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http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/imagecache/462_ressource/2012/05/16/617471/images/ressource/FIL-ratko-mladic-WEB-01.jpgLe procès de l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, accusé notamment du massacre de Srebrenica en juillet 1995, s'est ouvert mercredi 16 mai devant le Tribunal pénal international de l'ex-Yougoslavie (TPIY).


Arrêté le 26 mai 2011 en Serbie après avoir échappé pendant seize ans à la justice internationale, Ratko Mladic doit comparaître à partir de mercredi 16 mai devant le TPIY à La Haye, où il doit répondre de onze chefs d'accusations de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Lors de la guerre de Bosnie, qui avait fait 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés entre 1992 et 1995, Ratko Mladic était alors chef militaire des Serbes de Bosnie. Le TPIY doit établir sa responsabilité lors du massacre de Srebrenica en juillet 1995, qui fit près de 8 000 hommes et garçons musulmans exécutés. Il est également poursuivi pour son rôle dans le siège de Sarajevo qui avait causé la mort de près de 10 000 civils, ainsi que de la prise en otage de 200 soldats et observateurs de l'ONU en 1995.


Dans le n° 311 de L'Histoire, l'historien et politologue Jacques Sémelin revenait sur la guerre qui déchira l'ex-Yougoslavie. Extrait.


"En 1991, la guerre déchire l’ex-Yougoslavie. Slovènes contre Serbes, Serbes contre Croates, puis Serbes et Croates contre Bosniaques, avant que le Kosovo ne s’enflamme à son tour... Comment en est-on arrivé là ?


L’Histoire : Peut-on parler à propos des conflits qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie de guerre civile ?


Jacques Sémelin : A travers la notion de "guerre civile" on évoque en général un conflit armé à l’intérieur d’un État, d’une communauté politique définie. Or, dans l’ex-Yougoslavie du début des années 1990, ce n’est pas tout à fait cela qui se passe.


Il faut prendre un peu de recul historique pour tenter de comprendre ce conflit. La Yougoslavie est d’abord née en 1918 du démembrement de l’Empire austro-hongrois à partir de la réunion des Slaves du Sud Serbes, Croates, Slovènes, Macédoniens, Monténégrins et "Musulmans" de Bosnie, ainsi que de deux minorités non slaves - principalement des Hongrois et les Albanais du Kosovo. Ce premier ensemble s’effondre en 1941 avec l’agression hitlérienne.


En 1945, Tito réussit à nouveau à rassembler ces peuples dans un même État fédéral, au prix d’une répression politique de masse. Cependant les affrontements et les massacres qui ont eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale ont pu susciter au sein des populations des ressentiments importants qu’il était interdit d’évoquer sous Tito, mais dont la trace restait souvent vivace au sein des familles issues de chaque communauté.


L’H. : Quand les Yougoslaves ont-ils commencé à se définir par leur identité nationale ?


J. S. : En Yougoslavie, on avait la citoyenneté yougoslave, mais aussi une nationalité croate, serbe, etc. Ce qui comptait le plus, du temps de Tito, c’était la citoyenneté yougoslave. La référence au Parti communiste était majeure, les slogans glorifiaient la fraternité des peuples, et il n’était pas question d’évoquer les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Dans la Yougoslavie titiste, la coexistence des peuples, en l’absence d’élections libres, a relativement bien fonctionné, jusqu’aux années 1970 surtout.


Dès lors que l’on a commencé à parler de liberté, après la mort de Tito, le 4 mai 1980, les revendications se sont dirigées contre le fédéralisme qui muselait ces entités nationales. En 1990, lors des élections libres 1, revendiquer la démocratie, cela signifiait voter pour un parti national, conçu sur une base ethnique, celui supposé défendre le mieux son propre groupe. Comme dans d’autres cas, démocratie et nationalisme se sont trouvés inextricablement liés.

 

La crise économique est également une donnée fondamentale. Le modèle autogestionnaire yougoslave fonctionnait relativement bien dans les années 1960, et ce jusqu’au début des années 1970. Mais le choc pétrolier de 1973 a été terrible. Dans ce contexte difficile, marqué sur le plan international par l’effondrement du bloc soviétique, les aspirations nationales ont incarné une solution possible à la crise. Des intellectuels, au sens large des hommes politiques, des autorités religieuses, des artistes prônent alors un discours valorisant les identités nationales.


Dans un contexte où les repères anciens semblent s’évanouir et où les menaces se font de plus en plus angoissantes, ce sont les fondements imaginaires des institutions qui s’effondrent, cet imaginaire qui faisait tenir les citoyens ensemble. Le "nous" devient plainte, déchirure, souffrance. Le "eux" menaçant. Ce processus de polarisation, qui construit la haine, peut conduire à l’affrontement ..."


Pour lire l'article en intégralité :


Pourquoi les Yougoslaves se sont entretués, entretien avec Jacques Sémelin, L'Histoire n°311, juillet 2006, p. 76.


A lire également (compte-rendu) :


Purifier et détruire. Usages politiques des génocides, par Jacques Sémelin, L'Histoire n°308, avril 2006, p. 91.

 

Guerre de Bosnie : Ratko Mladic devant le TPIY

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