2007 - Napoléon a coutume de dire que le soldat se bat bien s'il a "le ventre plein". Voeu pieux. Les lenteurs de l'intendance privent les hommes du minimum vital. Pourtant, ces intrépides résistent à  l'inanition aussi bien qu'à  l'ennemi.

Le 8 mars 1802, l'administration de la Guerre est constituée en un ministère autonome. C'est donc à  lui que va incomber la charge de la vie matérielle du soldat et de satisfaire à  son souci quotidien principal : les vivres. La distribution en campagne est théoriquement réglée de façon précise par les bureaux de l'administration de la Guerre. La pratique est toute différente : le désir d'aller vite et d'alléger le soldat amène très souvent Napoléon à  prendre le ravitaillement exclusivement chez les habitants des régions traversées ou conquises.

Ce mode d'alimentation, souvent à  l'origine de désordres mais aussi de souffrances, conduit l'Empereur à  décider, entre autres, le 12 janvier 1810, la distribution par compagnie : huit marmites avec leurs couverts, huit grands bidons et seize gamelles. Il est décidé que des sacs à  bretelle devront étre fabriqués pour porter ce matériel, prévu pour préparer l'ordinaire par escouade ou groupe de l'ordre de dix hommes. Mais il en va autrement. Le musicien Philippe Girault, dont les Mémoires fourmillent d'anecdotes sur le service des vivres, écrit : " Nous avions la paresse, nous musiciens, de porter la marmite avec nous, aussi fallait-il souvent nous passer de soupe ou attendre qu'une escouade de soldats eût terminé sa cuisine. Quelquefois, lorsqu'il n'y avait pas de distribution du tout, les soldats vivaient de maraude. " Cadet de Gassicourt se trouve dans l'île Lobau en 1809 après la bataille d'Essling ; le problème de nourriture devient crucial, aussi les soldats improvisent-ils : " [...] on a fait la soupe dans les cuirasses des soldats. Faute de sel de cuisine, on l'a salée avec de la poudre à  canon. Masséna a voulu en manger et l'a trouvée délicieuse. "

A plusieurs reprises, on tente de former une société chargée de fournir de la viande aux troupes. Le premier projet est daté du 31 décembre 1813, le second n'est pas daté, et le troisième l'est du 8 janvier 1814. Il comporte 39 articles, mais il est bien tardif et l'ennemi se trouve déjà  sur notre sol. D'un point de vue pratique, le système fonctionne sur la réquisition de l'intendant général de la Grande Armée ou du commissaire ordonnateur en chef, et se renouvelle de quinzaine en quinzaine, si possible. Le sous-lieutenant Rilliet, du 1er cuirassiers, donne un aperçu de la façon dont les réquisitions sont faites : " Je partis avec un détachement de 25 cavaliers, 2 brigadiers et un maréchal des logis. Nous devions requérir de l'avoine, de l'orge et des bestiaux. Nous avions une série de villages à  parcourir et à  mettre à  contribution. On comprend que cela ne se faisait sans de grandes jérémiades de la part des habitants ; c'était surtout le départ des bestiaux qui les navrait ! Nous procédions avec autant d'ordre et de modération que possible. Lorsque nous avions rançonné un village, nous requérions des chars pour charger notre avoine, nous y attachions les bestiaux et nous allions plus loin. "

Pendant la guerre d'Espagne, ce système des réquisitions a beaucoup de mal à  fonctionner car les Français sont en guerre contre les habitants et le pays est pauvre. Le 29 mai 1810, Suchet écrit à  Napoléon : " La guerre doit nourrir la guerre. " L'abandon des troupes entraîne le pillage ; Napoléon s'imagine que la péninsule Ibérique est riche en or et en cultures. Pendant l'expédition de Catalogne en 1808-1809, le général Duhesme recourt à  des saisies, des réquisitions et méme à  de véritables razzias qu'il pousse à  sept ou huit lieues des murs de Barcelone. Dans un compte rendu de l'adjudant commandant Carrion-Nisas au ministre de la Guerre, on peut lire que " la Catalogne, pays d'huile, de vin et de fruits produit principalement ce qui ne nourrit pas la guerre ". Les réquisitions entraînent forcément des abus, des violences, des dégâts inutiles, surtout quand elles sont exécutées par des soldats indisciplinés et ivres de vengeance.

