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http://shared.cotecine.fr/Affiches/1261496649/800x600/UNE%20EXECUTION%20ORDINAIRE.JPG"J’adopte le même processus dans tout ce que je fais : je m’intéresse à des gens très ordinaires qui sont confrontés à la grande Histoire”, dit le romancier Marc Dugain qui a adapté lui-même au cinéma le premier chapitre de son roman Une exécution ordinaire.

Le point de départ est authentique : en 1952, Staline, souffre d’une artérite qui l’empêche de rester longtemps debout, mais il vient de se débarrasser de son médecin personnel au prétexte que celui-ci appartient au complot des blouses blanches, groupe de onze médecins, dont sept sont juifs, accusés d’avoir empoisonné deux dignitaires du parti communiste. “La disparition de cet homme crée un espace pour la fiction”, affirme Marc Dugain. L’écrivain cinéaste imagine alors que Staline fait appel à un médecin radiesthésiste réputé (Marina Hands). Cette praticienne voit sa vie bouleversée. Son mari, un ingénieur d’origine juive (Edouard Baer) est emprisonné sur l’ordre du dictateur. “J’ai pris des portraits de Staline, explique Dugain, j’ai étudié sa morphologie, son regard. Et soudain, c’est devenu une évidence, le visage d’André Dussollier, qui est un très grand comédien, a la structure de celui de Staline.” De son côté l’acteur a consulté des documents, principalement quatre discours prononcés par Staline devant le Parti. “On voit, on sent le personnage, dit Dussollier, la façon dont il se comporte, sa présence, chacun de ses gestes, la manière dont il saisit un verre d’eau, sans quitter son auditoire des yeux, et puis il jette le verre par terre avec une brutalité terrible, c’est une terreur en marche.” C’est cette terreur, dans la sphère intime et quotidienne de la vie d’un couple, que transcrit l’extraordinaire film de Dugain. Celui-ci a tourné à Moscou pour les extérieurs tandis que l’appartement du couple a été reconstitué dans une université désaffectée du treizième arrondissement de Paris, et le reste, en Roumanie, dans les palais de Ceausescu “qui ont gardé l’odeur de la dictature” selon Dugain qui a superbement mis en scène les derniers mois du pouvoir stalinien. François Quenin .


http://www.historia.fr/content/newsletter_cinema/article?id=27680


Le golden boy des lettres françaises

Par Jérôme Dupuis (L'Express), publié le 01/02/2007

www.lexpress.fr/culture/livre/le-golden-boy-d...

http://www.lexpress.fr/images/jaquettes/28/9782070776528.gifDes années Woodstock aux meilleures ventes des libraires, le parcours étonnant de Marc Dugain a tout de la success story. Le PDG devenu romancier le prouve une nouvelle fois avec Une exécution ordinaire. Portrait

Ils sont comme frère et sœur. Enfants, ils passaient tous leurs étés ensemble en Bretagne. Adolescents, toujours inséparables, ils écument les cinémas parisiens des années 1970, éblouis par Mort à Venise, hypnotisés par Harold et Maude, leur film fétiche. S'échangent les polars de Chase. Dévorent Rousseau. Ils n'ont pas encore publié une ligne, mais s'écrivent des milliers de lettres. En tout bien tout honneur.

Destin assez incroyable, trois décennies plus tard, on retrouve ces jumeaux des lettres côte à côte au sommet des listes de best- sellers. Leurs noms? Fred Vargas et Marc Dugain. « Et on continue à s'envoyer trois e-mails par jour! » dit ce dernier en souriant. Même le succès n'est pas parvenu à les éloigner: ces jours-ci, Marc adapte Dans les bois éternels, le dernier polar de sa copine Fred pour Studio Canal; et Fred a naturellement été la première lectrice d'Une exécution ordinaire, le tout nouveau roman de Marc, dans la veine de l'immense succès de La Malédiction d'Edgar (180 000 exemplaires vendus). Le décor a changé - après le FBI et Kennedy, le KGB et Staline - mais la patte est la même.

