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Les modèles défilent, le style s’affirme… Depuis plus de soixante ans, l’uniforme d’Air France évolue au gré des grandes tendances de la mode, à l’image de la création et de l’élégance françaises.


Par Marc Branchu

Le premier uniforme est signé Georgette Renal. L’apparition des hôtesses oblige Air France à concevoir des tenues spécifiques ; fini le temps où les stewards piochaient dans leur garde-robe personnelle pour composer leur tenue. La mission est confiée, en 1946, à une maison de couture parisienne, qui propose un modèle sans fantaisie. Mais dès 1947, le new-look de Christian Dior bouscule les conventions. Retour à un idéal d’élégance aboli par la guerre. Avec l’uniforme de Georgette de Trèze, en 1951, les hôtesses adoptent la ligne emblématique de la féminité triomphante des années 1950, à taille fine et poitrine pigeonnante.



Le prestige de la haute couture

Si l’uniforme des années 1950 valorise la féminité, il ne convient plus au rôle actif qu’Air France entend confier à ses hôtesses, à bord des Caravelle et des Boeing 707. Le nouveau credo : fonctionnalité, sophistication, élégance. En 1962, la maison Christian Dior est sollicitée pour créer la nouvelle ligne. Marc Bohan dessine l’uniforme, dans l’esprit de sa collection « Slim Look » de 1961 : une coupe savante, sculptant le corps. Un modèle reflet de son époque… pour quelque temps.

La jeune garde au pouvoir

A contre-courant de l’esprit frondeur de mai 1968, Air France confie à Cristóbal Balenciaga, l’uniforme de 1969. Maître incontesté de la science de la coupe, l’Espagnol est jugé très ancienne école, à une époque où les Parisiennes ne jurent que par Courrèges, Cardin ou Saint Laurent Rive Gauche. Une véritable querelle des anciens et des modernes éclate autour de ce modèle, considéré aujourd’hui comme l’un des plus réussis de l’histoire d’Air France, même si son classicisme détonne au milieu des minirobes portées par les hôtesses d’autres compagnies. Air Inter, par exemple, pour qui Jacques Esterel conçoit un uniforme tout orange, des bottines au chapeau, en passant par la minirobe !

L’ère de l’uniforme multiforme

Assimilée à une perte d’identité et de liberté, l’obligation du port de l’uniforme est contestée par la génération post-1968. Pour répondre à ce désir de libération, Air France opte, en 1978, pour le principe d’une garde-robe dans laquelle l’employé(e) peut choisir le style qui lui correspond. La création du premier « uniforme multiforme » est confiée à trois maisons de couture, Carven, Nina Ricci et Grès. Neuf ans plus tard, sur le même principe, Air France choisit Ricci, Carven et Féraud.

Le retour du classique intemporel

Grâce à sa politique de fusions et de regroupements successifs, puis avec l’arrivée de KLM en 2004, Air France atteint le rang de première compagnie de transport aérien au monde. Après dix-sept ans sans changement majeur, l’uniforme doit être reconsidéré. Mission d’envergure  : il faut concevoir un modèle pour 36 000 personnes, exerçant 17 métiers différents. Le choix se porte sur Christian Lacroix, qui crée une garde-robe d’une centaine de pièces. Un ensemble homogène, qui revendique l’héritage des uniformes passés, tout en s’inscrivant dans la stratégie globale de renouvellement d’image – du design des cabines aux campagnes de publicité – orchestrée par l’agence Desgrippes Gobé.

Entretien avec Florence Müller, historienne de l’art, expert consultant en mode historique et contemporaine et professeur associée à l’Institut français de la mode.

Un uniforme est-il une commande particulière pour un couturier ?

