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En ce jour de nouvel an juif, un petit enfant catholique disparaît dans les environs de Metz. Raphaël Lévy, un marchand, est aussitôt accusé. Rien d'étonnant à une époque où la communauté israélite est soupçonnée de pratiquer des crimes rituels.

 

En ce mercredi 25 septembre de l'an de grâce 1669, tout est calme dans le petit village lorrain de Glatigny, situé sur le bord de la route qui mène à Metz. L'automne est là, mais en ce début d'après-midi le soleil encore chaud est propice à la lessive. Mangeotte Villemin, épouse du charron, Gilles Le Moyne, se rend donc au lavoir, accompagnée de son fils de 3 ans, Didier. Elle se hâte sur le chemin de la fontaine, située à la lisière des bois, mais la route est longue pour les petites jambes du garçonnet qui peine à la suivre. Arrivée à son but, Mangeotte dépose son [...]

 


 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51fT67ksQgL._SS500_.jpgDocument octobre 2008 - En septembre 1669, Raphaël Lévy se rend à Metz pour y acheter un shofar et du vin pour célébrer, le lendemain soir, le nouvel an juif. Ce même jour, à Glatigny, petit village situé sur la route qui mène de Boulay à Metz, Mangeotte Villemin s'aperçoit de la disparition de son fils, le petit Didier Le Moyne, âgé de trois ans. Un cavalier affirme avoir vu Raphaël Lévy portant un enfant sous son manteau. Tout s'éclaire : les Juifs ont enlevé un enfant chrétien pour célébrer leurs fêtes. L'accusation de meurtre rituel surgit ainsi en France, au moment même où s'achève la chasse aux sorcières. Dans une Lorraine des frontières, au statut politique incertain, traversée sans cesse par des guerres et des famines, le mythe réapparaît intact, alimenté par une Contre-Réforme militante. Au terme d'un long procès, dont les pièces sont pour la première fois ici présentées de manière exhaustive, durant lequel défile une pléiade d'habitants, on s'immerge dans une culture locale faite, en dépit de liens étroits de sociabilité, de préjugés et de fantasmes suscités par une population juive fidèle à ses rituels et à ses valeurs. Non seulement les Juifs sont supposés tuer de jeunes enfants pour s'emparer de leur sang, mais ils s'en prendraient également, le vendredi saint, au cours de cérémonies sataniques, à la sainte hostie. Raphaël est soumis aux tortures les plus effroyables avant d'être conduit au bûcher. L'Etat, qui protège fréquemment ses Juifs, intervient trop tardivement, Louis XIV parvenant seulement à faire libérer les autres Juifs emprisonnés. En ce Grand Siècle où s'affirment la raison et la science, un vent de folie s'est brutalement abattu sur Metz. Puis c'est un long silence : il faudra attendre l'affaire Dreyfus pour que l'affaire Raphaël Lévy resurgisse, avant de s'effacer à nouveau de la mémoire collective.

Biographie de l'auteur - Professeur émérite de science politique à Paris-I, membre de l'Institut universitaire de France, Pierre Birmbaum enseigne actuellement à New York. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, parus chez Fayard, relatifs à l'Etat et aux Juifs en France depuis deux siècles (La République juive ; Les Fous de la République ; Le Moment antisémite ; L'Aigle et la Synagogue).


Un récit de "meurtre rituel": L'affaire Raphaël Levy, Metz 1669

  • Broché: 242 pages
  • Editeur : Fayard (29 octobre 2008)
  • Collection : Divers Histoire Langue : Français

 

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