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Objectif n° 1 : tuer De Gaulle !

Par Jacques Delarue
publié dans Les Collections de L'Histoire n° 1 - 02/1998  Acheter Les Collections de L'Histoire n° 1  +

 

http://stockybarka.free.fr/2bgal/img/h/oas/salan.jpgL'Organisation armée secrète (OAS), formée d'officiers et de civils fanatiquement opposés à l'indépendance de l'Algérie, effectua entre 1961 et 1962 de nombreux plasticages. Et, de mars à septembre 1962, commit près d'une tentative d'attentat par semaine sur la personne du chef de l'état !


Obsédés par leur échec politique, les artisans du 13 mai 1958, qui ont ramené involontairement de Gaulle au pouvoir, lui vouent une haine vigilante dès qu’ils comprennent qu’ils sont mystifiés : de Gaulle suit une voie très différente de celle qu’ils espéraient. Loin d’instaurer un régime autoritaire, de Gaulle restaure la République chancelante. Ils croyaient pouvoir le contraindre à maintenir l’Algérie « française » par tous les moyens, mais il avance vers une solution du libre choix pour le peuple algérien. Lors de son bref voyage en Algérie, en juin 1958, il avait parlé des « dix millions de Français égaux » , mais à l’automne les comités de salut public disparaissent et les militaires activistes sont mutés en métropole. La nouvelle Constitution recueille 80 % de « oui » et, à la fin de 1958, de Gaulle est élu président de la République par près de 80 % du collège des grands électeurs.

1959 marque le tournant. Méprisant pressions et menaces, de Gaulle poursuit imperturbablement le plan qu’il a annoncé dès 1943 : donner aux Algériens la possibilité de se détacher de la France s’ils le désirent. Après la conférence de presse du 16 septembre 1959, où de Gaulle a évoqué « le libre choix que les Algériens eux-mêmes feront de leur avenir » , les activistes d’Alger organisent une réunion pour tenter de s’opposer à ce plan. L’un d’entre eux déclare qu’il faut une « Charlotte Corday » . Or jamais personne ne se déclara prêt à sacrifier sa propre vie pour tuer de Gaulle - seul moyen pour y parvenir -, mais, dès lors, il est clair pour beaucoup que le maintien de l’Algérie française passe par l’élimination du Général. Puisqu’il n’a manifestement pas l’intention de partir et que le peuple français le soutient massivement à chaque consultation électorale, il faut le tuer.

Les événements évoluent cependant lentement. Les activistes d’Algérie et de France espèrent longtemps pouvoir renverser le chef de l’État et changer le régime par un coup de force, en faisant « basculer » l’armée, c’est-à-dire en l’obligeant à sortir de son devoir d’obéissance. La semaine des barricades à Alger (du 24 au 31 janvier 1960) fait 24 morts et 200 blessés, on tire les gendarmes comme des lapins, mais les plans prévus pour prolonger le mouvement en métropole s’effondrent et l’armée ne bascule pas. Dans des allocutions télévisées, de Gaulle se prononce pour l’émancipation de l’Algérie (14 juin), puis pour une paix négociée (4 novembre). Les attentats au plastic visant des Européens réputés gaullistes ont commencé à Alger fin février et iront, sans cesse, crescendo. Le référendum sur l’autodétermination de l’Algérie recueille 75,2 % de « oui » le 8 janvier 1961 et les activistes commettent leur premier assassinat (maître Popie) le 25. C’est le début de la « junte des Colonels » en métropole - ces colonels qui seront les vrais organisateurs et les patrons de l’OAS, un sigle que Lagaillarde, installé à Madrid après l’échec des barricades, invente début mars. Les plasticages apparaissent et se multiplient en métropole. Le 31 mars, M. Blanc, maire d’Évian, est tué par une bombe de l’OAS parce que sa ville a été choisie pour les pourparlers de paix.

Le putsch des généraux (22 avril 1961) tourne court, en l’espace de trois jours, quand de Gaulle déclare à la télévision qu’il ordonne « que tous les moyens, je dis tous les moyens » soient employés pour réduire cette rébellion « d’un quarteron de généraux en retraite [...], au savoir-faire expéditif et limité » . Pour la seconde fois, l’armée n’a pas basculé, mais deux des généraux putschistes, Salan et Zeller, bientôt suivis par un troisième, Jouhaud, rejoignent les rangs de l’OAS.

L’été 1961 voit se préciser de plus en plus ce qui va rapidement tourner à l’obsession. Un membre de la junte des Colonels, Godard, dit que « la seule chose qui compte, c’est de descendre la Grande Zorha » (de Gaulle). Personnellement, Godard n’a pas de but politique, mais d’autres en ont. Le 14 juillet, Marcel Bouyer, clandestin en France, écrit à Susini : « Il nous faut une stratégie de combat : à l’occasion d’événements graves en Algérie, ou à la suite de la disparition de De Gaulle. » L’OAS est très divisée, les clans rivaux qui opèrent en commun sous ce sigle vont se livrer à une véritable course, chacun étant convaincu que le groupe qui abattra de Gaulle acquerra l’autorité nécessaire pour imposer sa vision politique pour le régime futur. Une croyance quasi mystique se propage : tuer le traître et tyran de Gaulle, c’est garantir l’Algérie française à jamais. Pour beaucoup, c’est aussi balayer « le système » responsable de tous les maux et de la décadence de la France : la démocratie. Godard écrit une lettre collective le 3 septembre aux responsables de l’OAS pour les informer des projets « au sujet de l’objectif n° 1 » (Grande Zorha).

