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La femme du Général n'aimait guère l'Elysée. Frédérique Dufour lui rend justice

« Peuh : le 18 juin ? mon pauvre ami, personne ne vous suivra. » Le Général, balayant l'objection d'un grand geste du bras, lui cria : «Mais fichez-moi la paix, Yvonne ! Je suis assez grand pour savoir ce que j'ai à faire. » Assez grand en effet... L'homme de l'Appel veut refaire le coup du 18 juin en créant en 1947 le RPF auquel sa femme reste farouchement opposée, comme tout ce qui concerne la politique d'ailleurs, excepté la période de Londres qui a vu la transformation de son mari en héros. Pour elle, le Général n'a que des coups à prendre dans la création de ce parti. Ce dialogue illustre pourtant une des facettes de cette personnalité discrète et complexe, cette « Tante Yvonne » plongée dans son tricot et ses confitures à laquelle Frédérique Dufour consacre une biographie qui cherche ouvertement à redonner un peu d'épaisseur à cette femme jugée transparente comme un congrès du MRP.


« Tante Yvonne »


Avec force détails, quelques documents inédits et beaucoup d'empathie, elle nous raconte le cheminement de cette grande bourgeoise de Calais, élevée par une nurse alsacienne avec des manières anglaises, qui aurait pu devenir aviatrice, exploratrice ou convoler négligemment avec un milliardaire américain comme ça se faisait à l'époque. La jeune fille de la biscuiterie Vendroux a finalement épousé un militaire. Frédérique Dufour rend un bel hommage à Yvonne Vendroux (19001979), devenue en 1921 Yvonne de Gaulle pour l'état civil et plus tard « Tante Yvonne » pour les Français.

La jeune fille riche s'est métamorphosée en papillon bonnet de nuit au contact du grand homme qui allait épouser la France en secondes noces. L'image de madame falote et bigote qui n'aurait manqué la messe sous aucun prétexte est restée. Cette catholique «traditionnelle, jamais traditionaliste » fut pourtant un peu plus que cela. Elle fut d'abord le soutien quotidien, exemplaire et assommant de ce mari au destin exceptionnel qu'elle a accompagné d'une présence particulièrement effacée au point de devenir translucide. « Discrète, mais entière », insiste la biographe.

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(AFP - Le général de Gaulle et son épouse arrivent à l'Elysée, le 21 décembre 1965.)

C'est vrai. Au quotidien, Yvonne est au courant de tout sans se mêler de rien. Elle a quitté le château familial de Septfontaines pour la Boisserie, autrement dit une résidence secondaire pour la France. Car à Colombey l'atmosphère n'est pas drôle. «On ne vient pas ici pour rigoler », dit lui-même le Général. D'ailleurs, personne n'y pense... Et même dans ce frigo lorrain, Eve Curie, la fille de Marie, apparaît comme une mondaine délurée pour Yvonne.


A l'Elysée, l'atmosphère n'est pas non plus bling-bling. D'Yvonne à Carla, nous sommes passés de l'ère glaciaire au réchauffement global. «La discrétion maladive de la première est difficilement croyable face à la surmédiatisation de la seconde en une des magazines, à la télévision et sur les ondes. » Jusqu'en 1958, Yvonne pouvait se promener dans Paris sans être reconnue. On ne possède d'ailleurs aucun enregistrement de sa voix et aucune interview dans la presse. Il n'y a que les caricaturistes qui l'égratignent parfois en forçant sur son côté rabat-joie.

Non, la grande douleur, la cassure, le fracassement total qui apparaît dans le destin de cette femme, c'est la naissance d'Anne en 1928, enfant trisomique auquel elle donnera les moindres instants de sa vie, et sa mort en 1948 qui la laissera dans une douleur au moins aussi grande. Le Général gère la France, Yvonne se contente de la famille, mais les deux personnages sont tragiques.


Au service de la France


Après s'être consacrée corps et âme à sa Fondation Anne-de-Gaulle, après la mort du «plus illustre des Français », elle finit ses jours à la maison de retraite des soeurs de l'Immaculée Conception de Notre-Dame de Lourdes, à Paris. Certes, Yvonne n'aimait pas la politique. Elle détesta l'Elysée, mais resta toujours au service de son mari, donc de la France. Elle était intransigeante avec ceux qui avaient une fidélité variable envers son époux, elle disait peu, mais elle observait et jugeait, elle était « irréprochable, et donc un peu ennuyeuse ».

Frédérique Dufour nous la montre sous un jour plus humain. Et surtout elle nous permet d'appréhender de Gaulle au quotidien, figure de la nation à Londres ou à l'Elysée qui redevient papy à la Boisserie. Et puis, sous ses airs de douairière en mal de pénitence, elle ne manquait ni de courage ni d'humour comme après l'attentat du Petit-Clamart en 1962. Après le mitraillage, Yvonne s'exclame en sortant de la DS à demi-détruite «J'espère que les poulets n'ont rien eu. » Les gendarmes pensent que la première dame de France, sous l'effet de l'émotion, parle d'eux. Elle pensait aux vraies volailles qu'elle avait emportées dans le coffre...


C'était avant l'ère bling-bling...

De Gaulle vu d'Yvonne

Par Laurent Lemire

L'auteur : Docteur en histoire, Frédérique Dufour est l'auteur d'une biographie de Geneviève de Gaulle Anthonioz (Le Cerf, 2004).

Yvonne de Gaulle, de Frédérique Dufour, Fayard, 580 p., 29 euros. (En librairie le 12 mai).

Source : « Le Nouvel Observateur » du 6 mai 2010

http://bibliobs.nouvelobs.com/20100507/19395/de-gaulle-vu-dyvonne


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