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Arte Arte - 20h35 - Mardi 06 juillet 2010

Prison Valley, l'industrie de la prison

Durée : 1 heure

Sous-titrage malentendant (Antiope).

Stéréo

En 16:9


http://linterview.fr/new-reporter/wp-content/uploads/2010/04/prison_valley_upian_arte.jpg

Le sujet

A Cañon City, dans le Colorado, presque tout le monde vit de l'industrie carcérale : la région compte treize prisons et 8000 détenus pour 36 000 habitants.

Avec ses roches rouges et ses vastes plaines arides, Cañon City offre un décor de western. Mais dans cette localité reculée du Colorado, les hors-la-loi sont enfermés à double tour. Surnommée «Prison Valley», la ville de 36 000 habitants abrite treize prisons et quelque 8000 détenus. Les plus dangereux sont reclus, 23 heures sur 24, dans les cellules bétonnées de Supermax, un pénitencier ultramoderne qui expérimente la privation sensorielle. A l'extérieur, le shérif du comté fait sa rondes, les gardiens de prison déjeunent chez des collègues reconvertis dans la restauration, les familles de détenus posent leurs valises dans les motels et les touristes arpentent le musée des prisons, installé dans une ancienne maison d'arrêt pour femmes.


Critique : Un ciel bas où roulent des nuages noirs, pesant comme un couvercle. A Prison Valley, les détenus ne sont pas les seuls à vivre enfermés. Dans et hors les murs des pénitenciers, c'est tout le comté de Fremont, Colorado, qui respire au rythme de l'industrie carcérale, ce coeur battant de l'économie locale. Quelques chiffres et tout est dit : « 36 000 âmes, 13 prisons, un siècle d'uniformes rayés », résume en préambule David Dufresne, coauteur avec Philippe Brault de ce film documentaire à l'esthétique cinématographique, construit comme un road-movie. Ou quand la forme compte autant, sinon plus, que le fond.


Normal : ce docu fut d'abord conçu pour le Net. Un nouveau monde désormais investi où poussent les web-documentaires. « Prison Valley », version 2.0, est du genre petite pierre précieuse à multiples facettes qu'il fait bon contempler sous toutes ses coutures. Le mode d'emploi ? L'internaute regarde le film in extenso ou peut s'arrêter pour explorer les bonus qui en balisent le récit, histoire d'approfondir certains éléments. Il entre au départ dans la chambre à couvre-lit bariolé du motel où David Dufresne séjourna réellement à l'été 2009. Avec la souris, il peut s'y promener et choisir de cliquer sur les « indices » où il lira par exemple une lettre de Douglas Micco, un Indien accusé de kidnapping et de viol ; consulter le « calepin » répertoriant tous les « personnages » croisés au long du récit ; se plonger dans une carte ; feuilleter un portfolio. Libre à lui de reprendre le fil de l'histoire, comme on remonte en voiture après une pause-café.


C'est à la fois ludique et sérieux, riche d'un tas de surprises informatives soulignées par une mise en scène entre jeu vidéo, pour la mobilité, et Cluedo, pour le stylisme rétro. Les internautes ne s'y sont pas trompés. Depuis la mise en ligne de « Prison Valley » le 22 avril dernier, arte.tv a enregistré 400 000 visionnages. 35 000 visiteurs ont même pris la route en se créant un « profil ». Ils ont passé en moyenne neuf minutes d'affilée au volant, soit la même durée que devant un programme télé, ce qui scie à la base l'idée commune selon laquelle il faut faire ultracourt sur le Web. « Environ 25 % des gens sont allés au bout du film, qu'ils regardent souvent en plusieurs fois », se félicite David Dufresne. Face à la pléthore de trouvailles pour le Net, la version télé laisse forcément sur sa faim L'histoire n'est plus qu'un plaisant road-movie balisé de rencontres fortes avec des témoins qui font avancer le récit. On les rencontre, on discute, on repart. Le spectateur se sent comme assis sur la banquette arrière, à la même hauteur que ces enquêteurs reporters dont il partage les hésitations et les frustrations. L'écriture du commentaire est précise et colorée, pointant les détails, de la qualité gustative d'une pizza à l'hospitalité d'une hôtesse, dans un souci de l'anecdote qui ravira les fans de grand reportage. L'image est léchée : l'usage d'un capteur de 35 mm lui confère la même profondeur de champ qu'au ciné ; des travellings mettent en valeur les splendides panoramas des Rocheuses ; des photos animées d'un mouvement fluide émaillent le trajet ; le recours au split-screen (découpage de l'écran en petites cases) donne au film un côté générique de série télé seventies. S'il était un reproche à faire, il concernerait plutôt le fond du récit. Les petites villes de Florence et Cañon City n'existent que par et pour la prison : les détenus en ont bâti les routes et les maisons et, aujourd'hui encore, fabriquent les plaques minéralogiques des voitures indispensables pour sillonner la contrée ; les habitants travaillent dans ces centres de réclusion. Tout le comté est une vaste colonie pénitentiaire. A partir de ce constat, le film développe une belle démonstration sur le méchant système capitaliste qui génère du profit avec ses prisonniers jusqu'à, à en croire certains témoins, quasiment précipiter ses citoyens derrière les barreaux. Un raisonnement séduisant mais trop politiquement orienté pour s'embarrasser de nuances. Certes, il s'agit d'un documentaire, pas d'un reportage ; le parti pris y est donc par définition permis. Et « Prison Valley » soulève quand même de vraies questions sur la marchandisation des corps et les dangers de la privatisation des prisons.

 

Cécile Deffontaines


http://teleobs.nouvelobs.com/tv_programs/2010/7/6/chaine/arte/20/35/prison-valley-l-industrie-de-la-prison

 

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