L’été 1961 est très chaud

Les voeux de Godard seront rapidement exaucés, mais en partie seulement car cette première tentative d’assassinat du chef de l’État sera le début d’une longue série d’échecs. L’été 1961 est très « chaud » . Aux plasticages OAS, de plus en plus nombreux en Algérie et en métropole, s’ajoutent des manifestations paysannes souvent violentes, les attentats commis par le FLN, divers problèmes internationaux importants, un remaniement ministériel fin août, une demande de convocation anticipée du Parlement. Début septembre, les tensions les plus graves apparaissent. Le vendredi 8 septembre, le Général n’espère pas pouvoir passer le week-end à Colombey : il a donné une conférence de presse le 5, qui provoque des commentaires en France et à l’étranger, les violences s’aggravent, le malaise de l’armée est de plus en plus perceptible. Désireux de méditer dans le calme et de se ressourcer dans cette nature qu’il aime, il se décide pourtant à partir et en avise son aide de camp vers 17 heures.

A 20 h 15, le convoi composé de cinq voitures - le Général est dans la première voiture avec Mme de Gaulle - quitte l’Élysée et prend l’un des quatre itinéraires prévus, par la route nationale 9. Le Général aime rouler vite. Son chauffeur, ce jour-là, est le gendarme Francis Marroux, conducteur d’une exceptionnelle qualité et d’un sang-froid à toute épreuve. A 21 h 35, la DS présidentielle roule à 110 km/h, quand, après avoir traversé Nogent-sur-Seine, alors qu’elle suit une longue ligne droite précédant Pont-sur-Seine, une violente explosion retentit au moment précis où elle passe devant un tas de sable déposé sur la berme par les Ponts-et-Chaussées. En même temps, un mur de flammes barre la route. Le chauffeur accélère, franchit le rideau de flammes pour s’arrêter quelques kilomètres plus loin. La déflagration a causé quelques dommages superficiels à la voiture. « Quels maladroits ! » dit simplement le Général en l’examinant rapidement. Puis il change de voiture et poursuit sa route jusqu’à Colombey.

Ce premier attentat n’a échoué qu’à cause de l’incompétence de celui qui avait fabriqué la bombe : une bouteille de gaz propane, dont on avait découpé puis ressoudé (mal) le fond après l’avoir bourrée de plus de 40 kilos de plastic. Un jerrican rempli d’un mélange d’essence, d’huile et de savon en paillettes avait été couplé à la bombe et avait provoqué de très hautes flammes, traversées sans dommage par la voiture présidentielle. Normalement, l’explosion de 40 kilos de plastic à moins de deux mètres de la voiture aurait dû la projeter et la disloquer, tuer ou gravement blesser ses occupants, tandis que le feu aurait fait le reste. Mais quatre ou cinq pains de plastic seulement ont explosé, les autres ayant été projetés aux alentours. L’explosion de la bombe fut commandée à vue par un « tireur » dissimulé derrière un boqueteau, à trois cents mètres de là, grâce à un simple bouton de sonnette, des piles et un fil électrique enfoui à quelques centimètres sous terre, dans le champ bordant la route. Le Général a eu la « baraka » . Cette tentative manquée de justesse n’altère ni son calme ni sa détermination.

« Quels maladroits ! »

Il n’en est pas de même pour l’homme qui a déclenché l’explosion : il s’affole et, au moment de fuir, un mouvement maladroit engage sa voiture dans le fossé bordant le chemin de terre où il était caché. La gendarmerie boucle très rapidement le secteur et il est arrêté moins d’une heure après l’attentat. Certains objets trouvés dans sa voiture, sa présence à l’endroit précis où se trouvait le système de mise à feu l’accablent, il passe rapidement aux aveux détaillés. Quelques jours plus tard, la plupart des membres du commando sont arrêtés...

L'intégralité de cet article est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.histoire.presse.fr/content/2_recherche-full-text/article?id=5158




 

http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782756401393.jpgÉtude sur l'attentat organisé par le colonel Jean Bastien-Thiry, polytechnicien et ingénieur de l'air, contre le général de Gaulle en 1962. Réalisé à partir de documents inédits, dont les souvenirs de Jacques Cantelaube, directeur de la sécurité du général, les lettres de Geneviève Bastien-Thiry, les procès verbaux d'interrogatoire et le dossier d'instruction.

Jusqu'au bout de l'Algérie française

Ils pourront en faire un martyr... Il le mérite.

Général de Gaulle

Le 11 mars 1963, le lieutenant-colonel Jean Bastien-Thiry, trente-cinq ans, polytechnicien, ingénieur en chef de l'air, issu d'une famille appartenant à la grande bourgeoisie lorraine, est fusillé pour avoir voulu supprimer le président de la République française, le général de Gaulle.

L'événement est entré dans l'histoire sous le nom d'attentat du Petit-Clamart.

Comment un homme, doté de profondes convictions catholiques et d'un bagage culturel supérieur, a-t-il pu en arriver là ?

Grâce à de nombreux documents inédits, notamment les souvenirs de Jacques Cantelaube, directeur de la sécurité du général de Gaulle et contrôleur général de la police, les lettres de Geneviève Bastien-Thiry, les procès-verbaux d'interrogatoire de l'inculpé, le dossier d'instruction et de police de l'affaire, Jean-Pax Méfret apporte de nombreuses et stupéfiantes révélations. Ayant rencontré des membres encore inconnus du commando qui a organisé l'attentat, il nous entraîne au coeur des années terribles qui ont marqué la fin de l'Algérie française, dans les coulisses, alors opaques, des milieux politiques et des ministères parisiens.

Jusqu'au bout de l'Algérie française Bastien-Thiry
Méfret, Jean-Pax
Pygmalion , Paris
collection Histoire
Parution :  juin 2007

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