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Nicolaï Lilin, découvert avec Urkas itinéraire d'un parfait bandit sibérien revient sur le devant de la scène avec le deuxième volume de sa trilogie d'inspiration autobiographique Sniper vie d'un soldat en Tchétchénie où il narre le quotidien de son alter-ego littéraire pendant son service militaire au coeur du conflit tchétchène.

Après ses années passées au sein de la mafia sibérienne, Kolima aspire à changer de vie en devenant éducateur sportif et espère bien échapper au service militaire. Malheureusement pour lui il est rattrapé par l'administration, mais il tente néanmoins de s'enfuir de la base où il est cantonné. Par mesures disciplinaires il est affecté à l'unité des «saboteurs», composées de francs-tireurs non astreints au port de l'uniforme mais systématiquement envoyés en première ligne dans les conflits armés. C'est ainsi qu'il se retrouve en Tchétchénie, d'abord affecté au nettoyage des champs de batailles sur lesquels il ramasse les cadavres, il grimpe peu à peu les échelons jusqu'à devenir le tireur d'élite de son unité. Au milieu de la fureur des combats et malgré l'incompétence parfois flagrante des gradés, l'amitié virile de ses frères d'armes donne au jeune homme d'avoir trouvé une famille et lui servira parfois de rempart contre la folie. Nicolaï Lilin se fait témoin neutre et objectif de ce conflit et de la vie militaire au sein de l'armée russe exposant sans fausse pudeur les faits dans toute, leur brutalité dans son journal de guerre refusant toute dramaturgie. Les actions de bravoure des saboteurs s'enchainent à un rythme effréné en des phrases simples et brèves qui donnent la sensation d'imiter le staccato d'un fusil d'assaut AK47, ponctués parfois des réflexions du jeune soldat sur l'absurdité de la guerre qui font mouche telles les balles d'un tireur d'élite. Malgré les tragédies qu'il génère, chaque conflit inspire de grands textes (citons Le Feu de Barbusse pour la première guerre mondiale, ou Sympathy for the Devil de Kenneth J Anderson pour le Viêt-Nam, par exemple) ; gageons que ce Sniper sera celui du conflit tchétchène.


  • Les présentations des éditeurs : 29/05/2012

 

Joyau de la littérature yiddish encore inédit en France, oeuvre de référence d'auteurs contemporains majeurs comme Aharon Appelfeld, qui en signe la préface, A pas aveugles de par le monde est un roman tout à fait singulier. Leib Rochman y dépeint une noire odyssée à travers une Europe que la guerre a laissée exsangue, et une communauté dont l'histoire vient de radicalement basculer dans le cauchemar.

A pas aveugles de par le monde fait figure d'exception dans la littérature yiddish, non tant par son sujet - l'anéantissement des Juifs d'Europe - que par sa conception et sa forme : la Shoah n'y est pas directement abordée.


Le roman se situe après la guerre et fonctionne sur une triple temporalité : le présent des protagonistes, leur passé immédiat et, pour certaines des villes traversées comme Amsterdam ou Rome, la résurgence d'un passé plus lointain.


La spécificité et la grande force du livre tiennent au talent avec lequel Leib Rochman mêle les épisodes extrêmement romanesques des récits de vie de cette sorte de tribu d'endeuillés à une méditation plus générale, exempte des contraintes de l'espace et du temps. C'est cette capacité à rassembler en un tout cohérent différentes formes d'écriture qui transporte et éblouit le lecteur. Nous évoluons ainsi aux côtés de l'auteur de descriptions réalistes en évocations lyriques, de monologues intérieurs hallucinés en profondes réflexions sur l'histoire et sur la nature humaine.