L'arrété du 12 septembre 1801 fixe la ration des vivres pour les troupes françaises, à  compter du 1er nivôse (22 décembre 1801) : ration de pain à  750 g, ration de biscuit à  550 g, ration de viande fraîche ou de boeuf salé à  250 g, ration de riz à  30 g, ration de légumes secs à  60 g, ration de sel à  1/60 de kg, un litre de vin pour quatre hommes, un litre d'eau-de-vie pour seize hommes, un litre de vinaigre pour vingt hommes. Le règlement du 12 avril 1798 et celui du 9 avril 1802 donnent le nombre des rations de vivres et fourrages dues à  chaque grade et à  chaque arme, ainsi que leur poids, soit en campagne, soit dans les garnisons. A l'armée les distributions se font à  la tête du camp, à  l'endroit désigné par l'état-major, et dans trois ou quatre points différents ; les caissons de vivres sont placés sous la conduite du quartier-maître et les distributions se font par compagnie ; les commissaires des guerres doivent assister aux distributions pour s'assurer de la qualité des vivres. Le riz et les légumes secs se distribuent en remplacement l'un de l'autre et, alternativement, chaque fois qu'il est possible de le faire ; les distributions doivent étre combinées de manière que sur sept, il y en ait quatre de riz et trois de légume secs. Le riz doit provenir du Piémont, de la Caroline ou des Indes. Les légumes secs consistent en pois, haricots, lentilles ou fèves, suivant les localités, et doivent étre d'une cuisson facile. En ce qui concerne la viande, elle doit se composer de deux tiers de boeuf et un tiers de vache ou de mouton. La pesée se fait en bloc par compagnie ; les distributions ont lieu tous les deux jours en période de chaleur, tous les trois ou quatre jours en période de froid.

C'est surtout pendant la campagne de Pologne de 1807, la campagne de Russie de 1812 et la guerre d'Espagne et du Portugal que se pose le problème des vivres. La campagne de 1807 est une hivernale et les troupes se déplacent à  rythme intense sur des chemins défoncés par grand froid. En novembre 1806, Napoléon, qui est à  Berlin, dénonce l'indigence des magasins de vivres qui n'ont que huit jours de stocks. Les difficultés se font le plus sentir en Pologne car le pays est pauvre. L'Empereur fait aménager à  Varsovie une manutention pouvant fabriquer, chaque jour, avec trente fours et deux cents boulangers, 400 000 rations de pain. La manoeuvre de Bennigsen sur le nord de la Pologne impose à  Napoléon de déplacer ses troupes, et les vivres doivent suivre ; chaque corps emporte quatre jours de vivres, la viande sur pied, et les quintaux de farine dans les caissons de l'entreprise Breidt chargée du transport.

Les paysans polonais cachent la nourriture dans les bois, à  la cime des arbres ou dans des trous recouverts de terre et de branches. De nouveaux soldats vont naître : les sondeurs. " Quand nos soldats supposaient avoir trouvé une cachette, ils enfonçaient leurs baguettes de fusil dans le sol avec l'habileté d'un employé d'octroi fouillant une voiture ; quant à  la cachette, ils la trouvaient en arrosant le sol. A l'emplacement du silo à  pommes de terre, l'eau était plus rapidement absorbée. " Cette pratique est confirmée par le capitaine Vincent Bertrand : " Nos détachements comprenaient toujours des hommes en armes, sac au dos, et d'autres sans armes, munis de sacs de toile, de pioches, de pelles et de baguettes de fusil. Nous appelions ces derniers les sondeurs. Ils avaient pour mission de sonder le terrain pour découvrir les caisses ou barils cachés en terre. Dès que la baguette de fusil avait rencontré une résistance, les piocheurs et les pelleteurs se mettaient à  l'oeuvre et l'on trouvait ainsi des caisses contenant de la farine, du lard, des viandes salées, des légumes secs, des pommes de terre. "

On sait que les Français recherchent principalement le pain, qui fait le plus cruellement défaut en Pologne. Il suffit de consulter la correspondance de Napoléon pendant l'année 1807 pour voir combien il accorde d'importance au problème des vivres. Avec le retour des beaux jours et la campagne de printemps, les difficultés vont aller en déclinant ; en mai la capitulation de la ville de Dantzig apporte à  l'armée 500 000 quintaux de blé, 4 millions de bouteilles de vin, une quantité considérable de rhum, de draps, de cuirs et autres objets indispensables à  l'armée. Enfin, le 17 juin, le maréchal Soult trouve à  Kôenigsberg des richesses immenses, le port contenant 200 bateaux chargés de denrées.

