Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

http://www.parisetudiant.com/uploads/assets/evenements/recto_fiche/113823_exposition-samourai-armure-du-guerrier.jpgUn mythe antique japonais raconte qu’à l’aube des temps, le dieu Izanagi plongea sa lance de corail dans l’océan et que lorsqu’il l’en retira, il s’en écoula des gouttelettes qui formèrent des îles. Ainsi serait né l’archipel.

Ce lien avec la mer, originel, essentiel, est manifeste jusque sur les motifs des armures de samouraïs, dont la collection de Gabriel Barbier-Müller, exceptionnellement montrée à Paris – la plupart de ses pièces sont conservées dans son musée de Dallas –, nous fait découvrir de magnifiques exemplaires. Des chefs d’œuvres à travers lesquels ce passionné devenu spécialiste des armures samouraï nous guide tout au long de 700 ans d’histoire : de 1185, époque où ces guerriers de haut rang fondent le shogunat (régime militaire) de Kamatura, à 1896, année où le port du sabre est interdit au Japon – le statut de samouraï a été aboli en 1873.

C’est à l’époque Heian (794-1185) qu’émerge la classe des samouraïs, lorsque le système de conscription militaire prend fin et que l’armée est remplacée par des troupes de guerriers sous le commandement de seigneurs provinciaux. C’est aussi à la fin de cette époque que s’établit le premier shogunat, mené par le clan Minamato. Les armures, formées jusque-là de bandes de fer lacées ou rivées les unes aux autres, deviennent plus élégantes, leurs cuirasses composées de bandes de cuir et d’écailles de fer laqué sont tressées les unes aux autres et enveloppent totalement le tronc. Les combats sont, à cette époque, menés essentiellement par des archers à cheval.

Les choses changent avec l’arrivée des Occidentaux au XVIe siècle : en 1543, des marins portugais débarquent au sud du pays ; ils sont armés de fusils à mèche… Les armuriers japonais s’adaptent à ces changements en introduisant dans la panoplie des samouraïs des cottes de maille (à l’européenne) et en créant des armures plus épaisses et d’un seul tenant constituées de plaques de métal, afin de mieux résister à l’épreuve du feu – d’autant que les guerres civiles font rage au XVIe siècle et que les samouraïs ont adopté des fusils du même type que ceux des Européens.

Certains casques ou masques de cette période donnent une idée du choc de cette rencontre entre deux cultures lointaines : ce demi-masque au nez exagérément long par exemple (fin du xvie siècle), qui évoque le profil atypique, pour les Nippons, de ces étrangers. L’influence européenne sur les armures prendra fin vers 1635, lorsque la pratique du christianisme (jugé trop influent) est interdite et les frontières du pays fermées.

Le shogunat de la dynastie Tokugawa (1603-1868), à l’époque d’Edo – devenue capitale – est une période d’unification et de paix relative pendant laquelle l’armure sert surtout d’apparat, notamment lors des processions qui ont lieu lorsque les daimyo (grands seigneurs et chefs d’armée) se rendent, un an sur deux, dans leur résidence à Edo. Des protège-tibias en fer décorés de lions et de pivoines en bronze doré (XVIIIe siècle), des vestes et pantalons d’armures en soie tissés de fils d’or (XIXe siècle), des étriers et une selle en bois et argent incrustés de coquillages pilés (vers 1750) illustrent ce moment florissant dans le domaine des arts.


Les casques, partie la plus décorée de la panoplie du samouraï, sont particulièrement ouvragés à l’époque d’Edo. C’est là, en particulier, qu’ils épousent la forme de gros coquillages, de vagues vertigineusement hautes, de poissons féroces (même si l’animal évoque aussi, dans le bouddhisme zen importé de Chine au XIIe siècle et adopté par de nombreux samouraïs, la liberté, le bonheur et la prospérité) ou de crabes – les qualités de ce crustacé rejoindraient celles, comme le courage ou le sens de l’honneur, dont témoigne un bon samouraï.


Mais les créatures du folklore traditionnel et les démons bienfaiteurs sont également convoqués, à la fois pour la protection qu’on leur attribue et pour la force qu’ils sont censés transmettre à ceux qui adoptent leurs traits. Ainsi, le tengu, cet esprit de la forêt mi-homme mi-oiseau, maître d’escrime et défenseur des guerriers, orne certains couvres chefs de ses yeux perçants et furieux et de son bec pointu (en guise de visière). De même les oni, esprits vagabonds réputés invincibles, sortes d’ogres dont les cornes, les dents pointues et les cheveux en bataille (généralement figurés par du crin) ont également inspiré des casques dont on peut aisément croire qu’ils décuplaient les forces de ceux qui les portaient autant qu’il devait effrayer leurs adversaires.

__________________________

Samouraï, armure du guerrier, jusqu’au 29 janvier au Musée du Quai Branly, 37 quai Branly, 75007 Paris.
Rens.: www.quaibranly.fr ou 01 56 61 70 00.

Samouraï

Par Juliette Rigondet

Jusqu'au 29 janvier – Paris.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article