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http://www.decitre.fr/gi/11/9782246746911FS.gifDocument  29/09/2011 - En octobre 1939, Emmanuel Ringelblum, historien de formation, avait entrepris de rassembler systématiquement les documents touchant le sort des Juifs de Pologne et constitua autour de lui un groupe de bénévoles pour qui l'injonction à se souvenir (Zakhor) était une forme élémentaire de résistance et qui se donna pour nom de code « Oyneg Shabes » : « Joie du sabbat », en hébreu. Si Ringelblum et sa famille périrent en mars 1944, comme la majorité des quelque soixante membres de ce réseau - historiens, sociologues, économistes, éducateurs, écrivains, poètes, en sorte qu'aucun domaine de la vie ne soit ignoré -, le groupe réussit à travailler d'arrache-pied jusqu'au printemps 1943, pour écrire la chronique de la disparition de la communauté yiddish. Sentant l'imminence d'une fin proche, les archivistes réussirent à cacher des milliers de documents dans des bidons de lait ou des boîtes en fer-blanc avant de les enterrer.


Servi par un talent de conteur qui n'est pas sans rappeler celui des Disparus, cet ouvrage est sans conteste un des livres les plus importants sur la Shoah à côté de ceux de Hilberg et de Friedländer. Car au-delà de l'histoire magistrale d'une famille, d'un historien et d'un groupe, au-delà d'un tableau de la culture yiddish et de son inscription dans la culture polonaise et russe de l'époque, c'est véritablement l'histoire de l'Holocauste vécue par ses victimes contemporaines qu'offre ce livre.

Samuel D. Kassow est spécialiste de l'histoire russe et polonaise moderne. Excellent connaisseur du yiddish, il s'est également imposé depuis une dizaine d'années comme l'un des meilleurs connaisseurs des sources yiddish de l'Holocauste.


La revue de presse Bastien Miquel - Le Figaro du 29 septembre 2011

Aujourd'hui, en 2011, il s'agit, avec cette formidable somme de Samuel D. Kassow, d'une tout autre démarche où l'Histoire, immanquablement, reprend ses droits. Et quelle Histoire ! Ringelblum est de gauche, juif, pris au piège dans le ghetto de Varsovie sous la botte nazie. Autant dire que ses chances de survie sont quasi nulles dès septembre 1942, menacé au quotidien par un régime de terreur inouï. Contre toute attente, et malgré les privations, il trouve encore la force de vivre de l'avenir. Son projet ? Caler «une pierre sous la roue de l'Histoire», rapporter par écrit les choses vues «du coeur même des événements».


  • La revue de presse Gilles Heuré - Télérama du 26 septembre 2011

 

La vie du ghetto à travers des documents rares, retrouvés dans des bidons, sous les gravats...


Dans Qui écrira notre histoire ?, Les archives secrètes du ghetto de Varsovie, l'historien américain Samuel D. Kassow comptabilise les thèmes multiples qui taraudaient les mem­bres de l'organisation. Car tout devait être abordé : la foi encore vive chez certains dans «les masses allemandes» antinazies, les relations entre Juifs et Polonais, l'antisémitisme, le rôle et le comportement des femmes juives, la délation, la prostitution et la corruption au sein du ghetto, la peur qui paralyse ou le désir de résistance, toutes ces «émotions de la rue» dont Ringelblum espérait qu'elles seraient des preuves transmissibles sinon aux survivants, du moins aux hommes d'un futur libéré de l'horreur...


Les archives secrètes du ghetto de Varsovie dont Kassow restitue l'incroya­ble destinée auront finalement surgi de terre pour constituer un document exceptionnel sur un des épisodes clés de l'Ho­locauste. Le ghetto était parvenu à parler à l'avenir.


