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http://img.over-blog.com/299x205/2/45/42/71/philippe-2/Convois-de-prisonni-res-en-1882-vers-Saint-Lazare.jpgAu XIXe siècle, les femmes représentaient 15 à 20 % de la population carcérale en France. « Et aujourd’hui à votre avis ?», se plaît à interroger Catherine Tambrun, commissaire, avec Christel Courtois, de l’exposition « L’impossible photographie. Prisons parisiennes, 1851-2010 ». Aujourd’hui, 3 %.

Comment expliquer une telle différence ? Il ne faut pas oublier qu’au XIXe siècle les femmes étaient jetées en prison non seulement pour meurtre, délinquance ou prostitution mais aussi pour adultère, avortement, homosexualité, atteinte à la pudeur. Un père de famille pouvait, sur le principe de la « correction paternelle » – en vigueur jusqu’en 1934 –, se débarrasser d’une (ou d’un) enfant encombrante à condition de payer ses « frais de bouche  ». A la Petite Roquette, prison de femmes et d’adolescents située dans la rue du même nom (en face de la Grande Roquette où demeuraient les condamnés à mort), les plus jeunes détenus avaient, en 1897, entre 7 et 8 ans.


Sur l’ensemble de ces 340 photographies – la plupart montrées pour la première fois au public –, l’absence des détenus, ces « ombres de l’histoire », selon l’expression de Michelle Perrot(1), est frappante. Les lieux, côté hommes, sont souvent montrés vidés de leurs prisonniers, à part quelques exceptions : dans un atelier ou une infirmerie. Les femmes, en revanche, apparaissent sur de nombreux clichés du XIXe siècle : au travail, en promenade, à l’infirmerie… Peut-être parce que la majorité d’entre elles étaient des filles « publiques » qu’on hésitait moins à exhiber ?


Les salles qui leur sont consacrées en tout cas sont particulièrement poignantes. Comme ces photographies prises à la prison de Saint-Lazare, affectée aux femmes de 1794 à 1932 (107, boulevard Saint-Denis) : ce dortoir de prostituées malades, une centaine de lits sous les toits, où l’on « gelait l’hiver » et « brûlait l’été ». Les alignements de berceaux près des rangées de lits (1911) – une détenue sur deux accouchait en prison. Les graffitis inscrits sur les murs d’un cachot, ultimes défis au pouvoir, ultimes cris de haine ou d’amour ; tel ce message homosexuel : « La femme que j’ai choisi [sic], la femme que j’ai chéri, la femme que je ferais souffrir, la femme qui me feras mourir c’est ma Milo chérie.»« Nénette de l’Étoile fait 10 jours de cachot » (1933). Enfin ces visages tournés vers le photographe dans la cour de la prison un jour de lessive, autour du puits, les uns provocants, d’autres pleins d’orgueil, d’autres prenant la pose, esquissant un sourire ; et une femme, une seule, le dos ostensiblement tourné, qui continue son ouvrage (1911). Signé


Les noms mêmes de ces prisons – l’Abbaye, le Cherche-Midi, la Force, Mazas… – ont été oubliés. Certaines avaient été aménagées dans d’anciens centres ecclésiastiques : les couvents de Saint-Lazare, des Madelonnettes, de Sainte-Pélagie ; d’autres, comme la Grande et la Petite Roquette, avaient été construites dès 1836. Paris en comptait 16 (plus 3 centres d’enfermement au Palais de Justice, qui existent toujours). Seule subsiste celle de la Santé, dans le XIVe arrondissement.


Depuis la Révolution, la privation de liberté prenait une place prépondérante dans l’échelle des peines. La création de la Société royale pour l’amélioration des prisons, en 1820, exigeait des conditions de détention plus humaines : non plus des peines corporelles mais la mise au travail obligatoire, la messe, les soins prodigués aux malades, l’instruction. Mais dès 1840, la répression et l’astreinte au travail l’emportèrent sur le désir d’éduquer et de « sauver ».

Prisonnières parisiennes

Jusqu'au 4 juillet - Paris.

http://www.histoire.presse.fr/content/2_articles_alaune/article?id=12149

Juliette Rigondet

Jusqu’au 4 juillet au musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné, 75003 Paris.

  1. Les Ombres de l’Histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle, Flammarion, 2000.

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