Oui, car il répond à des critères très spécifiques. Des critères de portabilité : les hôtesses doivent effectuer leurs gestes professionnels sans déranger l’ensemble de leur tenue. Des critères techniques : être antistatique (il y a davantage d’électricité statique en avion), résister à l’usure, à la lumière, à la transpiration… Il doit s’adapter à des morphologies très différentes. Il doit aussi être porteur d’image, être symbole d’autorité. Les hôtesses viennent de tous milieux, de toutes origines géographiques. Ce sont souvent des jeunes femmes, habituées aux jeans et baskets. Le port de l’uniforme implique l’apprentissage d’une autre attitude. L’adopter est une démarche impliquante. C’est un peu renoncer à une partie de sa personnalité.

Les uniformes d’Air France reflètent-ils la mode de leur époque ?

Oui, mais toujours pour une durée limitée. Cela tient à la façon de créer un uniforme. Il y a un délai très long de conception, de réalisation, de production. Le premier uniforme de Georgette Renal, en 1946, lorsqu’il est mis en circulation, est conforme à ce que les femmes portent à l’époque  : un tailleur assez militaire, des épaules à paddings, dans l’esprit des années de la Libération. Mais, un an après, arrive le new-look de Christian Dior, la silhouette change radicalement de ligne. L’uniforme est alors complètement dépassé. Le temps de la mode est un temps très bref, celui de l’uniforme est beaucoup plus long. Ce qui est logique puisqu’il est conçu pour durer. Pour une armée comme pour une compagnie aérienne, on ne peut pas se permettre de le renouveler sans arrêt.

C’est ce qui explique le style d’Air France, résolument classique ?

Exactement, il faut à l’uniforme une dose d’intemporalité. Ce classicisme fait partie de l’identité d’Air France, mais ce n’est pas un défaut. Regardez comme ce parti pris rejoint par moments la mode de façon très symptomatique. Pour les collections de cet hiver 2008, les jeunes créateurs sont très proches de cette sensibilité et beaucoup de talents majeurs de notre époque revendiquent une sorte de nouveau classicisme.

Existe-t-il une écriture de l’uniforme des métiers de l’aérien ?

Oui, qui suit les variations géographiques. En Europe, on est plutôt classique avec une touche d’élégance. Aux Etats-Unis, on est très classique et fonctionnel, tandis qu’en Asie, des éléments du costume traditionnel entrent souvent en jeu. Les styles diffèrent selon les continents.

Question personnelle : parmi les uniformes d’Air France, quel(s) modèle(s) choisissez-vous ?

Sans hésitez ceux de Dior et de Balenciaga ! Je les trouve sublimes, au niveau de la coupe, de la structure, de l’élégance. Ils correspondent totalement au fantasme de l’hôtesse de l’air, d’une élégance irréprochable très française, ambassadrice de la haute couture. J’adorerais porter un modèle vintage du tailleur Balenciaga de 1969, avec les bottes en cuir, mais aussi le manteau de l’uniforme dessiné par Christian Lacroix !

Lignes haute couture

le jeudi 6 novembre 2008

par Air France

http://www.airfrancelasaga.com/spip.php?article175

Florence Muller Fashion Game Book, histoire de la mode du xxe siècle, éditions Assouline.

Collections

1946 Georgette Renal pour Air France.
1951 Georgette de Trèze pour Air France.
1962 Christian Dior par Marc Bohan pour Air France.
1964 Nina Ricci pour UTA.

1968 Pierre Cardin pour UTA.
1969 Cristóbal Balenciaga pour Air France.
1971 Jacques Esterel pour Air Inter.
1973 André Courrèges pour UTA.
1976 Jean Patou pour le Concorde d’Air France.
1976 Rodier pour Air France.
1978 Carven, Nina Ricci et Grès pour Air France.
1979 Hermès pour UTA.
1985 Nina Ricci pour le Concorde d’Air France.
1986 Christian Dior pour UTA.
1987 Georges Rech pour Air France.
1987 Nina Ricci, Carven et Louis Féraud pour Air France.
2005 Christian Lacroix pour Air France.

En complément sur le blog :

L’invention de l’hôtesse de l’air

Hôtesse de l'air : une touche d'élégance irréprochable très française



 

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