  • Les courts extraits de livres : 12/09/2011

 

Extrait de l'introduction - 18 septembre 1946. Après des semaines d'arrangements et de préparatifs, les fouilleurs avaient enfin entrepris de creuser sous les décombres du 68, rue Nowolipki, dans les ruines de l'ancien ghetto de Varsovie. Ils recherchaient les archives d'Oyneg Shabes [appellation yiddish ; Oneg Shabat, en hébreu]. Ce n'était pas un travail de tout repos. Dans le ghetto de Varsovie, Oyneg Shabes - sous la houlette de l'historien Emanuel Ringelblum - avait réuni des douzaines d'hommes et de femmes qui firent la chronique de la vie juive sous l'occupation nazie tout en rassemblant des documents. Mais cette «société sacrée» secrète, suivant le nom donné par Ringelblum à Oyneg Shabes, partagea le sinistre destin de la communauté juive de Varsovie.


Seul un tout petit nombre de collaborateurs de Ringelblum au sein d'Oyneg Shabes survécut à la guerre : la journaliste et écrivain Rachel Auerbach ; Hersh [Hersz] Wasser, qui avait été son secrétaire, et sa femme, Bluma. Wasser lui-même en avait réchappé de justesse. En 1943, il sauta d'un train à destination de Treblinka. En 1944, les Allemands découvrirent sa planque dans le nord de Varsovie et tuèrent trois de ses amis dans un bref et intense échange de tirs. Mais, une fois encore, Wasser et sa femme survécurent. Si Wasser n'avait pas été là pour diriger les recherches, il est peu probable qu'on ait retrouvé les archives.


Les fouilleurs s'activèrent avec le plus grand soin. Où se dressait naguère le ghetto de Varsovie régnait désormais la désolation la plus totale. Auerbach compara les efforts laborieux pour situer la rue et le bâtiment à une «expédition archéologique». Juifs et Polonais oeuvrèrent côte à côte. Ils creusèrent des tunnels profonds sous les gravats, construisirent des puits de ventilation et enfoncèrent de longues sondes de métal à travers les rochers et les briques. C'est alors qu'une sonde heurta quelque chose de solide : une boîte de tôle recouverte d'argile et solidement fermée avec une ficelle... puis neuf autres.


En ce jour de septembre, Rachel Auerbach était à Lodz. Depuis de longues semaines, elle s'inquiétait du sort des archives. Dans une de ses dernières réunions avec Emanuel Ringelblum au ghetto de Varsovie, l'historien lui dit, fort d'une assurance tranquille, que ses camarades avaient caché la «légende» - c'est le mot qu'il employait -, qu'elle était à l'abri « du feu et de l'eau ». Quoi qu'il advînt d'eux, le monde connaîtrait le dernier chapitre de la communauté juive polonaise et des crimes allemands.


Mais la plus grande peur de Ringelblum était que nul ne survive pour raconter l'histoire et que le monde ne sache jamais l'existence des archives. Six jours seulement avant que les Allemands ne découvrent sa planque, Ringelblum adressa une lettre à son ami intime Adolf Berman, lui demandant de veiller à ce que le YIVO - l'Institut scientifique yiddish - de New York apprenne d'une manière ou d'une autre où se trouvaient les archives. «Si aucun de nous ne survit, qu'il reste au moins cela.»

 

Qui écrira notre histoire ? : les archives secrètes du ghetto de Varsovie

Auteur : Samuel D. Kassow

Traducteur : Pierre-Emmanuel Dauzat

Date de saisie : 18/10/2011

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Grasset, Paris, France

 

  • Le courrier des auteurs : 18/10/2011

 

1) Qui êtes-vous ? !

 

Un simple traducteur au service de la rencontre d'un grand savant et d'un immense sujet. L'auteur, Samuel David Kassow, est né en 1946, dans un camp de personnes déplacées. Sa mère, juive ashkénaze, avait survécu à l'extermination, parce qu'une ancienne camarade d'école l'avait cachée, avec sa soeur, dans une cave de la ferme familiale. Son père, arrêté par les Russes, avait passé la guerre dans un camp de prisonniers. Excellent connaisseur du yiddish, Kassow s'est imposé depuis une dizaine d'années comme l'un des meilleurs connaisseurs des sources yiddish de l'Holocauste, trop rarement exploitées faute des compétences linguistiques nécessaires.