La patte Dugain? « Ados, nous refaisions le monde et, maintenant, Marc récrit l'Histoire à sa façon », résume Fred Vargas. Au premier abord, ce sympathique jeune homme de 50 ans, enfoncé dans un fauteuil cosy d'un petit salon chez Gallimard, semble plutôt sage. Pourtant, dans les seventies, le lycéen Dugain était un pacifiste acharné. Cheveux aux épaules, Jimi Hendrix sur la platine - «à 13 ans, j'avais vu six fois Woodstock au cinéma» - et entonnoir sur la tête dans les manifs anti-Debré (Michel). « Nous vivions dans une sorte de désespoir romantique », se souvient Fred Vargas. Le turbulent jeune homme de bonne famille décourage un à un les proviseurs de Grenoble. « Ce sont les parents de Fred qui m'ont recadré, confie-t-il. Sa mère est ma marraine et son père m'a ouvert intellectuellement. »

La suite, soudain, ressemble au générique d'Amicalement Vôtre : Marc diplôme de Sciences po en main, Marc au volant de sa Porsche rouge décapotable, Marc, sourire ravageur, entre deux avions... Ce littéraire contrarié devient PDG de Proteus Airlines, 40 gros-porteurs, 900 salariés. Un beau jour, ce patron cogiteur part s'enfermer dans un chalet près de Chamonix. Il y écrit d'une traite La Chambre des officiers, hommage aux effrayantes «gueules cassées» de 14-18 qu'il croisait, enfant, dans le château de son grand-père, à La Valette-du-Var. Ce premier roman faillit bien être le dernier. Epuisé par cet accouchement, l'ancien chasseur alpin part se ressourcer sur le glacier de Taconnaz. Là, son fidèle chien d'avalanche le sort, in extremis, d'un couloir mortel... C'eût été dommage: La Chambre des officiers, publiée par Lattès, se vend à 250 000 exemplaires, émeut plus de 600 000 spectateurs au cinéma grâce à la caméra de François Dupeyron et recueille... 18 prix.

Il est grand temps de changer de vie. En 2000, il se met à l'abri avec la revente de sa compagnie à Air France et partage sa vie entre Casablanca, où il écrit au calme, son château du Périgord et un atelier d'artiste à Montparnasse. A 40 ans passés, il est désormais romancier, consacré par la prestigieuse collection Blanche de Gallimard: « Le roman sert à rendre aux mots le sens que les hommes de pouvoir lui ont enlevé », justifie-t-il, citant Kundera.

De là, sans doute, cette attirance pour les coulisses troubles de la grande Histoire, explorées dans La Malédiction d'Edgar. «Il fantasme beaucoup sur l'univers des services secrets», confirme son ami le photographe Thomas Goisque, qui a navigué avec lui au large de l'Angola. Dans son nouveau roman, Une exécution ordinaire, le golden boy des lettres françaises explore la tragédie russe, version Poutine et KGB, complot des blouses blanches et naufrage du sous-marin Koursk (118 victimes le 12 août 2000). En suivant une famille sur trois générations, il montre que, des purges staliniennes à la gestion politique de la tragédie du Koursk, la vie humaine n'a jamais eu grande valeur au pays de « Boris l'Eponge » (Eltsine) et de « la Belette » (Poutine). Là encore, il mêle habilement héros de fiction et personnages historiques, quitte à désorienter parfois le lecteur non « kremlinologue » par certains dialogues.

Il visite la morgue de Moscou

Mais la méthode Dugain est désormais bien rodée. Avant tout, les repérages sur place. Quelques jours dans un sous-marin du côté de Toulon, puis, fin 2005, départ pour Mourmansk. « Je n'aurais jamais pu écrire ce livre si je n'avais pas vu ces brise-glaces nucléaires et cette hallucinante armada rouillée le long de la mer de Barents », confie-t-il. Surtout, il rencontre officiers et généraux à la retraite, rend visite au patron du lugubre institut médico-légal de Moscou, déjeune avec le romancier Vassili Axionov. « Marc écoutait des heures en silence sans jamais prendre de notes », se souvient, encore étonnée, Alla Chevelkina, qui l'a guidé sur place et à qui est dédié le roman. Puis retour à Casablanca et immersion en eaux profondes pour l'écriture. Enfin, envoi rituel du manuscrit à sa copine Fred: « Entre nous, nous ne prenons pas de pincettes. Je lui ai fait une note de dix pages: trop didactique ici, trop personnel là, etc. Ensuite, évidemment, c'est lui qui décide. Là où il me faut quatre phrases, il exprime les choses en deux mots parfaits », raconte-t-elle.

Cet amoureux de Balzac a la boulimie de ceux qui pensent avoir commencé trop tard. Outre au scénario du dernier Vargas, il travaille actuellement à L'Odyssée de Norman Skow, une trilogie d'anticipation, promise à Flammarion; adapte au théâtre pour Jacques Weber la première partie - très réussie - d'Une exécution ordinaire, huis clos intimiste entre Staline et une guérisseuse; termine pour Arte une série de dix docu-fictions autour de son cher « summer of love » hippy; et suit de près le passage au grand écran de La Malédiction d'Edgar. On n'oublie rien? « Si. Je travaille déjà à mon prochain roman. Ce sera autour de Mao et de la Chine .» Celui-là, même Fred Vargas ne l'a pas encore lu.

 

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