http://image1.trefle.com/images/divers-loisirs/full/sur-les-traces-de-van-gogh-hotel.29466045-87646470.jpgCe soir à 21h40 sur France 5. - “Un voyage à contre-courant des idées reçues” au sujet du “peintre le plus mystérieux de tous les temps”, c’est ce que propose hardiment ce documentaire. Il est vrai qu’à propos de Van Gogh, archétype de l’artiste maudit, les clichés ne manquent pas. Son nom est devenu synonyme de génie voué à la solitude et au malheur, de fou de peinture, méconnu et incompris, s’exprimant dans une sorte de transe. Que recouvre le mythe Van Gogh? Une sacralisation à des fins commerciales? Le Hollandais était-il réellement si pauvre, si asocial, si obscur, ou s’agit-il d’une légende ?

 

La première étape est Nuenen, dans le sud des Pays-Bas, où il retourne chez ses parents après plusieurs échecs et déboires amoureux. Il a 30 ans. Après avoir été tour à tour marchand d’art et apprenti pasteur, une liaison avec une prostituée alcoolique l’a laissé meurtri. Sa rédemption sera la peinture. Dans l’atelier attenant à la cure paternelle (car il est fils et petitfils de pasteur), il travaille beaucoup, sans aucun conseil. Autour de lui s’étend le triste Brabant septentrional, qu’il peint dans des tonalités sombres. Il fait déjà un peu figure d’énergumène et une idylle malheureuse avec une voisine va rendre la situation intenable.

 

Après un détour par Anvers, il rejoint son frère Théo, galeriste à Paris. Dans la capitale française l’attend une autre existence : les lumières de la ville et cet impressionnisme qu’il découvre. Sur la Butte, qui domine un paysage de moulins et de potagers, sa palette s’éclaire, ses amis vont se nommer Toulouse-Lautrec, Emile Bernard, Gauguin, Signac, mais Théo, qui lui off re le gîte et le couvert, se plaint du vide que son frère fait autour de lui, par son tempérament querelleur. “Il n’est pas asocial, il est intraitable. La médiocrité, cela ne le concerne pas”, nous dit l’écrivain et critique d’art Pascal Bonafoux.

 

Si Van Gogh perfectionne son art, le séjour parisien est une suite de déceptions. Ecoeuré par les intrigues et le copinage, il prend le train en direction d’un “autre soleil”, dans le but de se rapprocher de la peinture de ces Japonais dont il admire les estampes, notamment Hiroshige dont la sérénité l’apaise. Son Japon sera Arles, où, par tous les temps, neige ou mistral, il se jette dans le travail comme si sa vie en dépendait. Mais s’il peint dans la fièvre, Van Gogh reste un artiste méthodique. Ses préparations sont soignées, il ne lance pas la couleur sur la toile selon l’inspiration du moment. Lors des moissons de juillet, il atteint cette “haute note jaune” qu’il recherchait et se stimule à l’absinthe et au café pour la tenir. Un régime désastreux pour ses nerfs tendus à l’extrême.

 

Le séjour de Gauguin est une catastrophe. Tout oppose le romantique et le primitif qui se heurtent sans cesse. Par une nuit alcoolisée, Vincent, après avoir menacé son ami d’un rasoir à main (selon le témoignage de ce dernier), se tranche le lobe de l’oreille et court l’offrir à une prostituée “en souvenir”. Tout le quartier sera au courant le lendemain qui se trouve être un 24 décembre, vigile de la Nativité. Cinq mois plus tard, rejeté par les Arlésiens et craignant de nouveaux accès de violence, Van Gogh obtenait son internement à Saint-Paul-de-Mausole, chef-d’oeuvre de l’art roman provençal et asile d’aliénés.


L’actuel directeur médical de la maison de santé, le docteur Jean-Marc Boulon, un psychiatre amoureux de peinture, nous assure que Vincent a trouvé l’accueil, la tolérance et le respect dont il avait tant besoin dans l’ancien monastère. Plusieurs fois, il tente de mettre fin à ses jours, en mangeant de la peinture ou en buvant du pétrole lampant. Lorsqu’il n’est pas prostré ou surexcité, il peint des huiles d’une énergie intense, où la matière picturale donne l’impression d’être en fusion. C’est une période hautement productive, mais au bout d’un an d’hospitalisation au milieu de forcenés et de débiles mentaux, il n’en peut plus et veut quitter le Midi.


Sur le conseil de Pissarro, Théo l’adresse aux bons soins d’un médecin ami des peintres, le Dr Gachet, à Auvers-sur-Oise. Dans ce hameau somnolent, conscient de sa fragilité psychique, Vincent se jette à corps perdu dans le travail.


Il peindra 80 tableaux en 70 jours avant de se tirer une balle dans la poitrine. Etrangement, le Dr Gachet ne juge pas bon de le faire transporter à l’hôpital de Pontoise, distant de 6 kilomètres, et l’agonie de Van Gogh se prolongera deux jours, sans qu’on fasse rien pour le soigner. Il s’éteindra dans les bras de son frère et, bien vite, les oeuvres du malheureux qui n’avait vendu qu’un seul tableau de son vivant (“la Vigne rouge”, exécuté à Arles pendant la funeste période de cohabitation avec Gauguin), susciteront l’enthousiasme. Et son martyre fera de lui une sorte de saint pour le plus grand bénéfice des investisseurs.

 

Eric de Saint-Angel dans Téléobs


 

Sur les traces de Vincent Van Gogh en Arles - Vidéo replay du ...

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