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http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/2/0/2/9782756024202.jpgDocument 25/03/2012 - Robert Blancou et Claudine Cartayrade, jeunes instituteurs nommés aux postes de Saint-Maurice-l'Ardoise pour la rentrée de 1967, découvrent une réalité dont ils ignorent tout : la condition des Harkis dans les camps militaires.


Sans véritablement mesurer l'impact des traumatismes endurés par les familles, ils tissent des liens privilégiés jusqu'à la révolte de 1975 qui mènera à la fermeture du camp un an plus tard.

 

  • La revue de presse Frédéric Potet - Le Monde du 15 mars 2012

 

La bande dessinée dite "de reportage" connaît un essor croissant depuis quelques années. Dans un quotidien inondé par l'information, sa force est d'offrir ce que les autres médias proposent rarement : un propos personnalisé, intimiste, loin des doctrines sur la sacro-sainte objectivité journalistique. Daniel Blancou, comme d'autres avant lui (Emmanuel Guibert, Etienne Davodeau...), sait cela parfaitement. Ainsi qu'il l'écrit dans l'avant-propos de Retour à Saint-Laurent-des-Arabes, son objectif n'est pas de "faire un savant exposé sur l'histoire des harkis en général ou une analyse sociopolitique pointue du mouvement dans son ensemble". Mais bien de raconter, à hauteur d'homme, le quotidien de ces "oubliés" de la guerre d'Algérie, à l'époque où ceux-ci sont arrivés en France, dès 1962.

 

Retour à Saint Laurent des arabes

Auteur : Daniel Blancou

Date de saisie : 24/03/2012

Genre : Bandes dessinées

Editeur : Delcourt, Paris, France

Collection : Shampooing alerte

 

 

"Retour à Saint-Laurent-des-Arabes", de Daniel Blancou et "Demain, demain. Nanterre, bidonville de la Folie, 1962-1966", de Laurent Maffre : oubliés de la guerre d'Algérie

LE MONDE DES LIVRES | 15.03.2012 à 11h37 • Mis à jour le 15.03.2012 à 16h38

Par Frédéric Potet

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Couverture de l'ouvrage de Daniel Blancou, "Retour à Saint-Laurent-des-Arabes".

 

La bande dessinée dite "de reportage" connaît un essor croissant depuis quelques années. Dans un quotidien inondé par l'information, sa force est d'offrir ce que les autres médias proposent rarement : un propos personnalisé, intimiste, loin des doctrines sur la sacro-sainte objectivité journalistique.

 

Daniel Blancou, comme d'autres avant lui (Emmanuel Guibert, Etienne Davodeau...), sait cela parfaitement. Ainsi qu'il l'écrit dans l'avant-propos de Retour à Saint-Laurent-des-Arabes, son objectif n'est pas de "faire un savant exposé sur l'histoire des harkis en général ou une analyse sociopolitique pointue du mouvement dans son ensemble". Mais bien de raconter, à hauteur d'homme, le quotidien de ces "oubliés" de la guerre d'Algérie, à l'époque où ceux-ci sont arrivés en France, dès 1962.

 

Blancou n'est pas allé chercher très loin ses "informateurs" : il a interrogé longuement ses parents, des enseignants à la retraite ayant exercé leur métier d'instituteur dans les années 1960 au camp de harkis de Saint-Maurice-l'Ardoise, sur la commune de Saint-Laurent-des-Arbres (Gard).

 

Son album commence, autour d'un café, par le récit de sa mère évoquant son affectation, quarante-cinq ans plus tôt, dans ce village perdu des Cévennes où un camp avait été aménagé avec des barbelés tout autour. Des années durant, des centaines de familles ont été parquées là, dans des conditions très strictes, dont la plus terrible fut sans doute l'instauration d'un couvre-feu le soir avec coupure de l'électricité dans les baraquements. A travers les souvenirs de ses parents, Daniel Blancou relate la vie de ces arrivants écartelés entre deux continents. Les enfants ne sachant pas lire, le choc culturel d'un déracinement forcé, la communauté qui s'organise, la fête de l'Aïd, la convivialité partagée, les coups de folie et de désespoir... Jusqu'aux révoltes de 1975 qui allaient entraîner la fermeture de ce type de camps et l'instauration d'une politique de dispersion des populations.

 

Autant que le portrait documenté que l'auteur fait des harkis de l'époque, le livre vaut par le cheminement personnel de ses parents tout au long des neuf années qu'ils ont passées sur place. Arrivés dans une naïveté confondante, sans prendre conscience du caractère militaire du camp, Claudine et Robert Blancou vont tisser des liens d'amitié avec les familles et se forger une conscience politique au gré des événements. Tout cela est raconté avec une délicatesse émouvante que le dessin aérien de Blancou rend plus tangible encore. Les bédéphiles, évidemment, ne manqueront pas de déceler une double référence narrative dans son travail. D'abord Maus, le récit sur la Shoah qu'Art Spiegelman réalisa en interviewant son propre père. Puis à La Guerre d'Alan, le sublime récit d'Emmanuel Guibert racontant les tribulations d'un militaire américain en France pendant la seconde guerre mondiale. Reste l'essentiel : cette empathie sincère de l'auteur pour des gens qu'il ne juge jamais et qu'il décrit à travers le regard de ses parents.

 

A l'approche du 50e anniversaire des accords d'Evian, un autre album évoque, lui aussi, une histoire de camp au lendemain de la guerre d'Algérie, à travers le destin d'une famille algérienne dans un bidonville de Nanterre. Dans Demain, demain, Laurent Maffre décrit la réalité oubliée de ce gigantesque campement de bric et de broc appelé "la Folie" où sont passés des milliers de travailleurs immigrés venus fournir une main-d'oeuvre bon marché aux industries du bâtiment et de l'automobile. Comme dans le livre de Daniel Blancou, le récit pointe avec gravité les errements d'une administration incapable de solder son époque coloniale.


Couverture de l'ouvrage de Daniel Blancou, "Retour à Saint-Laurent-des-Arabes".

DEMAIN, DEMAIN. NANTERRE, BIDONVILLE DE LA FOLIE, 1962-1966 de Laurent Maffre. Actes Sud-Arte Editions, 140 p., 23 €. En librairie le 23 mars.

 

RETOUR À SAINT-LAURENT-DES-ARABES de Daniel Blancou. Delcourt, 144 p., 14,95 €.

Frédéric Potet

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