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Publié le 18/02/2010 à 18:44 Le Point.fr - Culture

EXPO / MUSÉE CARNAVALET

Par Nedjma Van Egmond

 

 

Prisons parisiennes : derrière les murs

Religieuse, galerie de cellules à un lit, prison Saint-Lazare © Pierre Emonts

"La réalité des prisons ne s'imprime pas, elle n'est pas montrable (...) Les images resteraient incomplètes, partielles, illusoires, donnant le sentiment de toujours devoir être décalées et dérisoires." Ce constat de Jean Gaumy dans Écrits sur l'image. Les incarcérés. L'utopie pénitentiaire (éditions de l'Étoile) est à la fois juste, et faux. Cette exposition le montre avec force. Bien sûr, la réalité la plus frappante de la prison, l'isolement, ne se perçoit que partiellement à travers une image figée. On voit pourtant l'étroitesse, l'obscurité, on ressent l'humidité, la saleté, la promiscuité. On imagine, ici le silence et là le bruit. On devine le désespoir de l'enfermement. C'est à un parcours remarquable "derrière les murs" que nous convie cette exposition, précisément baptisée L'impossible photographie .

Sur les 3.800 épreuves collectées, le musée Carnavalet en expose 340. Elles ont été réalisées entre 1851 et 2009 dans les 16 prisons parisiennes, de La Santé, considérée en 1867 comme une prison modèle - et la seule encore debout - à la Petite Roquette, "prison de tous les vices" selon Hugo. Voyez les incroyables sommes signées Pierre Emonts ou Henri Manuel, missionnés par la Ville ou le ministère de la Justice : cellules et dortoirs, infirmeries et ateliers. Puis les clichés d'Eugène Atget ou Henri Manuel, les murs couverts de graffitis d'Edouard Desprez, comme autant de déclarations d'amour et de défiance envers l'administration pénitentiaire. Les dernières salles forment un parcours saisissant, depuis les reportages parus dans Police Magazine et Détective jusqu'au travail de Michel Séméniako, série de "portraits négociés" de détenus, à travers les objets qui habitent leurs cellules.

Enfin, ne manquez pas le film qui met face à face Marguerite Duras et la directrice de la prison pour femmes de la Petite Roquette. Elle y glisse notamment : "Tout ce que je peux faire pour les détenues, c'est sur le plan moral. Le plan social, je n'ai pas le temps de m'en occuper." Un entretien réalisé en 1967...

L'impossible photographie. Prisons parisiennes 1851-1910. Musée Carnavalet, musée d'historie de Paris, Paris 3e, jusqu'au 4 juillet. Tous les jours sauf lundi10 h-18 h. Tarifs de 3,50 à 7 euros. 01.44.59.58.58

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