Jamais campagne ne fut aussi bien préparée que celle de 1812. Dès 1811, la guerre devient inévitable et Napoléon adresse à  son frère Jérôme une longue lettre, le 26 décembre 1811, en insistant surtout sur les problèmes de chaussures et des vivres. Au milieu d'avril 1812, on complète les magasins avec des denrées venant de Prusse, principalement de la farine, du riz et des biscuits. Avant l'entrée en campagne, il a été prescrit à  chaque soldat de la 2e division du 1er corps d'emporter de chez son hôte des vivres pour dix jours. Bussy, qui sert au 3e régiment suisse, au 2e corps, rapporte : " On avait remis à  chaque homme un sac de farine de quatre livres, qui se plaçait sur le sac, et pour huit jours de pain. Ce pain était coupé en tranches et séché au four, pour en faire une sorte de biscuit, plus facile à  transporter et à  conserver. "

Les bataillons des équipages du train sont en partie tirés par des boeufs qui serviront à  la nourriture des hommes. Chaque bataillon est composé de six compagnies, soit environ 500 hommes ; chaque compagnie dispose de cinquante voitures à  quatre roues attelées de deux boeufs, d'une forge de campagne à  quatre boeufs et d'une prolonge à  quatre boeufs. Il y a un homme pour une paire de boeufs et huit paires de boeufs haut-le-pied ; ce qui fait un total de 744 boeufs. Napoléon, soucieux du bien-étre de ses troupes, ordonne que des mesures soient prises pour donner à  chaque homme du matériel. Il écrit dans ce sens au général Lacuée, ministre directeur de l'Administration de la Guerre, le 1er février 1812 : " [...] Il faut réitérer les ordres pour que dans tous les régiments qui composent la Grande Armée, il y ait à  chaque ordinaire une marmite et un bidon, et que chaque homme ait son petit bidon. Je vous renvoie votre mémoire pour dépenser 160 000 francs pour bidons et gamelles. J'approuverais cette fourniture si elle pouvait se faire directement à  Dantzig, car c'est là  que j'en aurai besoin. " Cette mesure, qui n'est pas appliquée correctement, aura des conséquences fâcheuses pour les soldats contraints de manger la viande sous forme de grillades cuites au bout de la baguette du fusil, alors qu'il la préfère cuite en soupe appelée bouilli.

Pendant le début de la campagne, les soldats souffrent terriblement de la soif ; le commissaire Bellot de Kergorre témoigne : " Par ces chaleurs accablantes, la privation d'eau était affreuse ; les villages sont très éloignés les uns des autres ; nous arrivions en grand nombre ; les premiers épuisaient les puits, les derniers mouraient de soif. Les mares étaient pleines de chevaux morts et nous étions obligés d'en boire l'eau puante et épaisse. J'ai souvent fait la soupe avec un liquide vert et sirupeux ; avant d'y jeter la viande, j'y faisais bouillir du charbon, je l'écumais, et l'eau devenait un peu plus limpide ; avec cette précaution, le potage n'était pas nuisible à  la santé. Comme vin, nos cantiniers nous vendaient fort cher une espèce de décoction de bois de ceinture, à  laquelle de bonne eau fraîche eût été été, certes, bien préférable. " Ce type de témoignage est confirmé par celui du Suisse Mayer : " Nous fîmes halte à  la tombée de la nuit, on courut de tous côtés pour chercher un peu d'eau, mais ce fut inutile, on demanda aux sapeurs mineurs des pioches et on se mit à  faire des trous de six à  huit pieds où l'on trouva de l'eau jaunâtre comme du safran. On passa cette eau dans des mouchoirs ou des pans de chemise et l'on s'en servit pour faire la soupe. "

Après la bataille de la Moskowa, l'armée française arrive à  Moscou ; l'incendie ravage la ville le surlendemain, et les soldats doivent installer les bivouacs dans des décombres fumants. Les provisions sont en abondance, sauf le pain et parfois la viande, mais elles sont surtout gaspillées et très mal réparties entre les hommes. Chevalier raconte qu'il trouve des sacs de seigle, de noix, de pois, des tonneaux de vin de Bordeaux, de Tokay, de Malaga, de Madère et méme de Champagne. Après un séjour d'un mois, l'armée prend la route du retour ; beaucoup emmènent le fruit de leurs rapines ; les plus prévoyants se chargent de nourriture, de thé, de chocolat, de sel, de viandes séchées...

