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20h40 – 23h00

LUNDI 08 FEVRIER 2010

Week-end à Zuydcoote

Type : film de guerre (d'Henri Verneuil)



http://www.cinema-francais.fr/images/affiches/affiches_v/affiches_verneuil_henri/week_end_zuydcoote.jpgAdapté du roman de Robert Merle, « Week-end à Zuydcoote », le film commence juste après le désastre de la bataille de Dunkerque, « l’Opération Dynamo », qui a eu lieu du 25 mai au 3 juin 1940. Sur la plage de Dunkerque pilonnée par l'artillerie et l'aviation allemandes, le sergent Julien Maillat, un gars déluré et vaguement cynique, cherche à embarquer avec les troupes anglaises évacuées à bord de tous les navires anglais disponibles, réquisitionnés pour l’occasion. Mais le cargo qu'il devait rejoindre avec quatre amis coule. Le groupe se retrouve au point de départ. C'est alors que Julien rencontre Jeanne, une jeune femme qui habite près de la plage, dans sa maison familiale en ruines, qu'elle se refuse à abandonner. Aux prises avec deux soudards qui veulent la violer, Jeanne ne doit son salut qu'à l'intervention de Julien, qui tue ses agresseurs. Un amour s'ébauche entre les deux jeunes gens ...

http://www.historia.fr/content/television/article?id=27667


Robert Merle, le désabusé

http://www.lexpress.fr/images/jaquettes/57/9782070367757.gifPar Jean-Christophe Rufin (L'Express),

publié le 07/08/2003

Tout l'été, un lauréat d'aujourd'hui raconte un Goncourt d'hier. Cette semaine, Jean-Christophe Rufin a relu Week-End à Zuydcoote, primé en 1949

C'est un roman qui trompe son monde. Week-End à Zuydcoote a les apparences d'un livre de guerre et d'aventures, alors qu'il s'agit, selon moi, d'un grand roman philosophique ou, pour être plus précis, d'un des chefs-d'oeuvre de la littérature existentialiste.

Contemporain de La Peste et des Mains sales, Week-End à Zuydcoote met en scène un huis clos tragique qui confronte l'humanité à ses questions essentielles et lui fait subir le révélateur (au sens photographique) de la mort. La particularité du roman de Robert Merle est qu'il n'utilise pas, pour créer ce huis clos, l'artifice sartrien de l'enfermement en chambre (ou en cellule). Il n'a pas non plus, contrairement à Camus, recours à l'imaginaire et au symbole. Il utilise dans sa simplicité et sa vérité un fait réel. Le huis clos, dans Week-End à Zuydcoote, c'est la guerre qui le crée. « Quatre actes de tragédie antique qu'il est bien ironique d'appeler un week-end »

L'épisode est bien connu: l'un des moments les plus sombres de la débâcle de 1940, la tragédie de Dunkerque. Les armées britannique et française, vaincues, sont talonnées par les troupes allemandes et se replient dans le plus grand désordre sur les plages de la mer du Nord. Elles attendent un hypothétique embarquement vers l'Angleterre, tandis que l'artillerie ennemie les pilonne sans relâche et que la Luftwaffe mitraille les embarcations qui approchent de la côte. C'est au cours de cette sinistre déroute que Robert Merle a été fait prisonnier.

Pourtant, le roman qu'il en tire n'a rien d'une collection de souvenirs de guerre. D'entrée de jeu, il dépouille la situation de ce qu'elle pourrait avoir d'anecdotique pour en faire une scène tragique, universelle et intemporelle. La plage ensoleillée, les villas cossues, la mer scintillant sous le soleil évoquent le bonheur, les vacances, l'enfance heureuse. Mais, en contrepoint de ces douceurs, paraissent sur les dunes blondes de Zuydcoote des hommes épuisés, vaincus, coupés de leurs racines, perdus pour leurs familles, confrontés à tout moment à la mort. Au long du livre, le destin frappe. Pour une corvée d'eau assurée à la place d'un autre, un personnage bien vivant, qui vient à peine d'exprimer ses espoirs et ses projets, n'est plus qu'un corps à la tête tranchée par un éclat de shrapnell.

