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http://5f.img.v4.skyrock.net/5ff/ads-policenationale/pics/1121080084_small.jpgIls ont entre 26 et 30 ans. Souvent issus de milieux en difficultés, ils sont entrés dans la police avec confiance et enthousiasme "pour apprendre le métier", et les voilà désormais rongés par l'inquiétude. Les adjoints de sécurité (ADS) ont du vague à l'âme. Recrutés "sans condition de diplôme" pour cinq ans par la police nationale afin d'effectuer "un premier pas vers le métier de policier" - comme c'est écrit dans les annonces -, ces apprentis gardiens de la paix revêtus de l'uniforme réglementaire et armés comme leurs collègues, sont aujourd'hui en proie à la précarité.

La loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi), votée mardi 16 février par l'Assemblée, ramène à trois ans, renouvelable une fois, la durée de leur contrat, "sans aucune garantie", s'insurgent-ils. Dans un courrier adressé aux députés, Unité SGP-FO, premier syndicat de policiers, évoque "une sourde colère" et "une angoisse légitime" de ces jeunes, au regard de leur avenir.

Pour Daniel Darnis, délégué national d'Unité SGP-FO, cette nouvelle disposition législative dissimule "la volonté d'en finir avec ce système de recrutement, pourtant apprécié des policiers". "On se croirait revenu au CPE" (contrat de première embauche), s'indigne-t-il, en relevant que l'adoption de cette mesure suscite le même malaise chez les intéressés, que celui qu'avaient exprimé les jeunes, lors de la promulgation du CPE au printemps 2006.

Isabelle, Philippe et Magali ont "signé" leur contrat d'ADS. Il y a quatre ans pour Magali, deux ans pour Isabelle et Philippe. "C'était comme un engagement, disent-ils. Pour nous qui étions passés par tous les petits boulots, c'était le moyen d'accéder enfin à un vrai métier", soulignent-ils. "Je voulais devenir gardien de la paix, mais n'ayant pas le bac, je ne pouvais pas m'inscrire au concours externe", explique Philippe. "C'était comme un apprentissage", assure Isabelle.

"Désengagement de l'Etat"

Après une formation de trois mois, rémunérés 1 180 euros net mensuels, ils sont devenus ADS pour un salaire net, primes comprises, de 1 200 euros. Ils parlent sous anonymat, parce qu'ils sont "éjectables". "Je suis dans un commissariat de banlieue et je fais le même travail qu'un titulaire", affirme Philippe. "On ramasse les corps des accidentés de la route, on aide les victimes d'agression ou on intervient dans les quartiers quand on a des appels", décrivent-ils.

Magali, la plus ancienne des trois, est à Paris. Il y a un an, elle voulait passer le concours de gardiens de la paix, mais, rigueur budgétaire oblige, il a été annulé. Résultat, sur les 9 500 ADS actuellement en contrat de droit privé, aucun n'a été intégré. Magali s'est inscrite au prochain concours programmé en avril. "250 postes à pourvoir pour les ADS, sur près de 9 000 candidats !", dit-elle. C'est sa dernière chance. Si elle échoue, elle devra quitter la police. Un deuxième concours avait été annoncé en octobre, "mais il n'est inscrit nulle part", relève Daniel Darnis qui redoute son annulation pure et simple.

Depuis leur création en 1997, chaque année 40 % des places aux concours de gardiens de la paix, sont réservés aux ADS. Toutefois, malgré les priorités annoncées par le gouvernement en matière de sécurité, les restrictions budgétaires réduisent désormais le nombre des concours et leurs chances de devenir des fonctionnaires de police.

"On nous propose des formations professionnelles avec comme débouchés des places de vigiles, dans les supermarchés, ou au mieux dans les polices municipales ", déplorent-ils. Et c'est bien ce qui préoccupe Daniel Darnis : "On s'oriente de plus en plus vers un désengagement de l'État en matière de sûreté. On va vers une privatisation ou une municipalisation de la police. Un peu comme aux États-Unis", conclut-il.

Le malaise des adjoints de sécurité illustre les craintes de précarisation dans la police

LE MONDE | 23.02.10 | 13h53  •  Mis à jour le 23.02.10 | 16h26

Yves Bordenave

Article paru dans l'édition du 24.02.10

 

Commenter cet article

Philippe 17/08/2010 21:13


enorme, un article sur les ads et en photo .... des commissaires de police ! vive la liberté de la presse de dire te de faire n'importe quoi !