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http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/0/7/0/1/9782070139576FS.gifDocument 25/01/2013 - Cet ouvrage, fruit de l'exposition du même nom, propose d'appréhender l'un des chefs-d'oeuvre de Verlaine, Cellulairement, sous un prisme nouveau. Il aborde en effet la question des quatre principales «prisons» de Paul Verlaine. Son physique, qu'il ressent disgracieux, ajouté au véritable traumatisme fondateur d'une fratrie «en bocaux» ! Sa cage existentielle, qui le montre écartelé entre la fascination de l'enfer et l'appel de la grâce ; son abyssale dépendance à l'absinthe et son emprisonnement en Belgique, à Mons, consécutif à sa tentative d'homicide sur Arthur Rimbaud.

En miroir, ce livre offre une parfaite réflexion sur l'acte créatif et ses ressorts, son origine, sa complexité également.

Fac-similés, photographies rares, dessins et tableaux d'époque, dont certains inédits, complètent un voyage en compagnie du pauvre Lélian.

Puis, il y a le texte de Jean-Pierre Guéno, tout de sensibilité, de proximité, d'affection, empreint d'une douce empathie, ode à nos frères damnés, à tous les poètes maudits que la terre a portés.

*

Musée des Lettres et Manuscrits (8 février - 5 mai 2013)

Le Musée des Lettres et Manuscrits présente dans l'exposition « Verlaine emprisonné » le recueil Cellulairement de Paul Verlaine (écrit précisément en cellule) sous un jour inédit, à la lumière croisée de quatre cages qui enferment le poète :

° son physique, ressenti comme disgracieux ;


° sa prison existentielle, qui le montre écartelé entre la fascination de l'enfer et l'appel de la grâce ;


° sa dépendance à l'alcool en général et à l'absinthe en particulier, que l'enfermement carcéral le contraindra à vaincre provisoirement ;


° son emprisonnement concret, en Belgique, à Mons, après sa tentative d'homicide sur Arthur Rimbaud au cours d'une crise d'ivresse et de jalousie. C'est au cours de ce séjour en prison qu'il écrira Cellulairement, entre le 11 juillet 1873 et le 16 janvier 1875.

Inédit en tant que tel de son vivant et durant plus d'un siècle, Cellulairement est désormais classé trésor national par l'État français.

LES AUTEURS - Jean-Pierre Guéno est notamment l'auteur des ouvrages Paroles de détenus et Paroles de poilus, parus aux Arènes et, plus récemment, des Messages secrets du Général de Gaulle, paru chez Gallimard.

Gérard Lhéritier est président-fondateur du Musée des lettres et manuscrits (mlm).

 

 

  • Les courts extraits de livres : 25/01/2013

 

 

Introduction de Jean-Pierre Guéno - Nous avons décidé avec Gérard Lhéritier, dénicheur du manuscrit, Jean-Christophe Hubert et Pascal Fulacher, directeurs et conservateurs des Musées des lettres et manuscrits de Bruxelles et de Paris, de faire mieux connaître au grand public le manuscrit Cellulairement. Rédigé par Paul Verlaine durant sa période de captivité dans les prisons belges, entre le 10 juillet 1873 et le 16 janvier 1875 - après qu'il eut été condamné pour avoir tiré deux coups de feu sur Arthur Rimbaud et pour délit d'homosexualité -, ce manuscrit est entré dans les collections du Musée des lettres et manuscrits de Paris en décembre 2004. Classé trésor national par l'État français, il est sans doute le coeur le plus incandescent de l'oeuvre poétique de Paul Verlaine.


Les soixante-dix feuillets manuscrits redécouverts en 2004 témoignent de la condition humaine du poète en milieu carcéral, mais surtout de sa «réunification» provisoire. Traditionnellement, la prison broie les corps et les âmes. En sevrant Verlaine, en le «cloîtrant», en le libérant de l'emprise de l'alcool, en lui interdisant le chemin de l'absinthe le temps de son incarcération, la prison et 555 jours de captivité lui permettent d'écrire ses plus beaux poèmes et de conceptualiser son art poétique tout en introduisant définitivement la musique et les rythmes impairs au coeur de la poésie française.


Le manuscrit du chef-d'oeuvre de Verlaine est resté longtemps ce que l'universitaire Olivier Bivort appelle un «recueil virtuel». Il n'a jamais été publié en l'état du vivant du poète, puisque les poèmes du manuscrit original ont été ventilés et publiés dans les recueils ultérieurs de Verlaine, dont ils composent souvent les plus belles pages. Structuré d'une certaine manière lors de sa captivité, restructuré de façon différente après sa libération, il révélait sans doute trop de choses sur son auteur : tout à la fois la déchirure sentimentale du poète, écartelé entre sa femme, son fils et son amant, les paradoxes de sa sensualité, partagée entre ses pulsions hétéro- et homosexuelles, et sa contradiction spirituelle, lorsqu'il est simultanément crucifié par la tentation de l'enfer et par celle de la grâce, éclairé par Dieu mais toujours sensible au diable. Cellulairement exprime enfin la persistance de son amour pour Arthur Rimbaud, alors qu'il vient de découvrir Une saison en enfer et qu'il entame avec son amant un dialogue par poèmes interposés.