Le roman se déploie en quatre demi-journées, quatre actes de tragédie antique qu'il est bien ironique d'appeler un week-end, quoiqu'il s'agisse en effet d'un samedi et d'un dimanche. Le héros, Maillat, est un jeune soldat qui parle couramment l'anglais. Il peut donc espérer échapper au triste destin des autres Français, car les bateaux britanniques ont désormais ordre de ne pas les embarquer.

« J'aimerais bien croire à quelque chose » Maillat essaie de sortir du piège mortel de Dunkerque. Il agit, mais, paradoxalement, ce qui fait de lui un héros n'est pas cette action, plutôt un désespoir radical qui affleure dans chacun de ses gestes, dans toutes ses pensées. «J'aimerais bien croire à quelque chose, moi aussi, dit-il. Croire, c'est ça l'essentiel, tiens, si tu me demandes! N'importe quoi! N'importe quelle bêtise! Pourvu qu'on y croie! C'est ça qui donne un sens à la vie. Toi, tu crois en Dieu. Alexandre, il croit en la roulotte. Dhéry, il croit en ses «millions à prendre», et Pinot, il croit à son F.M. Et moi, je ne crois à rien. Et qu'est-ce que ça prouve, finalement? Ça prouve que je n'ai pas été assez intelligent, quand j'étais jeune, pour comprendre combien c'est utile d'être idiot.»

En suivant la déambulation de Maillat, on découvre toute une galerie de types humains qui trouvent chacun leur petit arrangement face à la mort. Il y a le profiteur, qui se raccroche absurdement aux biens matériels; le curé Pierson, digne de Graham Greene, qui pense qu'en matière de morale «on a toujours le choix». Il y a ceux qui voulaient une vie simple et se cramponnent à de petits bonheurs perdus; ceux qui s'étaient résignés à une vie normale et auxquels la guerre, tout à coup, vient révéler leur véritable et effrayante nature.

Tantôt ces destins s'expriment dans de courts dialogues (sur lesquels le livre est construit), tantôt ils éclatent en images magnifiques, dignes de Malaparte. L'une d'elles est la monstrueuse rencontre de ces quelques hommes terrés dans un trou dérisoire qui ne les protège en rien et duquel pourtant ils chassent l'intrus avec une haine qui sue la terreur et l'égoïsme. Mais l'image la plus poignante est celle du bateau anglais sur lequel Maillat réussit à prendre place. Au moment d'appareiller, le vieux rafiot à roue est bombardé par la chasse allemande et prend feu. Maillat s'en échappe mais se rend compte avec consternation qu'il est presque le seul à sauter à l'eau. Les soldats ont des gilets de sauvetage, le rivage est tout proche. Pourquoi n'enjambent-ils pas la rambarde brûlante? Un des rescapés le dira simplement: «Nous n'y avons pas pensé.» Longtemps, dans la nuit, on entendra de la côte hurler les agonisants, prisonniers de l'épave embrasée. Je connais peu de pages aussi puissantes pour décrire l'ordinaire des humains, embarqués sur les vaisseaux en flammes d'un quotidien condamné (travail absurde, couple en ruine, espoirs trahis jour après jour...) et qui ne pensent cependant pas à se jeter à l'eau.

Dans la tourmente de Zuydcoote, Maillat rencontre Jeanne, une jeune fille qui reste absurdement dans sa maison parce qu'elle ne conçoit pas une vie qui l'en séparerait. Cette passion au milieu des ruines donne soudain au roman un parfum de Hussard sur le toit. Même si les relations de Maillat et de Jeanne seront plus violentes et tragiques que celles de Pauline et d'Angelo, elles ouvrent tout à coup au creux de la tragédie - et sans en modifier l'issue - une fenêtre, un espoir, un horizon.

En couronnant à une large majorité ce premier roman, le jury a fait preuve d'une grande clairvoyance. Bien souvent, les Goncourt rattrapent, avec des livres secondaires, les écrivains qu'ils ont laissé échapper. (Ce fut le cas en 1949 pour Louis Guilloux, dont le magnifique Sang noir n'avait pas été récompensé: Le Jeu de patience aura finalement le Renaudot.) Pour Merle, au contraire, ils ont senti l'ampleur de l'œuvre à venir et l'ont rendue possible. Dans ses romans suivants, Merle saura approfondir ces premiers thèmes, avec une série d'autres huis clos (celui de L'Ile ou de Malevil) et de réflexions sur la condition humaine et ses limites (Un animal doué de raison, Le Propre de l'homme).

