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Devant les atrocités commises par les colonnes infernales au début de l'année 1794, Jean-Clément MARTIN met en cause la responsabilité du général TURREAU : sans ordres précis de la Convention,  ce militaire médiocre a transformé, de sa propre initiative, une guerre civile en tragédie nationale.

 

De janvier à avril 1794, mais surtout en février et mars, lorsqu'une partie des troupes républicaines stationnées dans l'Ouest traverse la Vendée pour éradiquer définitivement la rébellion, des atrocités sont commises. Paysans fusillés dans leurs maisons ; maires ceints de l'écharpe tricolore exécutés avec leurs administrés ; femmes et filles violées le long des chemins, jetées dans des fours à pain, enfants massacrés, les plus petits embrochés sur des baïonnettes ; populations villageoises décimées à plusieurs reprises ; convois de prisonniers envoyés en ville pour y mourir en prison ou dans les fusillades... La litanie de ces crimes est insoutenable. On comprend aisément que la mémoire en soit restée imprégnée, tant la violence fut inouïe.


Le 23 décembre 1793, lorsque Turreau arrive en Vendée, la pacification reste à accomplir : des bandes armées menées par des chefs de talent, tels Charette ou Stofflet, rendent la campagne dangereuse. Face à cette situation incertaine, les officiers républicains sont divisés, les uns préconisant la pacification, au besoin musclée, les autres, la vengeance. Kléber, sur place depuis le mois d'août, penche pour la première solution, Turreau, certainement par jalousie envers son subordonné, bon militaire, choisira la seconde.


Il s'appuie sur un décret de la Convention du 1er  août 1793, renouvelé le 11, octobre, ordonnant l'anéantissement des " brigands " de Vendée et l'incendie de leurs repaires. Dès octobre 1793, quelques généraux avaient déjà pratiqué de telles violences. Mais en janvier 1794, à Paris, le discours politique s'est radicalisé et certains révolutionnaires entendent faire payer à la Vendée le prix de la peur qu'elle a provoquée.


Or depuis le 23 décembre, à l'exception des bandes de Charette, Stofflet et quelques autres, les troupes républicaines se retrouvent face à des femmes, des enfants et des hommes désarmés. Turreau demande à la Convention ce qu'il convient de faire à leur sujet. Au bout de trois semaines, il reçoit l'ordre d'appliquer le décret du 111 août, qui prévoit de mener les " bons " citoyens hors de la région rebelle et de faire disparaître les " mauvais " ; mais qui préconise aussi de traiter avec égard les femmes, les enfants et les vieillards (article VIII), puis, après le décret du 1er octobre, les hommes sans armes.


Cette distinction entre citoyens loyaux et rebelles reste cependant théorique pour deux commandants de l'armée républicaine, les généraux Cordellier et Huché, qui laissent leurs subordonnés juger, dans le feu de l'action, des individus à sauver et de ceux à exécuter. Mais d'autres, comme le général Antoine Bard, refusent d'appliquer ces consignes. Certains quittent l'armée ou réussissent - à poursuivre la guerre sans commettre d'exactions contre les populations civiles. Ce ne sont au total que quelques généraux qui, se réclamant de Turreau, massacrent et incendient, sans autre résultat que de pousser les Vendéens à rejoindre les chefs rebelles, recréant des bandes qui reconquièrent du terrain.


Pendant ce temps, à Paris, au sein des institutions révolutionnaires (Convention, commune, sections), si les montagnards se sont débarrassés des girondins, les révolutionnaires se divisent en des factions : à gauche, les hébertistes, ultra-révolutionnaires, à droite, les dandantonistes, ou indulgents, les uns et les autres s'efforçant de placer leurs hommes aux postes importants, notamment dans l'armée. Si bien qu'en janvier 1794, Robespierre et une partie du Comité de salut public ne veulent plus entendre parler de la Vendée : ils ont conscience que celle-ci est devenue un enjeu entre ces factions. En outre, ils estiment que la guerre civile est terminée et que sa prolongation ne peut que favoriser leurs rivaux, notamment les hébertistes. Ceux-ci, arguant des massacres commis par les Blancs, prônent une répression sans indulgence et soutiennent Turreau.


