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http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782246608318.jpgCommissaire général aux questions juives sous Vichy, Xavier Vallat (1891-1972) est avec Edouard Drumont la figure emblématique de l'antisémitisme français. Pourtant, son itinéraire politique et sa contribution à la persécution des juifs pendant l'Occupation n'avaient jamais été précisément étudiés. La découverte du fonds Vallat et de ses archives inédites a permis à Laurent Joly de combler cette lacune. Infatigable militant catholique, champion des milieux " anciens combattants " durant l'entre-deux-guerres, Xavier Vallat s'impose comme l'un des chefs de file de la droite républicaine à la Chambre des députés. Le 6 juin 1936, s'adressant à Léon Blum du haut de la tribune parlementaire, il lance : " Pour la première fois ce vieux pays gallo-romain va être dirigé par un juif. " Après la défaite, il se rallie avec enthousiasme au maréchal Pétain, et prend, en mars 1941, la tête du tout nouveau Commissariat général aux questions juives. Pendant un an, il s'acquitte de sa " mission " avec une ferveur fanatique. Législateur méticuleux, il contribue à doter la France d'une législation antisémite qu'il veut la plus élaborée et la plus sévère d'Europe. En juin 1944, il remplace Philippe Henriot - assassiné par la Résistance au micro de la radiodiffusion nationale pour continuer d'y prêcher, désespérément, la fidélité à l'État français. En 1947, son procès en Haute Cour fait sensation : Xavier Vallat assume pleinement son action sous l'Occupation comme stratégie de défense, et sauve sa tête, de justesse. En prison, il devient le compagnon de cellule et le disciple de Charles Maurras. Rapidement libéré, puis amnistié, il termine sa longue carrière politique comme éditorialiste vedette de la presse d'extrême droite. A travers cette biographie intellectuelle, Laurent Joly ressuscite, sans indulgence ni préjugé, toute une tradition politique : " Par-delà ce qu'il eut inévitablement de personnel, l'itinéraire de Vallat fait resurgir, au bout du compte, la question de la contribution de la culture catholique à l'antisémitisme et au nationalisme français au XXe siècle " (Philippe Burrin).

Sommaire : • 1891-1918 : la croix, les lys et le sang des tranchées • L'engagement politique de Xavier Vallat, 1919-1940 • La révolution nationale, 1940-1944 • 1947-1972 : monarchiste, antisémite et sioniste

Xavier Vallat (1891-1972). Du nationalisme chrétien à l'antisémitisme d'État

http://hal.archives-ouvertes.fr/ccsd-00104652

Laurent Joly 

Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ) CNRS : UMR6583 – Université de Caen

(2001)


Dossier : Les évictions professionnelles sous Vichy

Laurent JOLY, chargé de recherche au CNRS (CRHQ-Caen), est notamment l’auteur de Vichy dans la « Solution finale ». Histoire du Commissariat général aux Questions juives (1941-1944) (Grasset, 2006) et de plusieurs travaux sur l’histoire de l’antisémitisme et de l’extrême droite en France

http://www.cairn.info/revue-archives-juives-2008-1-page-4.htm



http://1.bp.blogspot.com/_C42oVQZMg0w/RsfFbhyl9SI/AAAAAAAAAME/f9-DJ-a3T14/s320/vallat%2Bxavier.jpgLaurent Joly, Vallat. Du nationalisme chrétien à l’antisémitisme d’État, 1891-1972, Préface de Philippe Burrin, Paris, Grasset, 2001, 446 p., 21,80 €

http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=AJ_352_0152

4 Quoi de neuf sur Xavier Vallat ? Fidèle de Pétain, Vallat fut secrétaire général aux Anciens Combattants de juillet 1940 à mars 1941, puis commissaire général aux Questions Juives de mars 1941 à mai 1942. Mutilé de la Grande Guerre, élu député dès 1919 à l’âge de 28 ans, il s’illustra tout particulièrement à la Chambre, le 6 juin 1936, quand il déclara face à Léon Blum : « Votre arrivée au pouvoir, Monsieur le président du Conseil, est incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un juif. » Il critiqua le premier statut des Juifs, celui du 3 octobre 1940, qu’il jugeait trop imprécis, et fit adopter le deuxième, celui du 2 juin 1941. Bref, on pensait savoir l’essentiel sur cet « anti-juif » militant. Laurent Joly démontre, preuves à l’appui, qu’il restait encore beaucoup à découvrir.

5 Cette biographie est aussi complète que possible. Elle innove sur trois points. Laurent Joly reconstitue le milieu dans lequel Vallat fut élevé, la force du nationalisme et de la xénophobie, de l’antijudaïsme chez bon nombre de catholiques qui font des Juifs « le peuple déicide » et les champions d’un capitalisme financier sans scrupules ni limites. Leur ralliement à la République reste superficiel. À mesure que les années passent, c’est le communisme qui devient l’ennemi principal, celui qui met en péril les fondements mêmes de la nation. Dans ce monde bouleversé qu’ils ne comprennent plus, ils sont convaincus que les Juifs sont inassimilables. La France doit s’en débarrasser, les exclure. Ils ne vont pas jusqu’à souhaiter leur extermination.

6 Avec l’accession au pouvoir de Pétain, tout devient possible. Vallat est alors l’un des théoriciens de l’antisémitisme d’Ètat. Joly nous rappelle qu’à la réflexion, le deuxième statut ne satisfaisait pas le commissaire général. Il élabora avec ses adjoints un troisième statut, plus rigoureux, qui ne reposait pas sur la race ou la religion, mais sur les traditions juives. Il n’eut pas le temps de le faire adopter, puisque les Allemands, estimant que Vallat était trop tiède à l’égard de la persécution, obtinrent son renvoi. Pourtant, Vallat qui tire gloire de sa détestation des « Boches » reste au gouvernement. Il apporte son concours à Pierre Laval. Lorsque Philippe Henriot est assassiné le 28 juin 1944, il lui succède et prononce à la radio de violentes diatribes contre les Alliés, contre la Résistance, contre les Juifs. II soutient avec éloquence la collaboration avec l’Allemagne nazie.

7 Le troisième Vallat surgit dans les années cinquante et soixante. Après quelques années de prison, il entre en journalisme. Il publie articles et éditoriaux notamment dans Aspects de la France, le successeur de l’Action française, milite pour un retour à la monarchie, continue en expert à combattre l’influence juive en France et soutient en 1967 la cause d’Israël. Il est alors le pape de l’extrême droite, le survivant d’une époque dont certains expriment la nostalgie. Il fait partie de la cohorte d’anciens de Vichy qui ont transmis l’héritage aux générations suivantes. Laurent Joly ouvre ainsi une piste que les historiens feraient bien de creuser. Autant dire que l’ouvrage ne laissera pas indifférent.

8 André Kaspi

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