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http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/8/8/1/9782362790188.jpgLe livre de Corinna Von List est un hommage mérité, justifié aux femmes de la Résistance, secrétaires, assistantes sociales, fabricantes de faux-papiers, de journaux clandestins, passeuses de messages à travers l’hexagone, femmes de prisonniers de guerre, femmes au foyer pourvoyeuses d’armes et de munitions...

 

Un ouvrage précis, limpide qui surligne avec force le rôle essentiel, irremplaçable des femmes dans la Résistance. Sans aucun doute le premier a consacré ce rôle. Personne en effet, globalement, ne les a glorifiées. Quelques rues portent leur nom, certaines sont connues pour avoir témoigné ou écrit sur leur propre expérience sur cette période. La majorité d’entre elles ont payé cher leur engagement quotidien dans ces réseaux obscurs, dans l’espace public investi qui servait de planques, nombre d’entre elles l’ont payé de leur vie, ont subi une répression sauvage exerçée par les nazis et Vichy.

 

Résistantes encre et ancre dans l’histoire l’histoire réelle de la Résistance, les gestes quotidiens dont parlait souvent Lucie Aubrac, allant du reprisage de chaussettes au maquis, au portage de tracts, de papiers falsifiés, d’armes, aux quatre coins du pays. Corinna Von Litz a ouvert des archives utiles malgré le peu de collaboration de la part de la justice française dont les portes restèrent fermées à ses investigations.

 

Que dire des embûches, des demandes de dérogation spéciale à effectuer par l’auteure afin de consulter (et juste de consulter) les dossiers d’archives! Comme si l’omerta sur le rôle des femmes correspondait à « l’idéal de la mort en héros ou en martyre de la résistance militaire » et lui seul, et donc masculin. Le livre dit cela clairement, qu’elle demeure « dans la représentation classique de la société » et de la Résistance. « Si bien que jusqu’à ce jour cérémonies commémoratives et travaux historiographiques ont presque toujours relégué au second plan les missions remplies par les résistantes. »

 

L’auteure recevra à juste titre en 2006 le prix Guillaume Fichet-Octave Simon, prix décerné par un jury de scientifiques et d’anciens résistants sous l’égide du Haut Conseil Culturel franco-allemand. Corinna Von List, universitaire, chercheuse à l’association pour des études sur la Résistance intérieure de Paris, livre les preuves que ce n’était pas qu’une histoire d’hommes. Les brefs portraits à partir de faits constatés donnent un visage à ces femmes courageuses qui assumèrent un secrétariat permanent des réseaux de résistance, à la machine à écrire souvent dans un placard pour amortir le bruit... Les secrétaires furent très vite suspectes.

 

Une circulaire de mars 1941 stipule : « Les sténodactylos n’attirent pas l’attention sur elles lorsqu’elles polycopient des tracts sur la machine ou lorsqu’elles achètent du papier pour les fabriquer... ». Ces bureaux du renseignement, fondamental contre l’occupant et la collaboration, comptaient si possible des anonymes, et, parmi elles Cécile Tanguy qui tape tous les rapports dans sa penderie relatifs à l’Organisation secrète que dirige le futur colonel Rol-Tanguy, son mari. Ce ne sont pas des anecdotes mais des pages d’histoires. Ainsi, « l’imprimerie destinée à la fabrication des formulaires et des timbres falsifiés (pour réaliser de faux-vrais papiers) se trouve rue de l’Université à Paris, dans l’appartement de Mme Michaut alias Françoise de Rivière. »

 

 Les services sociaux sont aussi aux avant-postes dans l’entraide quotidienne clandestine, car l’on manque de tout, il faut pourvoir à tout. « Si les missions principales des services sociaux sont les mêmes, dans les camps gaulliste et communiste, il existe toutefois des différences, tant dans leur genèse qu’au niveau de leurs activités secondaires. La résistance gaulliste ne commencera à établir ses services qu’en 1942, sur l’initiative de Berty-Albrecht, deux ans après la résistance communiste », notamment avec le Secours populaire et les comités féminins de l’Union des jeunes filles de France que dirige Danielle Casanova. Ainsi, ces comités, peu à peu, dirigés par des femmes dont Marie-Claude Vaillant-Couturier et Anne-Marie Bauer, dès 1941, notamment dans les usines, lanceront « des appels à l’intention des femmes, les invitant à apporter une aide financière aux réfractaires et à la branche armée de la résistance communiste, les FTP. »

 

Cet ouvrage restitue par ailleurs le rôle des femmes dans la chaine logistique de fabrication et de diffusion de la presse clandestine, qu’il s’agisse de Geneviève de Gaulle, de Louise Weiss... Dans le camp communiste les tracts et journaux destinés à un public féminin sont rédigés par des femmes. Ainsi « Femmes d’Ivry » qui circule dès novembre 1940 puis d’autres ensuite à Villejuif, Choisy et Arcueil. Avec les éditeurs clandestins on retrouve les noms d’Elsa Triolet, d’Edith Thomas aux éditions de Minuit avec Aragon et Paulhan. Ces maisons d’édition sont aussi des lieux de rendez-vous, des secrétariats, l’une abrite le Comité National des Ecrivains dans la résistance. Tout ceci dans un contexte de répression et de dangerosité pour la vie de chacune et de chacun.

 

Le mieux serait de lire ce livre où l’on rencontre aussi les femmes dans la rue, les manifestations, au péril de leur vie, telle Elisabeth Ricol qui sera arr êté avec son mari Artur London ou bien encore on croise celles qui cachent et font passer la frontière, celles des réseaux, celles de la CIMADE où les chrétiennes s’impliquent. Beaucoup seront emprisonnées ou déportées.

 

On ferme Résistantes, version abrégée de la thèse de doctorat de Corinna Von List, tranquillement, comme une justice rendue à la mémoire des femmes qui dans leur diversité de pensée ont apporté leur contribution essentielle à la Résistance et à la Libération. Chez Alma éditeur.

 

Patrick Pérez Sécheret


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