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http://www.cinema-francais.fr/images/affiches/affiches_v/affiches_vadim_roger/et_dieu_crea_la_femme.jpgLe cinéma aime se faire peur. Et le festival de Cannes ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans son petit parfum de polémique coutumier : films sifflés, réalisateurs entartés, starlettes à moitié dénudées sur des marches gaînées de rouge, bousculades et parties fines en tout genre réservées à quelques vip’s du moment triées sur le volet… Pour sa 55ème édition, le festival se préparait à faire encore parler de lui par l’entremise d’Irréversible, le film de Gaspard Noé. Voici un florilège non exhaustif d’un demi-siècle de tapages et scandales en tout genre sur nos écrans…


En 1956, mai 68 n’a pas encore eu lieu, et Brigitte Bardot danse ivre sur une table un mambo endiablé. Pieds nus, cheveux en bataille, jupe largement ouverte sur ses cuisses, vêtements collés au corps, elle sera pour le Vatican l’incarnation du péché. Sorti dans une quasi indifférence en France, il faudra attendre que le premier film de Roger Vadim,
Et Dieu Créa la Femme, connaisse un énorme succès aux États-Unis pour qu’il nous revienne avec un parfum de souffre. Décrié pour son amoralité, il évoque les péripéties d’une jeune orpheline, sensuelle, impulsive, sauvage, qui affiche une libido insouciante... Impensable pour l’époque. Loin d’être un chef-d’œuvre, le film résiste pourtant honorablement à l’épreuve du temps. Avec des répliques percutantes telles que « L’avenir, c’est ce qu’on a inventé de mieux pour gâcher le présent », il demeure un portrait fidèle d’une jeunesse brimée et impatiente de se libérer du joug d’une société bien pensante. Aguichante, boudeuse, désinvolte, B.B. est née.

Sexe, mensonge …


Sexe, violence et religion, la trinité des sujets intraitables au cinéma sous peine d’être taxé de pornographie, d’incitation à la violence ou de blasphème. A la fin des années 50, la France se découvre donc une sexualité synonyme de liberté. Le sexe sera désormais employé comme une arme, une bombe dans la mare, et édifié en véritable outil de démolition de la morale bourgeoise et de l’hypocrisie ambiante. Et ce, pour de longues années encore.

Deux ans après Roger Vadim, c’est Louis Malle qui plonge l’opinion publique dans la consternation avec
Les Amants. Transposition d’un conte libertin du XVIIIème siècle, le film met en scène une jeune femme bourgeoise, délaissée par son mari, qui connaît la passion entre les bras d’un homme de passage. Le film souleva la réprobation des milieux catholiques mais engendra un énorme succès commercial en France.

http://bibliotheque.sciences-po.fr/statique/censure-cinema/france/affiches/images/09petitsoldat.jpgLa même année, l’armée française se sent outragée par Stanley Kubrick avec
Les Sentiers de la Gloire. Œuvre profondément humaniste, ce film évoque les mutineries dans l’armée française pendant la guerre de 14 pour mieux dénoncer l’absurdité de la guerre. Tourné en Allemagne pour des raisons diplomatiques, le film sera condamné par le gouvernement français et totalement interdit jusqu’en 1976.

En 1960, c’est un film de Jean-Luc Godard sur la guerre d’Algérie qui sera interdit d’écran. Dans
Le Petit Soldat, un déserteur de l’armée française doit prouver son attachement à un parti d’extrême droite en assassinant un journaliste suisse, militant de gauche. Il tombe amoureux d’une jeune femme interprétée par Anna Karina, qu’il prend pour un mannequin, et qui est en réalité une activiste de ce parti de gauche. Bien que thème central du film soit un sujet brûlant, Godard ne milite pas, il se contente de renvoyer dos à dos les deux théories en les vidant de toute signification objective, à l’image des scènes de torture que comporte le film, froides, sans émotion et insoutenables. Il faudra attendre 1963, la fin de la guerre d’Algérie, pour que le film sorte sur les écrans.

Kubrick : un génie tapageur


En 1960, Stanley Kubrick connaît à nouveau des déboires avec la censure. Si la coupure dont a fait l’objet
Spartacus est restée anecdotique, elle n’en est pas moins représentative de l’esprit du temps. Comme cherchant à se venger de ce film à gros budget sur lequel il avait été parachuté par Kirk Douglas, Stanley Kubrick ajoute, avec une délectation malsaine, des détails sanglants dans les scènes de bataille et des allusions homosexuelles dans une scène de bain entre Laurence Olivier et Tony Curtis. Ce détail n’a pas échappé à la censure. Le film sera restauré dans son intégralité en 1992.

