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http://static.cotecine.fr/tb/Affiches/800x600/OH%20MY%20GOD.JPGInspiré d’une histoire vraie, « Oh my god ! » (Hysteria est le titre anglais) de Tanya Wexler traite de l’invention du vibromasseur électrique à la fin du XIXe siècle par un médecin britannique, Joseph Mortimer Granville, dans le but de soigner les femmes de l’hystérie.


Spécialiste de l’histoire de l'hystérie, Nicole Edelman nous explique les dessous de cette « thérapie par l’orgasme » et le lien entre hystérie et sexualité. En salles depuis le 14 décembre.


L’hystérie est considérée au début du XIXème siècle comme une maladie de femme et exclusivement de femmes qui sont en manque de sexe. La thérapeutique médicale recommandée était alors le mariage avec relations sexuelles et procréation, l’utérus se trouvant ainsi… satisfait ! L’hystérie est alors une figure de l’excès, aux convulsions placées sous le signe de la sexualité. Mais on trouve aussi dans l’attente des épousailles et pour calmer des crises trop violentes, des prescriptions (écrites en latin !) de masturbations. Le médecin Jean -Baptiste de Louyer –Villermay paraît s’en offusquer dans son Traité  des maladies nerveuses ou vapeurs et particulièrement de l’hystérie et de l’hypocondrie, publié en 1806 : « Ne sait on pas qu’une pratique infâme clitoridis titillation id est uteri secretio, dissipe les accès ? ».


Puis les interprétations de l’hystérie se modifient dans la deuxième moitié du siècle et quand le vibromasseur est inventé (1880), le neurologue Jean-Martin Charcot affirme que la maladie est liée à une lésion du cerveau, donc bien loin de l’utérus.


L’influence de ce médecin est alors de très grande ampleur, on vient le voir de toute l’Europe et des Etats-Unis et … il n’évoque jamais la masturbation. Il admet certes un rapport éventuel de l’hystérie avec l’appareil génital : ovaires ou testicules puisque les hommes peuvent être hystériques mais c’est avec la génitalité, la procréation bien plus que la sexualité qu’il tisse des liens. Il a mis au point un « compresseur d’ovaire » dont l’emploi est censé stopper les crises aigues et il est par ailleurs formellement opposé à l’exérèse des ovaires. Pourtant cette ovariectomie est largement pratiquée pendant les années 1878-1882, surtout aux Etats-Unis et en Grande Bretagne par des chirurgiens qui estiment que cette opération permet de faire disparaître les crises hystériques qui pour eux demeurent purement réservées aux femmes.


Ces actes sont bien connus, ainsi dans son roman Fécondité (1899), Zola en propose une interprétation sexuelle : enlever les ovaires serait le moyen radical envisagé par des femmes pour jouir sans risque de procréer… . Zola, bien sûr, condamne ! On est loin du vibromasseur…


Enfin, les interprétations psychiques de l’hystérie que mettent au jour à la fois Pierre Janet et Sigmund Freud dans ces mêmes années 1880-90 disqualifient la thérapeutique médicale par godemiché. Psychanalyse et vibromasseur forment un couple absolument impensable. Oh my God !


L’inventeur du premier vibromasseur mis en scène dans Oh my God !, Joseph Mortimer Grandville, a néanmoins une opinion dissonante comme le montre son invention et son ouvrage publié à Londres en 1883 : Nerve Vibration and Excitation as Agents in the Treatment of Fonctional Disorder and Organic Disease puisqu’il pense comme ses prédécesseurs du début du siècle que l’orgasme est thérapeutique.


Cependant, il me semble au vu des silences d’une grande partie des médecins que le vibromasseur n’a été que très, très peu utilisé comme thérapeutique médicale. Donc l’usage domestique et intime a sans doute prédominé et les vibromasseurs ont évolué avec les techniques.


En ce qui concerne la mise en scène de l’hystérie féminine de la fin du XIXe- début du XXe siècle, il est à noter que trois films sur le sujet (Oh my God !, A dangerous method, Augustine) sortent en salle ce mois-ci. De quoi cet intérêt est-il révélateur ? Selon moi, désigner les femmes comme hystériques, c’est les stigmatiser comme différentes des hommes, les considérer comme déséquilibrées, dominées par leur sexe et leur corps, comme si ces états étaient impensables pour les hommes… Est-ce, dans un moment de graves crises politiques, économiques et culturelles, le signe d’un retour sur des distinctions que beaucoup considèrent comme solides et rassurantes : féminin versus masculin, des vraies femmes et des vrais hommes ? L’hystérie, les cheveux très longs des adolescentes, les seins de bonne taille, les talons très hauts : à quand le retour du corset ?

 

Propos recueillis par Camille Barbe

 

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"Oh my God !" de Tanya Wexler, en salles depuis le 14 décembre

 

Oh my God ! Hystérie et vibromasseur

 

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