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http://www.decitre.fr/gi/35/9782070440535FS.gifL’accusation de plagiat est peut-être l’archétype de l’accusation littéraire, une tentative de meurtre symbolique, qui réussit parfois.


Ce Rapport de police étudie les attaques des dénonciateurs ; et aussi, d’Apollinaire à Zola, de Freud à Mandelstam, de Daphné Du Maurier à Paul Celan, les réactions des accusés. La plagiomnie, la calomnie plagiaire, manifeste une surveillance de la fiction, qui passe par la notion de crime, voire de blasphème, et pose la question du sacré en littérature. C’est cette surveillance, qui vaut pour toute écriture non appropriée, dont est retracée ici la longue histoire, de Platon au goulag.

 

L'auteur en quelques mots en 2011 ...

 

Marie Darrieussecq est née le 9 janvier 1969 au Pays basque.

Elle est écrivain et psychanalyste. Elle vit principalement à Paris.

 

 

 

Rapport de police - Accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction

Par Marie Darrieussecq

Poche[[ - Broché

Paru le : 14 avril 2011

Editeur : Gallimard (Editions)

Collection : Folio

 

Libération - Marie Darrieussecq: « La littérature s'est toujours faite de lectures et d'influences  »

TCHAT - Accusée à deux reprises de plagiat, Marie Darrieussecq a voulu dans « Rapport police » (P.O.L.) comprendre ce qui lui était arrivée et, bien sûr, se défendre de cette accusation renouvelée. Elle a répondu à vos questions.


Mimoune. Pourquoi avez-vous ressenti la nécessité d'écrire ce livre, vous sentiez-vous à ce point déboussolée après l'accusation de plagiat qui a été portée contre vous?


Marie Darrieussecq. C'était d'abord une question d'honneur, d'honneur d'écrivain. Un écrivain c'est fait de mots, j'étais attaquée dans mon corps, dans mon être. Paul Celan, ou Maïkovski ont été poussé au suicide par des accusations calmonieuses de plagiat. Daphné du Maurier a perdu quinze de sa vie à se battre contre de telles accusations.

Crédule. Est-ce qu'être traité de plagiat avait autant de conséquences dans la période littéraire très fructueuse qu'a été le XIXème siècle?


 Ce que j'appelle la «plagiomnie», l'accusation calmonieuse de plagiat est aussi ancienne que la littérature, Epicure, par exemple, a été répétitivement accusé de plagiat par ses rivaux. Côté Romain, un poète comme Marcial n'a cessé de crier au plagiat. Pour le XIX ème, ces affaires ont été en effet très nombreuses, Edmond de Goncourt a harcelé Zola en l'accusant d'avoir plagié sa« Germinie » dans Gervaise («  L'Assommoir»). Il est vrai que le XIXème siècle voit se cristalliser la notion d'auteur.

Absolu. Comme vous le dites dans votre livre le plagiat entre auteurs existent depuis toujours, alors n'est-ce pas plutôt l'amour propre de l'auteur accusé qui est en cause?


Le plagiat existe. Je cite quelques cas crapuleux pour pathologique dans cet essai. Mais ce qui existe à mon avis encore davantage entre écrivains, c'est l'accusation calomnieuse qui vise à éliminer le concurrent. A l'origine de ces calomnies, il est évident que la jalousie est souvent le moteur. Il y a beaucoup de bénéfice à affirmer que l'on est plagié, puisque implicitement on dit là qu'on est un auteur qui compte, et le manque de reconnaissance peut y trouver une certaine consolation.

Douda. Aimeriez-vous être plagiée? L'avez-vous été?


André Schwartz-Bart a dit qu'avoir une postérité était le mieux qui puisse arriver à un écrivain. Lui-même avait à la fois été traité de plagiat puis, quelques années après, comme en réparation, en quelque sorte, des journalistes avaient dénoncé un jeune écrivain comme plagiaires de Schwartz-Bart. Ces accusations-là n'avaient aucun sens. La littérature s'est toujours faite de lectures et d'influences. Il faut sans doute être un peu mégalomane pour voir partout sa propre influence, mais je ne me sens propriétaire qu'aucune histoire de femmes à nez de cochon (cf. «Truismes») ou d'aucunes histoires de fantômes ou d'errances au bord de la mer, tous ces thèmes qui sont dans mes livres.

Remi. Comment vous sentez-vous maintenant que votre livre est publié?


Quand je me suis rendu compte, en faisant des recherches, pendant deux ans pour ce livre, que des auteurs aussi uniques que Paul Celan, Mandestam, ou Apollinaire, avaient subi des plagiomnies, j'ai été à la fois stupéfaite et quelque peu réconforté. Cela m'a aidé à comprendre ce qui m'arrivait. Maintenant, pour moi la page est tournée, et je me suis remise à écrire ce qui compte pour moi, un roman.

Jacques Ver. Vous allez jusqu'à dire que celles qui vous accusent de plagiat ont quelque chose à voir avec l'antisémétisme. N'avez-vous pas l'impression d'aller trop loin ?


Je ne dis pas exactement ça. Je dis que dans plusieurs affaires (Paul Celan, Mandelstam), la haine de l'autre que manifestait l'accusation de plagiat était aussi nourrie d'antisémitisme. Il y a de nombreuses études sur ce sujet. Je me suis intéressée au pamphlet de Léon Bloy qui était un obsédé du plagiat et en dénonçait partout. Comme d'autres chasseurs de plagiares, la rhétorique de Léon Bloy est une rhétorique qui pue. Quand on commence à réclamer à soi le territoire de la langue, on refuse à l'autre la parole. Léon Bloy écrivait avec une hantise de l'invasion et un fantasme de dépossession, qui nourrissaient sa haine de l'autre. Tous les discours de calomnie, parce qu'ils manient la haine de l'autre, reprennent les ignominies de l'antisémitisme. C'est une question de langue et d'usage de la langue.

Xavier. Avez-vous un projet littéraire qui vous tient à coeur en ce moment, sur lequel vous travaillez déjà?


Georges. Quand est-ce que vous vous remettez au roman?


Le plagiat ne m'intéresse pas. Mais j'ai été en quelque sorte obligé de travailler cette question. Maintenant, je reviens à ce qui compte pour moi, un roman qui est devenu tellement vaste dans ma tête que je crois que j'ai de la matière pour au moins trois romans, et j'ai hâte de m'y mettre.

Jon. Bonjour Marie, Qu’est-ce que vous pensez de la situation politique au Pays Basque? Vous êtes en faveur de l’autonomie pour le Pays Basque français?


Cet essai littéraire m'a tellement occupé, que je me suis un peu détournée de la question politique du Pays Basque, alors qu'elle est importante pour moi. (cf. par exemple mon roman « Le Pays »). J'y reviendrais parce qu'elle touche à la question de la langue et de la frontière. Le fait que dans une Europe, dite démocratique, on puisse, presque en silence, fermer un journal comme Egunkaria est un scandale, une violence faite à la liberté d'expression, sur laquelle j'aurais sans doute à revenir.

 


Police - Gendarme... (56)

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