Même dans les états-majors, le problème de l'organisation de la popote se pose. Planat de La Faye, officier d'ordonnance de Napoléon, raconte : " Pendant que nous dormions, le cuisinier du général Lariboisière [...] mettait du riz dans la marmite avec l'eau, le sel et les graisses nécessaires, et laissait cuire le tout à  petit feu, durant toute la nuit. A la pointe du jour, on s'asseyait en rond autour de la marmite, et chacun armé d'une cuillère, en prenait sa petite portion ; on buvait par là -dessus un petit verre d'eau-de-vie et on distribuait à  chacun un petit morceau de biscuit pour le reste de la journée. "

Les grands froids apparaissent au début de novembre 1812 ; les soldats s'organisent en petites corporations, appelées coteries, composées de fricoteurs qui mènent une vie à  part avec leurs propres réserves. Dès l'aube, les premiers partent à  la recherche de nourriture et indiquent le point de ralliement par des signes conventionnels sur les murs ou les arbres à  leurs collègues. Le soir, quand ils rejoignent leur groupe, ils trouvent un bivouac installé avec le feu pour se réchauffer et la soupe qui est préte ; s'il y a des retardataires, ils ne sont pas attendus très longtemps ; le lendemain, le groupe recommence la méme manoeuvre.

http://annegarance.unblog.fr/files/2008/09/napoleon20retraite20de20russie27.jpgLa Grande Armée traverse des contrées dévastées ; les chiens et les chats ne trouvent pas grâce aux yeux des soldats. La majorité de l'armée se nourrit de bouillie faite de farine mélangée avec de la neige fondue et de la viande de cheval grillée au bout de la baïonnette au feu des maigres bivouacs. Si l'on en croit le récit du général russe Langeron, français à  l'époque révolutionnaire, des cas de cannibalisme existent : " [...] j'ai vu des hommes morts à  qui l'on avait coupé des lanières de chair aux cuisses, pour s'en nourrir. " A Smolensk, la Garde reçoit des distributions, tandis qu'à  Wilna les restes de l'armée se précipitent dans la ville et s'étouffent en mangeant trop de pain chaud ou de la viande crue. A Kowno, à  la limite extrême de l'empire russe, la ville est remplie de soldats ivres. Il est vrai que Napoléon ne pouvait pas prévoir l'hiver précoce et la tactique de retraite des Russes. Sinon, les immenses approvisionnements trouvés à  Moscou auraient permis à  son armée d'y passer l'hiver, ou au moins de procéder à  des distributions rationnelles. Comme le dit Clausewitz dans son célèbre ouvrage De la guerre, la pénurie survient surtout quand les voies de communication commencent à  devenir trop longues.

La péninsule Ibérique est un nouveau terrain où les Français souffrent des privations, mais dans un autre contexte. Quand les troupes de Junot envahissent le Portugal, l'armée française est tellement habituée à  des marches rapides que les lourds convois de vivres n'arrivent pas à  suivre. Bussy écrit que les soldats cherchent des chats, des rats et des souris pour augmenter les maigres rations qu'ils reçoivent. Les habitants eux-mêmes n'ont rien. Le chirurgien Larrey donne des recommandations sur la nourriture des troupes qui sont stationnées en Espagne : " On doit manger peu de viande, faire usage de légumes et d'aliments légers, boire peu de vin d'Espagne pur, prendre du café après le dîner autant que possible, et s'abstenir de liqueurs. Le soir, on peut prendre quelques glaces ou des limonades à  la glace, lorsque la digestion est faite ou avancée. Il ne conviendrait point d'en prendre à  jeun ou tout de suite après le repas. Pour les soldats, ils doivent faire leur soupe deux fois par jour, manger des légumes farineux, tels que pommes de terre, haricots et pois chiches, très communs en Espagne. Ils ne doivent point boire le vin pur, et il est bon qu'ils épicent un peu leurs aliments : la cannelle, le piment, l'ail et les oignons sont très bons comme assaisonnements, et salubres pour les climats chauds. Les fruits, excepté le raisin, sont généralement mauvais en Espagne et dérangent presque toujours les fonctions digestives. La boisson la plus agréable et la plus salutaire pour le soldat est l'eau vinaigrée ; c'est la posca des Romains. La limonade est également bonne, mais elle doit étre cuite si l'on ne trouve pas de la bonne eau. "