Leib Rochman (1918-1978) est né à Minsk-Mazowiecka, dans un milieu hassidique. Après avoir échappé à la mort pendant la guerre, il voyage en Europe puis s'installe en 1950 à Jérusalem. Aux côtés de collaborations à diverses revues yiddish, il publie en 1961 Oun in daïn blout vestou lebn (Et dans ton sang tu vivras), un roman sous forme de journal intime évoquant les années de guerre, du ghetto, du camp, et la vie d'un emmuré. Mit Blindè trit iber der erd (A pas aveugles de par le monde) paraîtra lui en 1968 et son recueil de nouvelles Der mabl (Le Déluge) en 1978, juste avant sa mort.


  • Les courts extraits de livres : 29/05/2012

 

Le revenant - S. revint dans la ville la semaine qui suivit la fin de la guerre. Après la course folle des années précédentes, il lui semblait qu'ici le temps s'était arrêté. Les rues du ghetto en ruine; briques, cheminées, poutres noires de suie, disséminées sur des espaces sans bornes - anciennes cours, anciennes rues. Les maisons, entourées de leurs grilles, semblaient avoir pris leur envol, dans l'élan irrésistible des explosions, emportant les hommes avec elles, pour retomber en masses informes, affalées, à genoux, leurs ailes brûlées enveloppant la terre de leurs bosses et de leurs creux. Recroquevillées, tassées sur elles-mêmes, figées, elles blottissaient sous elles des vestiges agglutinés. Les hommes gisaient, par familles, les visages et les yeux dissimulés, sous des amas bruns et gris. Les gardiens s'étaient volatilisés. Tout, jusqu'à l'horizon le plus lointain, était recouvert d'une couche de cendres. Même la haute muraille du ghetto était à terre, effondrée.


S. l'enjamba. Il s'engagea dans les rues, hors du ghetto. Ici les immeubles de pierre se dressaient jusqu'à l'horizon. Il laissait derrière lui les monceaux de décombres. L'espace s'offrait à lui. Personne ne le guettait. Il longea la chaussée. Levant les yeux, il voyait les étages supérieurs se hisser vers le ciel. C'est à peine s'ils daignaient jeter un oeil vers le bas. Il allait, au milieu de la rue, droit devant lui. C'est par cette chaussée que les foules de Juifs avaient été chassées en une course folle. Le ciel, bas, posé sur leurs têtes inclinées. Un flot de pieds épuisés piétinaient les pavés, au milieu de cris assourdissants. Il faisait partie de cette foule. Ses genoux ployaient sous lui, se cognant à d'autres. Il lui suffisait d'un écart maladroit sur le côté pour frôler ses voisins. Maintenant, ses pas résonnaient dans le silence, répercutant l'écho des absents.


Pour la première fois depuis longtemps, il marchait dans une rue du quartier polonais. Elle s'ouvrait largement à lui. Avant la construction du ghetto des centaines de familles juives vivaient ici. C'est ici aussi que se trouvait sa maison. Était-elle encore là ? Parmi les châtaigniers, les enfants affairés jouaient dans les taches de soleil. La pluie venait de cesser. Une nouvelle génération d'enfants : pas un seul enfant juif n'avait grandi ici. S. s'arrêta, puis reprit sa déambulation parmi les gamins, comme jadis. Il regardait leurs petites têtes et retenait le désir de sa paume de passer sur leurs cheveux. Il savait, les siens n'étaient pas là. On les avait triés, avec leurs parents, parmi les voisins. Une main d'homme s'était abaissée et les avait désignés d'un doigt. Comment les avait-on reconnus ?

 

S. reprit sa marche. D'autres hommes vivaient maintenant dans ces maisons. De nouveaux bruits. De nouvelles odeurs épicées et piquantes emplissaient l'espace et y exhalaient leurs effluves.


Ici les immeubles se dressaient, de toute leur hauteur. Il lui fallait lever la tête pour en voir le sommet. Plus loin, ils semblaient plus hauts encore. Personne aux fenêtres. Elles étaient fermées.

 

Sniper : vie d'un soldat en Tchétchénie

Auteur : Nicolai Lilin

Traducteur : Marilène Raiola

Date de saisie : 31/05/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Denoël, Paris, France

Collection : Et d'ailleurs

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