Stanley Kubrick ne sera pas au bout de ses peines avec censure et scandales de toutes sortes, et son goût perverse de la provocation va encore trouver à s’exercer dans nombre de ses œuvres à venir.
Lolita était, dans ce sens et pour l’époque, une véritable gageure. Kubrick adapte, avec l’aide de l’auteur, le célèbre roman Nabokov, mais est freiné dans son élan par les ligues de vertu américaines qui l’empêchent d'aller trop loin dans la description des relations entre Lolita, la nymphette et Humbert, l’écrivain, ce qui a été dommageable pour le film. Cependant certaines scènes restent inoubliables, telle la première apparition de Lolita dans le jardin avec ses lunettes en forme de coeur ou celle où Humbert lui vernit les ongles des pieds.

http://bonobo.jones.free.fr/cinema/orange.jpgEn 1971, Kubrick récidive avec
Orange Mécanique, film culte des années psychédéliques, qui met en scène un garçon hyper-violent. Pour échapper à une longue peine de prison après avoir commis un meurtre, Alex accepte de subir un traitement révolutionnaire pour ôter toute trace de violence en lui. Réinséré, il est rattrapé par l’une de ses victimes qui le torture. Avec la description d’une ultra-violence gratuite sous-jacente à une violence d’état aussi absurde que destructrice, Kubrick choque, mais touche au cœur une génération d’ados en mal de révolte contre la société. Si aujourd’hui le film est accusé d’avoir vieilli et mal vieilli, si l’acteur principal, Malcom McDowell, semble en faire des tonnes dans le cabotinage, si la réinsertion du personnage semble improbable, la critique demeure. Sorti sur les écrans britanniques en décembre 1971, Orange Mécanique est retiré de l’affiche par Kubrick lui-même, à la suite de menaces de mort et d’une intense campagne menée par la presse conservatrice l’accusant de dévoyer la jeunesse. 27 ans plus tard, le film sera à nouveau autorisé par le British Board of Film Classification, l’organisme de contrôle de la diffusion cinématographique.

Pour son dernier film en 2000,
Eyes wide Shut, Kubrick trouve encore le moyen de se faire censurer pour une scène d’orgie portant bien chaste. La Warner masque 65 secondes du film.

25 ans après
Orange Mécanique, la violence de Tueurs Nés d’Oliver Stone, vient faire écho à la violence du film de Kubrick. Mais cette fois, le réalisateur est traîné devant les tribunaux, accusé d’avoir poussé deux jeunes à imiter les personnages du film. Le tribunal permet cependant au cinéaste d'invoquer le premier amendement de la Constitution américaine qui protège le droit à la libre expression, créant ainsi un précédent. Oliver Stone explique que son film voulait au contraire « encourager le public à critiquer la relation contradictoire de notre société face à la violence». Le film a été interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salle, mais des scènes ont été coupées.

Cannes 73 : un grand cru


http://images.fan-de-cinema.com/affiches/mini/drame/le_dernier_tango_a_paris,0.jpgEn 1972,
le Dernier Tango à Paris de Bertolucci défraie la chronique à Cannes. On y voit un Marlon Brando, par ailleurs inspiré dans le rôle d’un veuf qui s’abandonne à une passion physique avec une jeune inconnue, utiliser du beurre pour sodomiser sa partenaire.

Cannes toujours, l’année suivante, avec Jean-Pierre Léaud et Bernadette Laffont qui, dans
La Maman et la Putain de Jean Eustache, déchaînent les passions. Ce film de 3h29, aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre, traite de l’amour libre et parle de sexe d’une façon aussi crue que littéraire. Le film fut conspué lors de sa projection et le réalisateur quitta la salle sous la menace d’agressions...au bras d’une Jeanne Moreau secourable. Cela ne l’empêcha pas de rafler le Grand Prix spécial du Jury. Lors de la même compétition, La Grande Bouffe de Marco Ferreri acheva de conforter l’image décadente de la sélection française. On y voyait en effet quatre amis, Ugo Tognazzi, Michel Piccoli, Marcello Mastroianni et Philippe Noiret se suicider en ingérant quantité de nourriture et en laissant cours à une sexualité débridée. Satire cinglante de la société de consommation qui dénonce la trivialité de l’abondance, ce film nihiliste fait une surenchère dans l’abjection (scatologie et vomissements, sexe à outrance jusqu’à la mort). La présidente Ingrid Bergman déclara plus tard qu’elle fut navrée du choix de la France. Ajoutons encore au crédit du festival L’Empire des Sens du japonais Oshima Nagisa en 1976, et Le Diable au Corps en 1986 de l’Italien Marco Bellocchio qui montre Marushka Detmers en pleine fellation.