La situation change lorsque les montagnards autour de Robespierre réussissent à éliminer leurs adversaires et à contrôler l'État révolutionnaire. Dans les derniers jours de mars 1794, les hébertistes, puis les dantonistes sont physiquement éliminés. Cette élimination des hébertistes oblige Turreau, début avril, à freiner, puis à arrêter l'activité de ses colonnes. Il faut cependant attendre le 17 mai pour que la Convention, avertie depuis de longues semaines des excès des colonnes mobiles, le nomme à Belle Ile.


En effet, sur le terrain, les républicains ont réagi. Dès le 8 février 1794, les dénonciations font rappeler à Paris le proconsul de Nantes, Jean-Baptiste Carrier, à qui on reproche des noyades systématiques de prisonniers, tandis que plusieurs communes républicaines du Sud de la Vendée se soulèvent contre les généraux incendiaires et qu'un révolutionnaire pourtant peu suspect de modération, Joseph-Marie Lequinio, accuse Turreau de prolonger inutilement la guerre. Les commissions militaires, qui avaient envoyé à la mort sans jugement des milliers de femmes sans défense, sont épurées.


Le mal commis est cependant irrémédiable. Certaines communes ont perdu 20 à 40 % de leur population, tuée ou exilée, et les haines entre partisans des deux camps sont désormais inextinguibles. Les derniers Bleus qui avaient pu traverser la guerre sans trop de dommages sont morts ou en fuite. La Vendée est devenue " blanche " comme elle ne l'avait jamais été jusque-là, et pour longtemps. Charette, dans le marais breton, Stofflet, dans les Mauges, sont à la tête de véritables petits " royaumes " et sont reconnus par Louis XVIII, les émigrés et les Anglais. Dans une politique à courte vue marquée par une idéologie simpliste, profitant d'un vide de l'État, comme rarement la France avait pu le connaître, Turreau a transformé une guerre civile en désastre régional et en tragédie nationale.


Jeté en prison, il échappe à la guillotine de Robespierre, puis à celle des thermidoriens, qui l'acquittent en 1795 devant la menace inattendue des royalistes. Cet acquittement est facilité par la publication de ses Mémoires, rédigés en captivité. Il s'y dépeint comme une victime et comme un " agent passif " du pouvoir exécutif, entendez de la Convention terroriste et de ce Robespierre que les thermidoriens noircissent autant que possible pour faire oublier leurs propres crimes.


Turreau eut cependant du mal à retrouver un emploi. Il est enfin nommé ambassadeur dans la jeune République américaine par Napoléon ; puis commandant de plusieurs places militaires pendant les guerres impériales. En 1814, il se soumet à Louis XVIII ; mais l'année suivante, pendant les Cent-Jours, il publie un Mémoire contre " le retour éphémère des hommes à privilèges ". Il est cependant couché sur la liste des bénéficiaires de la croix de Saint-Louis, décoration qui ne lui sera pas remise. Il meurt en 1816. Son nom, avec ceux des autres généraux de l'Empire, figure depuis 1840 sur l'Arc de Triomphe..


Si l'homme a échappé à la punition de son vivant, l'histoire ne lui reconnaît guère de mérites. En chargeant Robespierre de tous les péchés, Turreau a voulu ignorer que chacun porte sa propre responsabilité en appliquant des ordres sanguinaires ; ce que refusèrent d'autres révolutionnaires, comme le général Cortez qui fit fusiller l'un des commandants des colonnes infernales, prouvant ainsi qu'aucune fatalité n'a pesé sur les relations entre la Vendée et la Révolution.


Thèse de Jean-Clément Martin "Turreau, criminel de guerre"
Thèse de Patrice Leclerq "Une guerre ordinaire"

 

 

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