2) Quel est le thème central de ce livre ?

 

L'histoire du ghetto de Varsovie, que l'on croit connaître mais que l'on ne connaît pas, ou trop mal, parce qu'il aura fallu soixante ans pour qu'un historien donne voix aux hommes et femmes qui se sont battus pour survivre dans l'honneur et la dignité, et qui ont consacré leurs dernières forces pour que l'histoire du martyre et de l'extermination des Juifs ne soit pas écrite par les bourreaux, mais par leurs victimes. Au centre de ce livre, un homme de 40 ans, Emanuel Ringelblum, historien et militant, qui non content de faire tout son possible pour aider les Juifs du ghetto à survivre, a l'idée de créer autour de lui une organisation, "Oyneg Shabes" (joie du shabbat, en yiddish), qui racontera la vie des Juifs et leur mort. Ecrivains, poètes, économistes, théologiens, philosophes, sociologues, chanteurs de rue, médecins, au total une soixantaine de personnes, répondront à son appel et témoigneront, écriront, réuniront plusieurs milliers de documents, enfouis sous terre, dans des bidons de lait, dont une partie a été miraculeusement retrouvée en 1946 et en 1950. "Une pierre lancée dans la roue de l'histoire pour essayer de l'arrêter."

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?

 

"Le désir d'écrire est aussi fort que la répugnance des mots. Nous haïssons les mots parce qu'ils ont trop souvent servi à masquer la vacuité ou la mesquinerie. Nous les méprisons car ils pâlissent en comparaison de l'émotion qui nous tourmente. Et pourtant, le mot était jadis synonyme de dignité humaine et était le bien le plus précieux de l'homme : un instrument de communication entre les gens. Ces documents et ces notes sont un reliquat qui ressemble à un indice dans un roman policier. Je garde de mon enfance le souvenir d'un roman de Conan Doyle dans lequel la victime mourante écrit d'une main hésitante un mot sur le mur, donnant la preuve de la culpabilité du criminel. Ce simple mot, gribouillé par le moribond, excitait jadis mon imagination. [...] Nous consignons par écrit la preuve du crime."

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?

 

Ce livre est en soi une musique, celle que l'on entend dans le chef-d'oeuvre de la littérature yiddish du XXe siècle, "Le chant du peuple juif assassiné" du poète Itzakh Katzenelson, victime de l'extermination. Mais comment ne pas penser à "Un survivant de Varsovie", petit oratorio (op. 46), que Schoenberg écrivit en 1947 à la mémoire des victimes et qui, par la multiplicité des moyens musicaux utilisés et des langues mobilisées, fait entendre la douleur infinie et la foi dans la survie ?

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?

 

Chaque victime mérite qu'on s'en souvienne. Le paradoxe est que notre mémoire est hantée par les noms des bourreaux, tant la mauvaise monnaie chasse la bonne : Que leurs noms soient à jamais effacés. Mais qui se souvient du petit enfant sans passé, sans avenir qui ne prononça jamais qu'un gargouillis que Primo Levi rendit par "Hurbinek" ? Vous ne saurez sans doute jamais rien non plus de cette jeune fille qui mourut de faim au ghetto, sans famille, sans attaches. Elle avait un visage et un sourire, dont Rachel Auerbach, collaboratrice de Ringelblum et survivante du Ghetto, se souviendra toute sa vie au point de vouloir lui restituer son nom : "Henie". N'oubliez pas son nom.

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/34/Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpg/220px-Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpgLechoixdeslibraires.com a été créé par Jean Morzadec et son équipe, afin de rendre hommage à la compétence des libraires, qui sont les ambassadeurs du livre.

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Jean Morzadec a travaillé plus de trente ans à France Inter, dont il fut directeur des programmes de 1999 à 2005, sous la présidence de Jean-Marie Cavada. Il se consacre aujourd’hui, avec passion, au développement de sites culturels dédiés particulièrement à l’amour des livres.

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