On a oublié, tant il est devenu classique, que ce Goncourt fut un scandale: certains le jugèrent pornographique (avec le recul, on a bien du mal à comprendre pourquoi...). Ce fut évidemment un des ingrédients du succès. Gaston Gallimard créa d'ailleurs la collection Week-End, qui se distinguait de la prestigieuse Blanche par un liseré noir plus épais. Les libraires étaient censés, par ce signe, reconnaître les livres grand public. Lourde erreur pour Robert Merle, qui se rendait ainsi coupable d'une impardonnable transgression. Écrire dans une forme classique, allier simplicité et profondeur, en un mot parvenir à produire une œuvre populaire et de qualité, voilà ce qui a fait de Robert Merle un auteur tout à la fois consacré et ignoré, qui n'a pas la place qu'il mérite parmi les écrivains majeurs du XXe siècle.


Bibliographie / biographie. Qui est Robert Merle ?

Par Noël Blandin / La République des Lettres, lundi 11 août 2008.

http://lifeinlegacy.com/2004/0403/MerleRobert.jpgRobert Merle naît le 28 août 1908 à Tebessa (Algérie), dans une famille de colons français. Son père, Félix Merle, capitaine interprète dans l'armée, meurt des suites d'une typhoïde en 1916 et la famille rentre à Paris. Il prépare khâgne et hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand puis passe une licence de philosophie, l'agrégation d'anglais et un doctorat ès lettres.

Après ses études, Robert Merle devient professeur d'anglais. Il travaille dans divers lycées à Bordeaux, Marseille puis Neuilly-sur-Seine où il fait la connaissance d'un collègue professeur de philosophie, Jean-Paul Sartre. Il rencontre également Raymond Queneau qui lui commande des traductions pour les éditions Gallimard. Mobilisé en 1939, Robert Merle devient interprète pour les forces britanniques stationnées à Dunkerque. Fait prisonnier, il reste en captivité en Allemagne jusqu'en 1943. À son retour en France, il reprend son emploi de professeur et enseignera jusqu'à la fin de sa carrière dans les Universités de Rennes, Toulouse, Caen, Rouen, Alger et Paris Nanterre.

Marié trois fois et père de six enfants, cet universitaire humaniste spécialiste d'Oscar Wilde écrit de nombreux livres qui connaissent un énorme suces populaire avant d'être adaptés au cinéma ou à la télévision. Sans doute le plus connu, Week-end à Zuydcoote, son premier roman (prix Goncourt 1949), qui dénonce l'absurdité de la guerre en s'inspirant de son expérience d'agent de liaison prisonnier à Dunkerque, est porté à l'écran par Henri Verneuil en 1964. Il raconte le week-end d'un jeune soldat français (joué dans le film par Jean-Paul Belmondo), piégé entre la mer et les soldats allemands pendant la débâcle française de 1940 et tentant d'embarquer sur un navire anglais.

Robert Merle est aussi l'auteur de La mort est mon métier (1953, sur le camp de concentration d'Auschwitz et la vie du nazi Rudolf Hess), de L'Ile (1962, sur la mutinerie des marins du Bounty), de plusieurs essais biographiques sur Fidel Castro, Ahmed ben Bella ou Che Guevara (1965-1967), ainsi que de Derrière la vitre (1970, récit de l'occupation de la salle des professeurs de l'Université de Nanterre en mai 68), Malevil (1972, l'histoire d'une communauté réfugiée dans un château après une guerre atomique), Madrapour (1976), Le Jour ne se lève pas pour nous (1986) et aussi entre autres récits, essais et romans, de quatre volumes de théâtre. Avec la série intitulée Fortune de France, commencée en 1977 et poursuivie tout au long de sa vie, l'écrivain surnommé par certains " l'Alexandre Dumas du XXe siècle " s'est aussi attelé à peindre la grande fresque d'un siècle d'Histoire de France à partir des guerres de religion. Cette saga de 13 romans publiés (il entamait le 14ème au moment de sa mort) s'est vendue à plus de 5 millions d'exemplaires et lui a valu en 2003 le Prix Jean Giono.


Robert Merle décède dans sa maison des Yvelines le 27 mars 2004, à l'âge de 95 ans.

Copyright © Noël Blandin / La République des Lettres,
lundi 11 août 2008
Url: http://www.republique-des-lettres.fr/10481-robert-merle.php


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