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http://www.annuaires.justice.gouv.fr/art_pix/Dijon.jpgDocument actualités - L’univers carcéral concerne potentiellement chacun d’entre nous. Pourtant, ce qui se passe réellement derrière les murs des établissements pénitentiaires reste un sujet sensible, presque tabou. La maison d’arrêt de Dijon nous a ouvert ses portes pour un reportage que La Gazette de Dijon a choisi de traiter en deux volets. Le premier évoque les dysfonctionnements et les améliorations du système pénitentiaire français. Le mois prochain proposera une plongée dans la vie quotidienne carcérale. Et toujours à travers l’exemple de la maison d’arrêt de Dijon.


Comme de nombreux établissements pénitentiaires, la maison d’arrêt* de Dijon a connu au milieu des années quatre-vingt dix son coup de grisou. Le dimanche de Pâques 1996, en plein après-midi, une centaine de détenus, guidés par quelques meneurs, avaient profité de la traditionnelle promenade pour organiser une mutinerie qui n’avait rien de spontanée. Un trousseau de clés volé à un surveillant, des portes qui n’en finissent plus de s’ouvrir, et plusieurs secteurs de la maison d’arrêt se retrouvaient occupés par le noyau dur, rapidement rejoint par d’autres détenus. Des incendies allaient rapidement embraser différentes parties de l’établissement, obligeant les forces de l’ordre à intervenir pour ramener le calme à l’intérieur de l’enceinte.


Cette mutinerie, que personne – du moins parmi le personnel – n’avait réellement vu venir intervenait à une période un brin tendue, puisque de nombreuses actions identiques avaient mis le doigt sur les insuffisances du système carcéral hexagonal dans plusieurs établissements du pays. « Nous avions été surpris sans l’être vraiment », se souvient un surveillant. « Les détenus s’en étaient pris aux infrastructures et au matériel, cela avait une signification ». A l’époque, le principal syndicat des surveillants de prisons, l’UFAP (Union Fédérale Autonome Pénitentiaire) ne s’était pas privé pour déplorer la vétusté d’une maison d’arrêt construite en 1850 et insister sur l’impérieuse nécessité de réaliser des travaux de rénovation indispensables aux conditions de travail et d’incarcération, alors que plusieurs millions de francs avaient été investis les années précédentes. Un argument sur lequel la Direction Régionale de l’Administration Pénitentiaire s’était appuyée pour qualifier de « satisfaisantes » les conditions de détention. En 1996, avant cette mutinerie qui entraîna la quasi fermeture de la maison d’arrêt pour de longs mois pendant les travaux, la question de la surpopulation carcérale à Dijon était pourtant évidente, puisque le taux d’occupation dépassait allègrement les 150 %, après avoir atteint des pics à près de 250 % durant les années quatre-vingt…Ce qui signifiait que les détenus pouvaient s’entasser à trois ou quatre dans des cellules de 9 m², une situation difficilement acceptable pour un pays comme la France.


La surpopulation pénale, l’insoluble problème ?

Aujourd’hui, la surpopulation carcérale à la maison d’arrêt de Dijon est toujours une réalité. « Mais la situation s’est améliorée», remarque Thierry Mailles, le directeur de la maison d’arrêt de Dijon en poste depuis le mois de février dernier. « Le problème est national, mais à Dijon, je considère que la situation est acceptable. Il y a actuellement 210 places pour 213 détenus chez les hommes, et 35 places occupées sur 60 dans le quartier des femmes. Oui, nous pouvons parler de sureffectif, mais il est rare que les détenus soient à plus de deux par cellule. Nous faisons le maximum pour que les personnes incarcérées purgent leurs peines dans des conditions décentes ».

Après 1996, par la force des choses, la maison d’arrêt de Dijon n’a pu faire l’économie d’une vague de modernisation qui aurait du, selon certains, intervenir bien avant. « En 1996, je ne faisais pas partie des meneurs, mais ce qui s’est passé montrait bien que les détenus en avaient marre », témoigne Rachid ** qui purge une peine de 10 mois. « Les conditions de vie étaient difficiles : la promiscuité, le froid l’hiver, la chaleur l’été, la nourriture. ça  a été un ras-le-bol. Tout le monde était tendu, les surveillants, les détenus. Il était logique que ça explose… » Et même si les conditions se sont améliorées, chacun sait ici qu’un remake de 1996 reste possible. « On reste attentif », note un surveillant, qui affirme avoir l’impression de « travailler dans de meilleures conditions depuis l’installation de grilles et de serrures électroniques ».

Thierry Mailles, le directeur de la maison d’arrêt, vit en permanence avec cette crainte, tout aussi conscient des efforts consentis par l’Etat que des motifs d’insatisfaction qui pourraient faire dégénérer la situation. « Outre les dispositifs de sécurité, le nombre de surveillants a été augmenté (NDLR : 111 à ce jour, ce qui reste encore insuffisant), les cellules ont été équipées de séparations avec les toilettes, les douches rénovées, les loisirs diversifiés », ce que Rachid considère comme « des changements positifs ». Mais la maison d’arrêt, comme la quasi totalité de ses semblables, est confrontée à l’augmentation des incarcérations de courtes durées, conséquence directe de la politique répressive du gouvernement à l’égard de plusieurs formes de délinquance. « C’est une situation délicate à gérer, car nous avons des personnes qui viennent ici purger des peines de quinze jours ou un mois. Et il faut bien les mettre quelque part… » constate Thierry Mailles. Et comme le transfert de certains détenus peut s’éterniser, le risque de surpopulation pénale extrême peut prendre rapidement des proportions importantes. « La situation, je le pense, s’améliore en France. Mais cela prend du temps et demande d’importants moyens. Alors, il faut sans cesse s’adapter…» . - par Alexis Billebault - 01/09/2003 - La Gazette de Dijon

*Une maison d’arrêt n’est pas un établissement pour peine mais de transit. Les détenus y sont incarcérés en attendant d’être transférés vers des centres de détention ou en maison centrale, sauf pour les personnes condamnées pour des peines relativement courtes. Il y a une maison d’arrêt par département. La Région pénitentiaire, dont le siège est à Dijon, regroupe trois régions administratives : Bourgogne, Champagne-Ardenne, Franche-Comté. **Le prénom a été modifié, et le motif d’incarcération tenu secret.

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