A Madrid on distribue, sur le papier, 30 000 rations journalières à  une garnison évaluée à  8 000 hommes et 3 500 malades. L'Espagne fournit beaucoup de vin et le soldat français, qui ne reçoit rien à  manger, boit trop. Naylies écrit : " Semblables à  de vieux tonneaux, nos hommes étaient tellement avinés qu'ils ne se grisaient plus. " Quant au mémorialiste Angebault, il ajoute : " [...] les soldats étaient si habitués au vin qu'on ne voyait presque pas d'ivrognes. Nous nous procurions d'énormes poissons qui n'avaient presque pas d'arétes, nous les faisions cuire dans des marmites remplies de vin et de sucre avec force oignons et persil ; le poisson tombait en gelée et nous mangions le tout comme une soupe avec des cuillers. " Les troupes, présentes en Andalousie ou en Estramadure, sont complètement abandonnées à  elles-mémes pour l'obtention de vivres ; d'ailleurs, comment les convois pourraient-ils passer au milieu des bandes armées ? A l'inverse, l'ordre règne en Aragon, où Suchet administre la province avec rigueur. Dans le reste de l'Espagne, c'est la misère : les soldats anglais, espagnols et français pillent pour se nourrir et les paysans espagnols ne cultivent que le strict minimum. Certains soldats mangent de l'âne ou de la tortue, mais ces nourritures ne constituent pas la règle. En 1810, un Projet d'organisation pour l'administration des subsistances militaires de l'armée d'Espagne est élaboré ; comme tous les projets, qui sont relatifs à  cette guerre si particulière, il restera dans les cartons du ministère.

Dans les premiers mois de l'Empire, le pillage n'existe pas dans les armées napoléoniennes ; il va surtout se développer dans les pays où les carences sont importantes : Calabre, Espagne, Pologne, Russie. Pour manger, se chauffer, se vétir, le soldat impérial va devoir nécessairement piller ; mais, à  force de le faire, il s'y accoutume. Au début, le soldat pille par besoin, puis par habitude, enfin par intérét. Le capitaine Robineaux traverse le Rhin en 1805 et arrive dans le pays de Bade ; il constate que tous les habitants ont fui car les Autrichiens font courir le bruit que les soldats français, fils de la Révolution, mangent les enfants et violentent les filles et les femmes. Robineaux ajoute : " Ils ne trouvent parmi nous qu'humanité, protection et justice. " Méme les Prussiens sont étonnés de la correction des Français, ce qui fait dire à  l'un d'eux s'adressant à  Jean-Roch Coignet : " Aimable caporal, vous vous étes conduits à  Berlin comme des enfants du pays. " En 1807, en Pologne, les affaires prennent une autre tournure, la maraude - on ne dit pas le pillage - n'est pas tolérée, elle est ordonnée et les sondeurs se mettent à  l'ouvrage pour dénicher les cachettes des paysans polonais. Dans l'armée, les alliés bavarois sont considérés comme les plus grands pillards. A tel point qu'en 1809, le maréchal Lefebvre, qui les commande, écrit qu'il a honte de diriger des brigands et non des soldats.

Le système de guerre napoléonien est inadapté - au niveau de l'intendance - à  une guerre de partisans ; les soldats vont en souffrir en Calabre, Espagne, Portugal. En Autriche, en Bavière, dans les pays allemands, l'armée, en revanche, n'éprouve pas du tout les mémes difficultés : le brigandage existe peu car les régions traversées sont riches et obéissantes. Pendant la campagne de Russie, la viande de cheval sera mangée en dernier recours, les soldats répugnent à  se nourrir de ces animaux. L'idéal pour le soldat est de loger et d'étre nourri chez l'habitant ; le capitaine Gervais raconte qu'en Bavière il n'a pas de superflu, mais il ne manque de rien et, pour se consoler, il fait danser le rigaudon aux Bavaroises.

