En 1748, Louis XV rattache les corps des galères à la Marine Royale, afin de permettre à celle-ci de disposer ainsi d’une main d’œuvre peu onéreuse. Désormais, les forçats des galères seront hébergés à terre dans des bagnes portuaires. Le bagne de Brest est le deuxième crée en France après celui de Toulon.

 

L’arrivée au bagne


bagne2.jpgLa première chaîne de forçats arrive à Brest le 25 mai 1749 soit un mois après leur départ de Marseille. Par la suite, c’est principalement de Paris que les chaînes partiront vers le bagne. Une chaîne regroupe 300 à 400 hommes. Pendant le voyage, chaque forçat est enchaîné par une « cravate » qui comme son nom l’indique est passé au cou de chaque condamné, également enchaînés par les pieds, le transport se fait en charrette, et c’est seulement à partir de 1836 que l’on utilise des voitures cellulaires.

 

Arrivés au bagne, les forçats sont déferrés. Opération délicate et dangereuse, mieux vaut ne pas faire de mouvement brusque, au risque de mourir. Dépouillés de leurs vêtements qui sont brûlés, les forçats reçoivent une livrée. Chaque nouveau venu est obligatoirement « accouplé » à l’aide d’une chaîne à un forçat plus ancien pour une durée théorique de trois ans. Souvent mal accepté, c’est néanmoins un bon moyen de coercition pour l’administration.

 

Administration et surveillants


Au sommet de l’administration du bagne se trouve le Commissaire des Chiourmes. Responsable de la police intérieure du bagne, cette fonction est rarement acceptée de gaieté de cœur par ceux qui l’occupent. En 1843, le commissaire général de la Marine à Brest, chargé de choisir un nouveau Commissaire des Chiourmes, avoue que « les divers commissaires du port ont tous manifesté quelque répugnance à prendre ce service ».

 

Toute une hiérarchie de surveillants est affectée à la garde, surveillance et direction des forçats dans l’intérieur du bagne, sur les travaux et dans les ateliers. C’est environ un corps de 330 hommes qui surveille 3000 forçats. Ils jouissent généralement d’une mauvaise réputation qui s’avère souvent méritée. La négligence dans la surveillance, l'abus d' alcool et leur attitude hors des murs du bagne sont quelques uns des manquements au règlement qui leurs seront repochés.

 

Environ 3000 forçats


bagne3.jpgA partir de 1828, une ordonnance fixe la répartition des forçats dans les différents bagnes français. Le bagne de Brest avec celui de Rochefort, va accueillir les forçats condamnés à plus de 10 ans de peine. Les nouvelles recrues sont généralement jeunes. 60% n’ont pas dépassés l’âge de trente ans. Presque tous les forçats sont originaires du nord de la Loire. La majorité est d’origine rurale et ne sait ni lire ni écrire. Voleurs et  contrebandiers sont surreprésentés par rapport aux meurtriers et assassins.


Quelques forçats ont laissé leurs noms dans les archives, comme par exemple Vidocq, qui fut assurément l’hôte le plus célèbre du bagne de Brest. Son séjour en 1797 y fut de très courte durée. Il s'évade huit jours après son arrivée. André Bazile est un autre forçat qui a laissé son nom. Après un an de bagne, il est admis à l’hôpital, où il décédera, pour des douleurs au ventre. Son autopsie révèlera que son estomac renfermait 52 objets parmi lesquels une portion de cercle de barrique d’environ 50 centimètres de long.


Le bagne et la ville


Les forçats ne peuvent rester oisifs. Ils sont employés une semaine sur deux aux « travaux de fatigue » des arsenaux ou dans les « manufactures utiles à la Marine », voire, dans des conditions précises, chez les « fabricants et artisans de la ville ». Certains condamnés sont  autorisés à exercer leur métier dans des baraques établis dans la cour du bagne où le public vient y négocier les produits. 


Jusqu’en 1820, les forçats circulent en ville. La municipalité de Brest demande souvent à utiliser cette main d’œuvre bon marché, mais admet difficilement l’activité des forçats ouvriers qui exercent leurs professions au détriment des artisans brestois. Il arrive que des cordonniers libres recourent à la violence en attaquant dans les rues les forçats porteurs de chaussures fabriquées au bagne. Après 1920, la Marine veillera à ce qu’aucun forçat ne soit employé illicitement en ville.

 

La fermeture du bagne


En 1830, les bagnes font l’objet d’un vaste débat sur leur utilité sociale. L’idée de leur fermeture au profit des colonies pénales d’outre-mer fit alors son chemin. Cette évolution s’est alimentée de plusieurs considérations : morales avec le spectacle détestable que donnait à voir le bagne dans l’enceinte même d’une ville, sanitaires avec des risques d’épidémie accrus et économique avec l’abolition définitive de l’esclavage dans les colonies en 1848 qui entraîna un besoin en main d’œuvre. Dès 1852, les condamnés sont transportés vers la Guyane.

 

Le bagne ferma en 1858. Le vaste édifice est converti en dépôt de matériel. Pendant la première guerre mondiale, il sera successivement un hôpital complémentaire, un centre de réforme et un magasin. Après la seconde guerre mondiale, le bâtiment sera entièrement détruit.

 

Sophie Desplancques

Publié dans Le Télégramme