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http://blog.passion-histoire.net/wp-content/uploads/2011/10/9782874951381FS.gifDocument 19/10/2011 - Jeanne des Anges... Sous ce beau nom se cache un personnage torturé et ambigu qui a fasciné ses contemporains et intrigué par la suite les médecins, les psychiatres, les théologiens.


Jeune femme issue de la petite noblesse, Jeanne des Anges est la supérieure d'un couvent d'Ursulines dans la ville de Loudun, dans laquelle officie le curé Urbain Grandier, esprit rebelle et caustique, beau parleur et tombeur des plus jolies femmes de la paroisse.


Et voici que soudain, une nuit, un homme apparaît à Jeanne des Anges - le Diable à n'en pas douter -, qui a pris l'apparence humaine de Grandier. Jeanne est possédée. Quand on l'asperge d'eau bénite, elle se tord, hurle des imprécations tantôt blasphématoires, tantôt ordurières. L'évêque s'en mêle, puis les Capucins, les Jésuites, et même Louis XIII et son puissant Premier ministre, le cardinal de Richelieu. L'affaire de sorcellerie prend une dimension nationale, son retentissement dépasse les frontières. Urbain Grandier finit sur le bûcher.


Pour autant, le Diable ne cesse pas de tourmenter la supérieure des Ursulines. Et le spectacle des exorcismes pratiqués sur Jeanne et sur ses compagnes d'infortune attire les foules à Loudun. Si certains n'y voient que supercherie et simulation, d'autres, frappés par la violence du combat de l'Église contre le Diable, choisissent de se ranger aux côtés de l'Église catholique et se convertissent.


Jeanne finit par être délivrée des diables qui la hantent. On accourt de toute la France pour admirer la miraculée. Jeanne est même reçue par la reine Anne d'Autriche, et Dieu exauce celle-ci : la voici bientôt enceinte d'un fils, Dieudonné, le futur Louis XIV. Jeanne devient une icône et continue de fasciner ou d'intriguer, désormais par son tempérament de mystique.


Une histoire étonnante et complexe entre supercherie, hystérie - le neurologue Charcot la qualifiera de parfaite hystérique -, mysticisme, chasse aux sorcières et... défense de la France, « fille aînée de l'Église », face aux progrès du protestantisme.

Michel Carmona, spécialiste de l'histoire de France, en particulier la France du XVIIe siècle, est notamment l'auteur de Marie de Médias (Fayard), Richelieu (Fayard), Haussmann (Fayard).


  • Les courts extraits de livres : 19/10/2011

 

Extrait de l'avant-propos



Le XVIIe siècle est resté «le Grand Siècle» dans la mémoire historique des Français : Henri IV et la poule au pot tous les dimanches, Louis XIII et l'impitoyable Richelieu, Louis XIV le Roi-Soleil et Versailles, des pléiades d'écrivains, de peintres, de sculpteurs, d'architectes, Corneille et Racine, La Fontaine et le génial jardinier Le Nôtre. C'est aussi le siècle des héros et des saints, Turenne, Condé, Vauban, saint François de Sales, saint Vincent de Paul, le siècle de Descartes et du triomphe de la raison. Ordre et équilibre semblent les deux mots d'ordre de la nouvelle société française, policée, raffinée, conviviale qui se met en place. C'est pourtant aussi le moment où la chasse aux sorcières atteint son point culminant ; organisée, codifiée, spectaculaire, remplissant les tribunaux et faisant flamber les bûchers. L'Église catholique de France est comme une citadelle assiégée, et le pouvoir royal lui prête la main : le Diable a décidé de s'attaquer par priorité à la France parce qu'elle est la fille aînée de l'Église ; s'en prendre à la France, c'est s'en prendre au roi, ébranler les fondements de la société ; c'est pourquoi la sorcellerie concerne à la fois l'Église et le roi, unis dans un même combat.


L'Église catholique, après l'ébranlement de la Réforme protestante, s'est lancée dans la Contre-Réforme, reconquête des âmes par la force, mais aussi par la formation et l'éducation. Pendant que des prédicateurs enflammés parcourent les villes et les campagnes, des ordres religieux se spécialisent dans l'éducation des garçons et des filles ; leur but : en faire de bons sujets du roi en même temps que de bons catholiques. Le Diable est intelligent, et il connaît son affaire ; aussi s'attaque-t-il en priorité aux fers de lance de cette entreprise de formation des esprits, les curés bien sûr, les ursulines qui règnent sur les écoles de filles, les jésuites et leurs collèges de garçons. Les uns et les autres savent qu'ils constituent une cible de choix pour le démon ; sans cesse sur le qui-vive, ils guettent le moindre signe qui permettrait de déceler les attaques du Diable. Grâce à Dieu, les démons sont finalement toujours vaincus et contraints, lorsqu'ils se retirent, de reconnaître, mieux même, de clamer leur défaite. Ainsi, la possession est un drame, mais elle revêt aussi un aspect thérapeutique : chaque nouveau combat contre Satan est l'occasion de faire en quelque sorte toucher du doigt aux fidèles la grandeur de Dieu, de Jésus, de la Vierge Marie et de tous les saints. A ce spectacle, les esprits s'enflamment, et chantent la victoire de l'Église du Christ.

Parmi ces bûchers par centaines, il y en a qui retiennent plus particulièrement l'attention ; la presse est encore dans l'enfance, mais elle est bien présente, et l'on s'arrache, dans le public, les récits et les témoignages des chasseurs de sorcières. Une affaire atteint une célébrité hors du commun, provoquant des polémiques de nos jours encore : la possession de Loudun. Les raisons en sont multiples. D'abord, la personnalité des acteurs : le curé Urbain Grandier, la supérieure du couvent des ursulines, mère Jeanne des Anges, le chef de file des exorcistes, le jésuite Jean-Joseph Surin. Ensuite, les liens avec la politique : Richelieu avait des comptes à régler avec Grandier et avec la ville de Loudun, n'aurait-il pas manipulé toute l'affaire ? Le pouvoir royal est engagé dans une politique de refoulement contre les protestants français ; or, Loudun est une place forte du protestantisme : la désigner comme une citadelle du Diable, n'est-ce pas une manière de déconsidérer les protestants ?

 

Soeur Jeanne des Anges : diabolique ou sainte au temps de Richelieu ?

Auteur : Michel Carmona

Date de saisie : 10/10/2011

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : André Versaille, Bruxelles, Belgique

Prix : 22.90 € / 150.21 F

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