Pourquoi toutes ces carences ? Les malversations des services administratifs sont nombreuses. Le trop petit nombre de fourgons ne permet pas d'emmener tous les vivres souhaités sur les fronts ; en outre, l'état des routes est souvent déplorable. La production des vivres ne répond pas aux exigences des gros effectifs et des guerres lointaines. Les industriels et fournisseurs qui sont mal payés se dédommagent en nature ou trichent sur les quantités. Enfin, Napoléon est victime de son propre génie militaire : la vitesse de déplacement des armées, l'éloignement croissant par rapport aux bases, la multiplicité des fronts ne permettent plus à  une intendance archaïque de faire une guerre moderne.

A vaincre trop vite, le grognard reste souvent sur sa faim

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=18805



Par Alain Pigeard

Comprendre

Haut-le-pied

Se dit d'un cheval ou d'un boeuf qui ne tire ni ne porte aucune charge.

Le légionnaire romain

http://planetejeanjaures.free.fr/histoire/gaule/images/romain5.JPGA l'époque d'Auguste (-27/14), le service du ravitaillement des armées (annone militaire) est placé sous la responsabilité de l'Etat. Dans les provinces romaines, les gouverneurs et les procurateurs sont chargés de cette tâche. Dans les quartiers militaires, les tribuns s'occupent de la distribution des vivres. Le dispensator a pour tâche de se procurer du blé, qui est la nourriture de base du soldat romain. Il est moulu par des meuniers militaires ; la pâte est pétrie à  la main et façonnée en galettes, cuites directement dans la braise. Tous les mois, chaque légionnaire reçoit sa ration de grains ou de farine. Les repas, dans la troupe, sont pris en commun le matin et le soir. Dans certains camps, les officiers disposent parfois d'un emplacement pour se restaurer. A côté du pain, la viande est l'aliment indispensable ; on peut évaluer à  300 g par jour la ration du légionnaire. Les chèvres et les vaches fournissent le lait et le fromage. Mais la nourriture varie en fonction des régions et des saisons : la chasse, la pêche, les produits de la mer apportent des compléments alimentaires. Des fouilles effectuées à  Aulnay-de-Saintonge attestent que chiens, porcs, renards, sangliers, chevreuils, moutons, chèvres, perdrix, pigeons, huîtres, moules, ou escargots sont appréciés. Bien que le légionnaire lui préfère le vin, la boisson habituelle reste l'eau coupée de vinaigre pour la purifier : la posca.

Le soldat de la guerre en dentelles

http://latrentequatrefnso.unblog.fr/files/2009/04/gardecorpsroi.jpgAux XVIIe et XVIIIe siècles, le pain reste la nourriture de base du soldat, comme du paysan et de l'ouvrier. Il le mange sec ou dans la soupe. L'ordonnance de 1629 attribue à  chaque soldat deux livres de pain de douze onces, une livre de viande (moitié boeuf, moitié mouton) et une pinte de vin. L'Etat se charge de le fournir et les munitionnaires s'engagent à  en distribuer trois livres pour deux jours à  chaque homme. Ce pain, dit de munition, est composé de deux tiers de blé et d'un tiers de seigle. On se plaint alors davantage du défaut de quantité que de qualité : " Vingt-quatre onces de pain de munition ne suffisent pas par jour pour la nourriture de l'homme qui boit ou est censé boire de l'eau, ne mange de la viande qu'une fois par jour en petite quantité et quelquefois trois fois par semaine seulement. " (Mémoires de Barbançois, 1748). Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), les troupes françaises sont toujours très bien nourries. La ration de viande est fixée par plusieurs ordonnances à  une livre et demie pour les cavaliers et dragons, et à  une livre pour les fantassins. Elle doit étre distribuée tous les jours sauf le vendredi. Au XVIIIe, ce qui manque le plus aux soldats est le vin ; les ordonnances ont beau en prescrire une pinte (presque un litre), très souvent le militaire doit s'en passer. Vauban veut que l'on donne une chopine de vin trois fois par semaine ou le double de bière, plus deux petites mesures d'eau-de-vie. Voici le menu qu'un officier offre chaque jour à  des recrues en marche : à  6 heures du matin, du pain et de l'eau-de-vie ; à  10 heures, le dîner comprenant soupe, viande, pain à  discrétion et une bouteille de vin pour trois ; à  14 heures, le goûter avec pain et eau-de-vie ; à  18 heures la soupe, viande, salade et la moitié d'une bouteille (Souvenirs du marquis de Valfons). Parfois une municipalité généreuse donne un muid de vin ; parfois, c'est le coup de l'étrier offert par l'habitant. En 1674, les bourgeois de Dijon enivrent si bien les soldats " qu'ils tombaient dans le chemin comme des bestes " (Mémoires historiques de la vie d'un fantassin, 1711). Cependant, à  la fin de l'Ancien Régime, le marc d'argent a presque doublé de valeur, et le prix du blé et de la viande ont suivi une progression analogue ; par contre, la solde, calculée au départ d'après le prix des denrées, a à  peine varié.