L’écran et la croix


http://3.bp.blogspot.com/-UX2Sjc3QbSs/Tghh1OQwkMI/AAAAAAAARFM/qfqQqgAVxhs/s400/9530_1.jpgEn 1967, le scandale puis l’interdiction du film
La Religieuse apporte la consécration à son réalisateur, Jacques Rivette. Adaptation libre d’un récit de Diderot, le film raconte l’histoire d’une jeune femme enfermée dans un couvent, faite religieuse contre son gré et qui échoue dans un bordel avant de se suicider. Classé x lors de sa sortie, il a fallu attendre une reprise en salle une vingtaine d’années plus tard pour que le film soit totalement réhabilité. Seize ans plus tard, l’Eglise catholique dénonce le blasphème avec véhémence dans le film de Jean-Luc Godard, Je Vous Salue Marie, où une jeune basketteuse, Marie, fiancée à un chauffeur de taxi, Joseph, tombe enceinte après la visite d’un certain Gabriel, sans avoir jamais eu de relations sexuelles…

Si le sexe choque les âmes sensibles, les thèmes religieux encouragent les extrémismes les plus radicaux. Martin Scorcese en a fait la douloureuse expérience en 1988 lors de la sortie de
La Dernière Tentation du Christ, adapté du très beau roman de Nikos Kazantzakis. L’évocation d’un Jésus tiraillé entre sa condition d’être humain et sa divinité était plus que n’en pouvaient supporter les milieux ultra catholiques qui ont tout fait pour bloquer la sortie du film. En France, n'ayant pu faire interdire le film, des intégristes manifestèrent devant les cinémas qui projetaient le film. Des jets de bombes lacrymogènes interrompaient régulièrement les projections, et un incendie se déclara même dans le cinéma parisien Saint-Michel. Depuis ce film, une jurisprudence tient le spectateur pour responsable du choix qu'il fait d'aller voir un film. Et ce n’est pas tant le film de Milos Forman, Larry Flint, qui évoque pourtant le destin du controversé créateur du magazine porno-chic Hustler, qui causa une polémique, que son affiche. Elle représentait en effet le personnage de Larry Flint, joué par Woody Harrelson, crucifié sur un slip aux couleurs du drapeau américain. Les évêques de France ont estimé que « l'assimilation du Christ et d'un pornographe "crucifié" n'était pas supportable». Dans le même temps, le député maire RPR de Versailles faisait retirer de sa ville toutes les affiches du film. Cependant, et bien que confirmé dans son bon droit par le tribunal de Paris, Milos Forman retira de lui-même, afin de ne pas heurter les sensibilités, l’affiche incriminée, du moment que son droit à l'expression avait été reconnu.

Affiche toujours, en 2002 Costa-Gavras est poursuivi par l'AGRIF (Alliance Générale contre le Racisme et pour la protection de l'Identité Française et chrétienne), association proche du FN, pour avoir représenté une croix catholique prolongée d'une croix gammée pour illustrer son film,
Amen. Déjà à l'origine de nombreux procès, contre les films de Scorcese, Forman et Ceci est mon Corps de Rodolphe Marconi, l'association est déboutée par le tribunal de grande instance de Paris le 21 février. Selon le président du tribunal en effet, « l'affiche ne représente pas une croix catholique prolongée d'une croix gammée » car la croix gammée est incomplète. Cependant, le film est resté absent des salles à Versailles et a suscité des manifestations à Caen et à Dinan.

Le cas Baise-moi


Il faut attendre 1999 et
Romance de Catherine Breillat pour voir le sexe échauder à nouveau les âmes sensibles. A travers l'histoire de son héroïne, jouée par Caroline Ducey, la réalisatrice revendique le droit à la jouissance des femmes. Mais c’est surtout le fait qu’elle ait engagé le hardeur Rocco Siffredi qui alimente la polémique, taxant ainsi le film de pornographique. Le film est davantage une chronique intimiste sur la sexualité féminine, les images crues sont sous-tendues par une voix off qui alourdit l’image d’un texte aux accents intellectualistes, interdisant tout ancrage dans le sensualisme ou le voyeurisme facile.