Avant les prisons belges, il y avait eu la découverte du cachot de la pension Landry rue Chaptal en 1853, la garde à vue avec Rimbaud à Arras en 1869, la salle de police de la garde nationale en 1870. Après les prisons belges, il y aurait encore la prison de Vouziers en mars 1885 «pour coups, blessures et menaces de mort envers sa mère» et enfin une nuit parisienne au poste un soir de beuverie. Mais Paul Verlaine le maudit n'est pas un repris de justice. C'est en fait un repris de captivité. Ce n'est pas lui qui incarne une menace pour la société, mais la société qui représente un danger pour lui et qui fait de lui un tigre en cage. Dans sa prison de Mons, le Pauvre Lélian, anagramme de Paul Verlaine, a retrouvé le chemin de son âme et celui de la grâce et de la foi. Comme l'a très bien dit Jules Lemaître : «Ce barbare, ce sauvage, cet enfant a une musique dans l'âme, et certains jours il entend des voix que nul avant lui n'avait entendues.» Cette petite musique de l'âme, Verlaine ne l'exprime jamais mieux que lorsqu'il se sent enfermé. Car elle devient alors une façon de transcender tous les murs, tous les obstacles : la clé de la fuite, le sésame de l'évasion, qu'il s'agisse d'échapper aux huis clos de sa cage existentielle, à celui de ses amours avec sa femme, Mathilde, avec son amant, Arthur, ou à celui de ses prisons belges.


À la fin de 1875, le poète semble bien décidé à publier Cellulairement tel quel lorsqu'il envoie des copies du manuscrit original à Ernest Delahaye, à Charles de Sivry et à Germain Nouveau. Aucun éditeur ne veut relever le défi. Même aux frais de Verlaine. Ensuite, c'est lui qui change de stratégie. En renonçant finalement à le publier, en reniant le titre même du recueil, il brouille ses traces et se rachète une conduite. Les chefs-d'oeuvre de Cellulairement viendront nourrir les recueils Sagesse, Jadis et Naguère, Parallèlement ainsi qu'un certain nombre de revues et rejoindront alors d'autres poèmes majeurs, tels que «Bouquet à Marie», «À qui de droit» ou même peut-être «Le ciel est par-dessus le toit», qui ne figurent pas dans le manuscrit acquis par le Musée des lettres et manuscrits de Paris mais qui semblent pourtant avoir été écrits dans la même veine carcérale.

En dehors même du fait que Verlaine a connu à plusieurs reprises et dans diverses circonstances l'ombre des cachots, Cellulairement dévoile le centre de gravité, le fil rouge de son existence. A certains égards, sa vie n'est qu'une longue captivité. Depuis sa naissance jusqu'à sa mort, Verlaine reste toujours emprisonné. Captif de sa laideur. Captif des deuils qui ont piétiné sa jeunesse. Incarcéré dans la convention du mariage. Encagé dans le piège de l'alcool en général, de la dipsomanie et de l'absinthe en particulier. Enfermé dans une sensualité qu'il ne contrôle pas, dans une sexualité hors normes. Pris au piège de la misère puis de la maladie qui lui fera connaître un autre univers carcéral, celui des hôpitaux. Enfermé dans la spirale d'un diabète et d'une cirrhose, conséquences directes de son alcoolisme, ravagé par la syphilis et par des crises de rhumatismes aigus, Verlaine finit sa vie les jambes couvertes d'ulcères. Avant tout le prisonnier de ses contradictions, il est la parfaite représentation existentielle de l'homme enchaîné, du maudit, du révolté, bloqué dans la camisole, dans le carcan du pilori de la condition humaine. C'est ce qui nous rend cet albatros si attachant et c'est aussi ce qui rend le chant de sa poésie à la fois si troublant et si fulgurant. L'alcool l'a toujours aliéné en le rendant furieux mais n'a jamais fait de lui un dément. Les mots sont pour lui à la fois les racines du paradis perdu, les ailes de la liberté, les clous de la croix et les échardes de la passion.


On sait que le cadavre du poète renfermait sur son lit de mort un coeur hypertrophié. Il m'arrive de penser à lui en l'imaginant comme ce Hamlet pensif incarné au cinéma par l'acteur Laurence Olivier en 1948, cinquante-deux ans après sa mort. Mais dans mon rêve, le Pauvre Lélian ne contemple pas une tête de mort calée contre sa joue : il porte la planète terre en miniature. Une planète bleue. Bleue comme l'orange de Paul Éluard.

 

Verlaine emprisonné

Auteur : Jean-Pierre Guéno | Gérard Lhéritier

Date de saisie : 25/01/2013

Genre : Poésie

Editeur : Gallimard, Paris, France | Musée des lettres et manuscrits, Paris

Collection : Album beaux-livres alerte

Sorti le : 31/01/2013

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/34/Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpg/220px-Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpgLechoixdeslibraires.com a été créé par Jean Morzadec et son équipe, afin de rendre hommage à la compétence des libraires, qui sont les ambassadeurs du livre.

De nombreux libraires ont ensuite demandé à ce que le site devienne le grand portail de l’actualité du livre.

Lechoixdeslibraires.com a donc deux vocations principales : valoriser les choix, les recommandations des libraires, et permettre aux éditeurs et auteurs de mieux communiquer avec les libraires.

C’est une mission exaltante.

Jean Morzadec a travaillé plus de trente ans à France Inter, dont il fut directeur des programmes de 1999 à 2005, sous la présidence de Jean-Marie Cavada. Il se consacre aujourd’hui, avec passion, au développement de sites culturels dédiés particulièrement à l’amour des livres.

 


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