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http://ficanas.blog.lemonde.fr/files/2009/05/0000-2206-5festival-international-du-film-cannes-1939-posters.1242290288.jpgDocument archives du 1er mai 2001 - Le Festival de Cannes, tremplin de films d'auteur, et Hollywood, temple des grosses productions, ne sont pas sur la même orbite. Mais que serait La Croisette sans le cinéma américain et ses stars ?

Pour la cinquante-quatrième fois de son histoire, la mythique Croisette azuréenne s'apprête à  accueillir le Festival international du film de Cannes devenu le rendez-vous incontournable du septième art. Producteurs, réalisateurs, acteurs et actrices vont pendant quinze jours (du 9 au 20 mai), en tenue de gala, se prêter au rituel de la montée des marches du Palais des congrès, accorder des interviews aux milliers de journalistes venus du monde entier et jouir des plaisirs nocturnes de la Riviera. Dans ce festival aux allures de pèlerinage, tous les participants ont en commun un même amour, celui du cinéma et un désir secret, presque inavouable, celui de décrocher la fameuse Palme d'or, sésame de la consécration.

Paradoxe : ce n'est pas l'Amérique, leader incontesté de l'industrie cinématographique, qui est à  l'initiative d'un tel événement. La paternité du Festival revient à  l'historien français Philippe Erlanger qui, en 1938, se révolte avec d'autres contre l'orientation trop politique de la Mostra Internazionale d'Arte Cinematografico de Venise. En effet, cette année-là , les deux films primés sont Luciano Serra, pilote d'Alessandrini, réalisateur sous la coupe de Mussolini, et Les Dieux du stade, de Leni Riefenstahl, exaltant les valeurs nazies. Il est temps de créer un festival du film indépendant de toute influence politique. Quand s'ouvre le premier Festival de Cannes en septembre 1939 - la période est pourtant loin d'être propice à  la fête du cinéma - les Américains arrivent en délégation pour représenter fièrement l'art dont ils se prétendent les maîtres. Les stars américaines débarquent par bateau : Gary Cooper, Tyrone Power, Mae West en sont les porte-drapeau. Mais avec l'entrée en guerre, le Festival est annulé. Il faut attendre 1946 pour qu'il puisse enfin écrire le premier chapitre de sa légende. Une légende qui démarre sous le signe de l'humour, lorsque, le jour de l'inauguration, le ministre du Commerce et de l'Industrie, sous le coup de l'émotion, déclare solennellement ouvert " le premier Festival de l'agriculture " !

Confronté dès ses débuts au climat pesant de la guerre froide, le Festival use de diplomatie pour ménager Américains et Soviétiques. En 1953, les États-Unis protestent contre la présentation du Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot. Ils jugent ce film " antiaméricain et procommuniste ". Yves Montand est catalogué comme tel. En 1959, le film Hiroshima mon amour d'Alain Resnais est projeté hors compétition pour ne pas froisser la susceptibilité américaine. L'historien du cinéma Pierre Billard souligne qu'on est encore bien loin d'un festival cédant la prééminence à  la liberté de création : " C'est donc une conférence de l'ONU autant qu'un congrès cinématographique. " Billy Wilder pour The Lost Week-End (Grand Prix 1946), Edward Dmytryk pour Cross Fire (1947, meilleur film social), Joseph L. Mankiewicz pour All about Eve (1951, Prix spécial du jury) sont les premiers Américains à  étre primés. Curieusement, c'est sous pavillon marocain qu'Orson Welles reçoit en 1952 le Grand Prix pour son film Othello .

Les Américains se consolent vite : la première Palme d'or - instituée en 1955 pour rappeler les armoiries de la ville - est remportée par l'un d'eux : Delbert Mann, réalisateur de Marty . Les stars hollywoodiennes créent toujours l'événement. On se souvient de la présence de Grace Kelly, en 1954, en route vers sa destinée princière ; de l'attitude jugée outrageuse de Robert Mitchum posant devant les photographes au côté de la starlette Simone Silva dénudant une avantageuse poitrine ; de la montée des marches en 1957 de la magnifique Elizabeth Taylor venue présenter Le Tour du monde en 80 jours et de Jayne Mansfield, qui en 1958, défile dans les rues de Cannes sur le capot d'une Rolls.

Les États-Unis s'éclipsent dans les années 1960. Pas un seul film ne sera primé. Mais l'heure de la révolution a sonné. Easy Rider (1968) de Dennis Hopper et Woodstock (1970) de Michael Wadleigh expriment l'anticonformisme de la jeunesse américaine. Cannes devient une tribune ouverte à  toutes formes d'expression cinématographique. M.A.S.H (1970) de Robert Altman, The Conversation (1974) de Francis Ford Coppola (à  nouveau récompensé pour Apocalypse Now en 1979), Taxi Driver (1976) de Martin Scorsese font les grandes heures du festival des années 1970. En 1976, Gene Kelly, Fred Astaire, Cyd Charisse et Leslie Caron assistent à  la projection de Hollywood, Hollywood ! Les coulisses du cinéma hollywoodien fascinent toujours les Européens.

Entre 1989 et 1991, les Etats-Unis collectionnent les Palmes d'or : Sex Lies and Videotape de Steven Soderbergh, Sailor et Lula de David Lynch, Barton Fink des frères Coen. Pourtant la polémique fait rage. L'éditorialiste américain de Variety écrit en 1996 : " Tout le monde, finalement, semble avoir pris conscience qu'Hollywood gravite sur une orbite, et Cannes sur une autre. " Les Américains semblent plus friands d'effets spéciaux que de films d'auteur. Etrange situation où l'on voit de plus en plus de réalisateurs européens, type Jean-Jacques Annaud ou Luc Besson, trouver des financements aux États-Unis, et des cinéastes américains tenter de se libérer de la dictature commerciale en collaborant avec des investisseurs européens. Cannes et Hollywood, deux mondes à  part ? Certainement. Mais Cannes existerait-il sans Hollywood ?

Le repos du guerrier

Figure de La Croisette des années 1950, Kirk Douglas se prélasse sur la plage. Le héros de Spartacus et de Règlement de comptes à  OK Corral affiche sa décontraction et sa fossette au menton sur la French Riviera.

L'historien fondateur

Philippe Erlanger, auteur de nombreuses biographies historique, dirige l'Association française des activités artistiques, lorsqu'il lance en 1938 l'idée d'un festival du film indépendant du pouvoir politique.

Stars en goguette

Liz Taylor et Eddie Fisher passent leur lune de miel à  Cannes, où la star dévalise les boutiques de luxe (1959). Quant à  Robert Mitchum, il s'initie à  la pétanque devant l'objectif des photographes (1954).


Dossier : Hollywood - Un siècle de rêve... politiquement correct

Cannes et l'Amérique : "Je t'aime, moi non plus"

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=2397


Crédit photographique sur le blog :

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