Le 28 juin 2000, Baise-moi sort sur les écrans français avec 60 copies, mais a déjà derrière un lourd passé judiciaire. Adaptation par Virginie Despentes de son propre roman, l’histoire de ces deux femmes en colère va créer une jurisprudence dans le vide juridique concernant la classification des films. Le 21 juin, soit une semaine avant la sortie nationale, l’association d'extrême droite Promouvoir tente de faire interdire le film. Le 22 juin, le visa d’exploitation est délivré, assorti d’une interdiction aux moins de 16 ans. Le 30 juin, le conseil d’Etat annule le visa de Baise-moi. Gaumont et Pathé retirent le film de l'affiche. Une dizaine de salles de Paris et de province fait de la résistance en accompagnant le film d’une interdiction aux moins de 18 ans. Catherine Breillat, de son côté, prend publiquement fait et cause pour Baise-moi. Promouvoir les poursuit en justice mais sera débouté le 6 avril 2001 par la 13ème chambre correctionnelle. Baise-moi ressort le 29 août 2001 dans une quarantaine de salles.

Il est pourtant faux de croire que scandale et censure font bon ménage. Il faut parler d’un film pour le faire exister. Aujourd’hui le scandale vient d’une nouvelle forme de censure dont a été l’objet le premier long métrage du réalisateur Gilles de Maistre. Féroce, qui traite de l’extrême droite, a été censuré bien avant sa sortie, avant même sa conception. Le principe de cette censure réside dans le fait de n’accorder aucune subvention au film en préparation --acteurs et techniciens y ont participé gratuitement-- et de refuser de le distribuer. Soutenu in extremis par Canal +, Féroce a été projeté par quelques exploitants courageux, à quelques jours d’un second tour présidentiel entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen.

Aujourd’hui, le festival de Cannes se prépare pour une nouvelle polémique. Le film de Gaspard Noé, Irréversible, qui est déjà sur toutes les lèvres, sortira sur les écrans vendredi 24 mai. Le réalisateur y pousse la représentation de la violence jusqu’aux limites du supportable dans une scène de viol de 9 minutes. Un film qui devrait diviser la critique, secouer le public, et faire parler de lui.


Ces films qui font scandale

Publié le 17/09/2008 à 12:00 par monptitcoinamoi

 

 

Quelques vidéos utiles

 

 

  1. Dailymotion - Et DieuCréa La Femme / Le Film [Partie 1] - une ...

    www.dailymotion.com/video/x9ectx_et-dieu-crea-la-femme-le-...25 mai 2009 - 20 mn
    PARTIE 3 ICI : http://www.kewego.be/video/iLyROoafMsOa.html Réalisation : Roger Vadim Acteurs principaux : Brigitte Bardot ...
     
  2. Mambo de Et Dieu... Créa la femme - YouTube

    www.youtube.com/watch?v=Bzy4ezJZ53U2 déc. 2007 - 5 mn - Ajouté par cdrikb06
    La mythique scène du mambo de Et Dieu créa la femme. ... Loading... Alert icon. You need Adobe Flash Player to watch this ...
     
  3. Vidéo Et Dieu créa la femme de fidjie (Musique - fidjie) - wat.tv

    www.wat.tv/video/dieu-crea-femme-yzf8_2fgqp_.html29 sept. 2008 - 5 mn
    Un extrait du film français de 1956 de Roger Vadim Et Dieu...créa la femmeavec Brigitte Bardot,Jean Louis Trintignant,Curd ...
     
  4. Dailymotion - Et dieu créa la femme - un vídeo de Cinéma

    www.dailymotion.com/video/x3nj8d_et-dieu-crea-la-femme_sh...2 déc. 2007 - 5 mn
    La scène du mythique mambo de Et Dieu créa la femme avec la sublime BB.
     
  5. video Et.Dieu.Crea.La.Femme.Partie3 - film, comédie - videos kewego

    www.kewego.fr/video/iLyROoafMsOa.html26 mai 2009 - 20 mn
    video Et.Dieu.Crea.La.Femme.Partie3 - Regarder Les Autres Partie Du Film Ici : [. ..]
     
  1. "Baise-Moi" - Trailer - YouTube

    www.youtube.com/watch?v=WnFZhG39OHI19 juin 2008 - 1 mn - Ajouté par ladentvideos
    Trailer of the french movie "Baise-Moi" of Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi (2000), with Karen Lancaume and ...

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