Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog


France_2 France 2 – 22h45

Jeudi 04 mars 2010

"Simone Veil : une loi au nom des femmes"

Durée : 1 heure

Sous-titrage malentendant (Antiope).

Stéréo

En 16:9

Auteur : Valérie Manns


http://ipjblog.com/aurorelartigue/files/2009/11/veil74.jpgLe sujet : Retour sur la bataille menée à l'Assemblée nationale par la Ministre de la Santé Simone Veil, du 26 au 29 novembre 1974, en faveur de la loi sur l'avortement.

Le mardi 26 novembre 1974, à 16h, Simone Veil, Ministre de la Santé depuis 6 mois à peine, monte à la tribune de l'Assemblée nationale pour défendre son projet de loi légalisant l'avortement. En France, elles sont alors 300 000 femmes à avorter clandestinement chaque année : 300 000 criminelles selon la loi pénale de 1920. Pendant trois jours et deux nuits, Simone Veil affronte 74 orateurs et endure les diatribes les plus enflammées. Au petit matin du 29 novembre 1974, après 25 heures de débat et de tumultes, la loi sur l'Interruption volontaire de grossesse est enfin votée par 284 voix contre 189, mettant fin à des siècles d'hypocrisie.

« Sur la photo, on dirait que je pleure, mais, en réalité, j'étais simplement épuisée. » Simone Veil, 82 ans, port de tête altier, tient à le répéter : elle n'a pas pleuré pendant les débats sur la loi pour l'avortement. On est une combattante ou on ne l'est pas. Le 16 février dernier, l'ancienne ministre de la Santé de Valéry Giscard d'Estaing assistait, à l'Assemblée nationale, à la projection du documentaire « Simone Veil : une loi au nom des femmes », qui ressuscite la bataille parlementaire dont elle fut l'héroïne. Trente-cinq ans après les faits, elle soutient, regard bleu-vert qui ne cille pas : « Je n'ai jamais eu le sentiment que je risquais de perdre. » Le réalisateur Richard Puech, coauteur du film avec Valérie Manns, reconnaît, lui, être plus sensible au suspense... « Ce n'était pas gagné. Elle se faisait insulter par sa propre majorité ! Il y a eu un véritable affrontement des générations, des sexes, des mentalités : une France contre une autre. »


Le 26 novembre 1974, à 16 heures, Simone Veil monte à la tribune pour défendre son projet autorisant l'avortement devant une assemblée hostile, dominée par les gaullistes, les giscardiens et les chrétiens. On connaît les images de la ministre qui s'adresse aux députés :
« Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme, je m'excuse de le faire devant une assemblée presque exclusivement composée d'hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l'avortement, il suffit d'écouter les femmes, c'est toujours un drame, cela restera toujours un drame. » Les trois jours et les deux nuits qui suivent sont le théâtre de débats enflammés, houleux, passionnels... qui se sont perdus dans l'obscurité. En raison d'une grève de l'ORTF, seules les cinquante premières minutes de la session parlementaire ont été filmées. Mais l'Assemblée nationale conserve l'enregistrement sonore des interventions. Un matériau rare : vingt-cinq heures de bandes qui font revivre, dans leur intégralité, les discours des 74 députés. Un chœur où les convictions intimes sont exacerbées et les clivages politiques, transcendés (la majorité des députés de droite se prononcent contre la ministre). Drôle de défi pourtant qu'un film sans images...


« C'est vrai que chez France 2, ils ont été un peu dubitatifs, au début. Mais il y a une telle force dans ces voix... », commente le réalisateur, qui a offert une grande place à ces extraits sonores, illustrés par des photos d'archives. Seul regret : « Il n'y a qu'un micro pour l'orateur et un autre pour le président. On n'entend pas tout ce qui est mentionné dans les comptes-rendus, notamment les insultes qui viennent des bancs de l'Assemblée. »


Quand on interroge Simone Veil sur la nécessité de transmettre le souvenir de cette bataille, les premiers mots qui lui viennent sont pour évoquer la violence du moment :
« C'est important de montrer jusqu'où cela peut aller : c'était effrayant. » Elle se souvient des croix gammées dans le hall de son immeuble, des insultes dans la rue, des lettres chargées de haine qu'elle a conservées - « J'étais en colère contre mes secrétaires qui en ont jeté beaucoup tellement elles les trouvaient terribles. » Dans l'hémicycle, les exhortations des défenseurs acharnés de la vie in utero sont bientôt couvertes par des attaques abjectes contre la ministre elle-même. On entend ainsi le député Emmanuel Hamel faire allusion à la déportation de Simone Veil pour la déstabiliser : « Vous, sauvée des camps de la mort où vous fûtes captive [...], est-ce parce que vous avez été prisonnière, puis, dans des circonstances tragiques, avez retrouvé la liberté, que vous voulez pour la femme toutes les libertés ? » Jacques Médecin, lui, n'hésite pas à stigmatiser « une barbarie organisée, couverte par la loi comme elle le fut par le nazisme ». Jusqu'à Jean-Marie Daillet, qui convoque l'image d'embryons humains « jetés au four crématoire ». Simone Veil rappelle : « Là, je n'ai même pas eu à intervenir, car toute l'Assemblée, y compris ceux qui étaient contre le texte, a trouvé que c'était insupportable. »


Le 28 novembre 1974, à 3h40 du matin, la loi est adoptée par toute l'opposition et un tiers seulement de la majorité. Au coeur des tensions et des rebondissements de ces heures historiques, le documentaire de Richard Puech, auquel on doit déjà
« Martin Hirsch-Mission RSA », parvient, une fois encore, à incarner la chose politique pour ce qu'elle peut être : le miroir d'une société et l'aiguillon du progrès contre l'injustice. Une ambition qui ne s'éteint pas chez Simone Veil : « Il y a encore beaucoup à faire pour que les femmes trouvent leur place », insiste celle qui s'est battue pour la liberté de ses concitoyennes à disposer de leurs corps. L'écho de sa voix porte toujours loin : on y entend un appel aux combats d'aujourd'hui.

http://teleobs.nouvelobs.com/tv_programs/2010/3/4/chaine/france-2/22/45/simone-veil-une-loi-au-nom-des-femmes


Marjolaine Jarry


Liens utiles sur le blog :


Le mois de ... Simonel veil (1et 2)

Le mois de... Simone veil, la rebelle 3/4

Le mois de... Simone veil : la condition féminine 4/4

Commenter cet article