Le Poilu de 1914-1918

http://pagesperso-orange.fr/carbay/memoireSoldatrepos.jpg

Les informations qui suivent émanent de renseignements oraux recueillis par l'auteur auprès d'anciens combattants. Ils présentent parfois un caractère anecdotique mais sont la stricte vérité. Paul Geley indique que les distributions étaient irrégulières ; dans les secteurs calmes, les hommes recherchaient du " pinard " et, au printemps, ils cueillaient des pissenlits et ramassaient des pommes de terre, ils faisaient méme des frites. Quand il y avait la roulante, les soldats mangeaient chaud. Jean-Paul Marey, aspirant au 62e d'artillerie, raconte qu'en principe, la roulante montait du " singe " (corned-beef), du pain, du café, du vin, du tabac et parfois de la gnole, mais surtout avant les attaques. Les rations des tués étaient distribuées aux autres soldats. Le brigadier, chargé de la distribution de vin dans le quart en métal, mettait son pouce à  l'intérieur pour diminuer la ration et, il gardait le surplus ; cette méthode faisait des drames !

Eugène Maret, qui servait dans le méme régiment, raconte l'anecdote suivante : " Tous les jours nous mangions du singe et, chacun en avait assez. Un jour arriva au régiment le chef cuisinier du buffet de la gare de Dôle. Il nous demanda si nous souhaiterions manger un bon civet. Chacun s'empressa de répondre par l'affirmative. Le chef prépara donc le repas et, quand chacun eut apprécié ce nouveau met, il expliqua aux artilleurs qu'ils venaient de manger un civet fait avec des chats ! "

Emile Moniotte, fantassin au 208e, se souvient qu'en première ligne la viande était le plus souvent du lard cuit ou des saucisses ; à  l'arrière, les repas étaient améliorés grâce aux roulantes. Il ajoute que les Anglais voulaient toujours échanger de la confiture, qu'ils avaient en abondance, contre du pain français. Quant aux Allemands prisonniers, leur slogan était simple : " Chez nous, mauvais ravitaillement. " A titre anecdotique, le café allemand était fabriqué avec de l'orge grillé.

Le G.I. de la Seconde Guerre mondiale

http://a1.img.v4.skyrock.net/a17/gi-ardennes1944/pics/965547790_small.jpg

A partir de 1938, la Field Ration est mise au point. Elle représente un jour de nourriture pour un homme, comprenant six boîtes métalliques d'environ 340 g dont une de biscuits, bonbons et café soluble ; une de viande et légumes. On y trouve également du sel, des cigarettes, des allumettes, du chewing-gum et du papier toilette. Ces six boîtes sont rangées réglementairement dans le havresac. En 1941, la ration K succède au premier modèle ; elle est plus compacte et l'on y repère les différents repas par des couleurs distinctes. En juin 1943, la ration Ten-in-One fait son apparition. Elle permet de nourrir dix hommes pour un jour et est disponible en cinq menus. Elle comprend, entre autres, des céréales, de la confiture, du café, du lait en boîte, des biscuits, des plats cuisinés, des fruits au sirop, des friandises. A tout cela s'ajoutent les gamelles, les couverts et le matériel de cuisson.

 

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